Le bilan alimentaire 2009 : plus de responsabilité des acteurs ?
2009 n’a pas connu de crise alimentaire mais l’Agence fédérale pour la Sécurité de la Chaîne alimentaire a dû tout de même rappeler ou retirer officiellement 47 produits (soit près de 4 par mois). La présence de jaune de méthyle, un colorant cancérigène et interdit dans des lots de curry, un composant de l’encre dans des céréales et du lait sont deux des exemples qui auront marqué cette année alimentaire.
Test-Achats a aussi procédé à de nombreux tests et enquêtes. Des centaines d’aliments ont été analysés et des dizaines de points de vente visités. 927 en tout ! Et 42 % (388) d’entre eux ont été jugés mauvais ou médiocres ce qui ne veut pas forcément dire qu’ils présentaient des dangers pour la santé.
Certaines choses vont bien…
Parmi toutes nos analyses, certaines se sont avérées plutôt rassurantes.
- Mozzarella : un seul des 31 fromages analysés peut être considéré comme une fraude. Il était préparé au départ de lait de vache en lieu et place du lait de bufflonne. Les mozzarellas râpées en sachet ont toutefois déçus.
- Benzène dans les limonades light : en 2007, trois limonades light renfermaient des concentrations en benzène vingt fois supérieures à la norme pour les eaux. Aujourd’hui, nous avons trouvé des traces dans seulement 3 produits. Mais pourquoi les benzoates ne sont-ils pas encore interdits comme conservateurs ?
Il reste du pain sur la planche !
Si les produits jugés insatisfaisants ne sont pas forcément impropres à la consommation, les fabricants doivent encore fournir pas mal d’efforts pour offrir des aliments acceptables.
- Potées de légumes : surgelées ou fraîches, elles ne doivent constituer que des solutions d’appoint. Trop salées et trop chères comparées aux potées maison, les légumes s’y retrouvent en de trop petites proportions, compensées par des arômes.
- Pains : plus de clarté dans la législation dépassée et invérifiable. Test-Achats demande également aux boulangers de mettre moins de sel dans leurs pains. Près d’un pain sur quatre renferme plus de sel que toléré par la loi.
- Pommes de terre : si plus de la moitié des échantillons présentait un bon aspect, 14 % avaient un goût peu prononcé, sucré voire bizarre. Et une pomme de terre sur cinq contenait trop de nitrates si l’on suit la norme indicative fixée par le secteur.
- Vins d’Alsace : trop de sulfites sont utilisés comme conservateurs et confèrent une appréciation moyenne à 22 vins sur 65. L’étiquetage laisse plus de place au marketing qu’à l’information.
- Saumon fumé : un produit assez cher avec un goût pas toujours des plus satisfaisants pour 15 des 27 produits testés. Trop peu d’informations claires figurent sur les étiquettes. Ils étaient souvent d’une bonne fraîcheur et d’une hygiène acceptable.
- Résidus d’antibiotiques : encore une fois, Test-Achats a passé au crible plusieurs produits alimentaires d’origine animale. En 2003, 65 % des miels testés renfermaient des résidus d’antibiotiques. Aujourd’hui seuls deux miels sur 21 en renferment. Aucune trace ne fut trouvée dans les autres aliments analysés (gelée royale, crevettes, porc, dinde, pangasius).
Ce qui ne va pas du tout
Malgré ces constats plutôt encourageants, il reste de nombreux combats et de scandales alimentaires que le consommateur ne soupçonne pas.
- Pitas : un sandwich bien mystérieux. Trop peu souvent (8 fois sur 40), les vendeurs nous ont fourni une information précise sur la nature de la viande… mais ce n’était pas toujours correct. C’est un en-cas trop souvent gras contenant une viande de mauvaise qualité. Heureusement, les snacks visités présentaient une hygiène assez correcte.
- OGM : parmi les 113 aliments à base de maïs et/ou de soja, 22 contenaient des traces d’OGM dont deux bio. Nous réinsistons pour que le consommateur ait droit à une information complète et à une liberté de choix. Les producteurs doivent aussi faire preuve de plus de responsabilité.
- Nitrates : sur base de portions réalistes, ¾ des légumes analysés renferment plus de nitrates qu’un enfant de 20 kg ne peut en absorber sur base des Doses Journalières Admissibles (DJA). Test-Achats demande que les normes soient élargies pour tous les types de légumes et qu’elles soient revues à la baisse. Les contrôles doivent être multipliés. Test-Achats plaide également pour un meilleur équilibre entre impératifs économiques et santé publique.
- Glaces et soft ices : la propreté des points de vente visités était insuffisante. 35 % des glaces servies à la boule et 62 % des soft ices étaient d’une mauvaise, voire très mauvaise qualité hygiénique. L’AFSCA a établi le même constat lors de ces contrôles qui restent encore trop peu nombreux.
- Ventes rapides : 34 % de ces aliments frais vendus en vente rapide et/ou le dernier jour du délai prévu n’étaient plus consommables. Ce procédé traduit encore une fois le principe nébuleux des dates de péremption. Test-Achats plaide pour l’inscription de la date de production ou d’emballage accompagnée de conseils de conservation. L’AFSCA nous a promis davantage de contrôles sur ces produits… nous verrons !
- Smoothies : si ces produits sont en effet meilleurs qu’une barre chocolatée, mieux vaut ne pas croire leurs allégations. S’ils se profilent comme l’équivalent de vrais fruits ou prétendent combler les besoins quotidiens en fruits, ils mentent ! Le consommateur n’est pas toujours conscient de ce « nutri-marketing ». Test-Achats demande à ce que l’on mette de l’ordre dans toutes ces allégations.
- Boissons bien-être : ces boissons veulent se distinguer des limonades traditionnelles en surfant sue la vague du « sain », du « vitalisant », mais c’est de l’arnaque. Test-Achats demande l’interdiction de telles allégations vides de sens.
- Croissants : beaucoup étaient trop gras et souvent ce sont de mauvaises graisses qu’ils contiennent. Un point positif : ils contenaient peu d’acides gras trans malgré une inertie des autorités.
- Aliments sans sucre : aucun des produits testés (biscuits, chocolats, pâtes à tartiner, confitures) ne peuvent être conseillés dans le cadre d’un régime. L’image du fructose « sain » est à oublier. De plus, « sans sucres » ne veut pas dire « sans calories ». Test-Achats demande un étiquetage complet et correct.
- Compléments alimentaires : Les allégations ne connaissent pas de limites et la législation s’avère facile à contourner. Les contrôles existent mais n’offrent que peu de résultats. Le consommateur est complètement livré à lui-même. Ce gros dossier nécessite une urgente clarification légale.
Et 2010 commence mal…Des saucisses au contenu trompeur
L’un des premiers tests alimentaires publié en février 2010, n’est pas des plus encourageants. Sur les 33 échantillons de saucisses porc-bœuf ou porc-veau, deux tiers avaient de très mauvais résultats. Si les points de vente présentaient une hygiène globalement satisfaisante, la température de conservation légalement obligatoire de 4°C n’était pas respectée dans un cas sur deux ! De plus, le consommateur ne peut pas toujours s’assurer du respect de cette température. Dans près de la moitié des points de vente, le thermomètre obligatoire n’était pas visible, voire absent.
Autre problème : les dénominations. Elles sont multiples et embrouillent le consommateur. Difficile de s’informer sur la nature et la proportion de viande dans les saucisses. D’autant que ces dénominations peuvent tout à fait être trompeuses. 13 saucisses ne contenaient pas, ou pratiquement pas, de bœuf ou de veau. Enfin, nos experts ont déploré la présence trop fréquente de germes en quantités importantes. C’est pourquoi Test-Achats exige un étiquetage clair, des dénominations bien définies et une mention systématique de la nature et de la proportion des viandes présentes. Ici aussi, des contrôles fréquents et sérieux tant de la nature des viandes que de la qualité hygiénique s’impose. Il y a urgence !
A qui la faute ? Ce que Test-Achats exige
Tous les problèmes rencontrés découlent d’une responsabilité partagée. Tous les acteurs doivent s’engager pour une meilleure offre alimentaire, des produits de meilleure qualité et pour plus de transparence vis-à-vis des consommateurs. C’est pourquoi, Test-Achats exige que :
- les autorités remédient aux absences de législations ou réforment les textes légaux existants qui, bien souvent, s’avèrent confus et inapplicables. Les organes compétents doivent multiplier les contrôles souvent insuffisants et veiller à ce que les sanctions soient appliquées.
- les producteurs, qui nous promettent monts et merveilles via le marketing et les allégations, ce qui se vérifie rarement en pratique (smoothies, compléments alimentaires, boissons bien-être, aliments « sans sucre », …), offrent des produits de meilleure qualité.
- les distributeurs respectent les conditions minimales de vente (températures des rayons réfrigérés, ventes rapides,…) et que l’information qu’ils fournissent aux consommateurs soit suffisante et correcte (pain, saumon fumé, pita,…), qu’ils prennent soin des produits qu’ils vendent car trop souvent ceux-ci étaient maltraités lors de leur transport et leur conditionnement, comme les pommes de terre, par exemple.
- Enfin, nous attendons de l’AFSCA (Agence fédérale pour la sécurité de la chaîne alimentaire) plus de transparence et de communication vers les consommateurs mais aussi une collaboration plus étroite avec Test- Achats. Pour les inciter à prendre davantage en compte nos conclusions et revendications.

Favoris
Email
Google
Myspace
Facebook
Live
Del.icio.us
Twitter