Crise du lait: le consommateur se pose bien des questions
Le lait, comme le pain, est par définition un aliment symbolique et tout débat autour de ces produits provoque fatalement des échanges passionnels et passionnés. La "crise" actuelle faisant rage dans le secteur du lait en est un parfait exemple. Manifestement, la passion l'emporte sur la raison à tous les niveaux...et les consommateurs sont bien démunis.
Des questions
Test-Achats ne se prononce pas sur le bien-fondé des actions médiatiques récentes menées par une partie des agriculteurs mais ne peut accepter l'attitude actuelle des différents acteurs (autorités européennes, fédérales ou régionales, agriculteurs, distributeurs, etc.) qui peut se résumer en ces mots : "Ce n'est pas ma faute, c'est celle des autres".
• La consommation de lait est en diminution depuis plusieurs décennies. Test-Achats demande donc que tous les acteurs analysent objectivement cette réalité du marché et fassent davantage preuve d'imagination en amont plutôt que de rechercher en permanence des solutions en aval.
• A longueur de journées, les consommateurs sont assommés de chiffres divers en matière de prix du lait et ne savent plus qui croire.
• Les agriculteurs chiffrent à environ 30 centimes le coût de production d'un litre de lait et qu'ils le vendent à environ 18 centimes. Une situation certes difficile à supporter si telle est bien la réalité...
• Mais à l'inverse, les distributeurs nous déclarent, pour leur part, vendre le lait aux consommateurs à un juste prix oscillant entre 60 centimes et 1€.
• Selon nos propres études de prix, après avoir connu une stagnation, le prix moyen du litre de lait entier a connu une progression nette durant la seconde moitié de 2007, passant de 0,70 €/litre à 0,90 €/litre début 2008 (+ 28,6 %). En 2008, cette tendance s’est inversée et le prix moyen au litre a diminué jusque 0,85 € au début 2009 (- 5,6 %). Depuis lors, le prix stagne. Pour sa part, le litre de lait demi-écrémé a connu une tendance similaire, un peu plus marquée que celle observée pour le lait entier : en 2007, de 0,60 € / litre à 0,78 € / litre (+ 30 %). En 2008, le prix est passé de 0,78 € / litre à 0,73 € / litre (- 6.4 %). Aujourd’hui, le prix stagne également, autour de 0,72 €.
• Les statistiques officielles confirment d’ailleurs notre propre constat. Ainsi, entre août 2008 et juillet 2009, l’index global des prix a diminué de 1,2% alors que pour la même période, le prix moyen du lait ne diminuait que de 0,35%. Entre août 2007 et juillet 2009, l’indice global des prix a augmenté de 4,3% alors que pour la même période, le prix moyen du lait a augmenté de 12,4%. Et ces augmentations sont encore plus nettes pour ce qui concerne fromages, yaourts, etc. Enfin, entre août 2008 et juillet 2009, le prix payé au producteur de lait a diminué de près de 37%.
• Qui a raison? Test-Achats pose la question et réclame une totale transparence en la matière. Comme dans d’autres domaines, Test-Achats constate que la structure du prix du lait est d'une totale opacité. S'ils souhaitent être crédibles, les différents acteurs de la filière doivent rapidement rendre publics cette structure des prix.
• Que recouvrent réellement ces 30 centimes avancés par les agriculteurs? Sont-ils étouffés par le prix des aliments pour animaux? D'autres éléments grèvent-ils exagérément le coût de production?
• Assez bizarrement, un acteur essentiel reste muet dans ce débat : les laiteries. L'agriculteur ne vend pas directement son lait aux distributeurs mais bien aux laiteries. A quel prix ces mêmes laiteries le vendent-elles aux distributeurs?
• Quant aux distributeurs, comment justifient-ils les différences de prix entre laits de marques nationales, de marques de distributeurs ou de marques premiers prix, entre lait entier, demi-écrémé ou écrémé?
• Autre élément qui n'est jamais pris en compte: les autres produits laitiers. Quel est l'impact prix du lait sur le prix consommateur des fromages, yaourts?
• Les agriculteurs souhaitent souvent que les consommateurs donnent la préférence au lait belge. Et pourtant, il est bien difficile pour ne pas dire impossible pour ceux-ci de connaître l'origine réelle du lait qu'ils achètent. Aucune disposition claire, harmonisée et légale n'existe en la matière et seules apparaissent, de temps à autre, des mentions volontaristes.

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