Test-Achats

Vente d'alcool aux mineurs : tournée générale malheureuse !


Test-Achats a envoyé des ados de 14 à 16 ans dans 129 points de vente : l’alcool leur était accessible dans 87% des cas. Une loi non respectée et un marketing ahurissant, tels sont les constats de Test-Achats …
(Test Santé 95 février/mars 2010)

Les mineurs d’âge accèdent trop facilement à l’alcool. Cela ressort d’une enquête du Test Santé, le magazine santé de Test-Achats, publiée dans le numéro de février. L’organisation de consommateurs a envoyé des clients « mystère » âgés de 14 et 16 ans dans 129 supermarchés et magasins de nuit, avec pour mission d’acheter un alcopop et une bouteille de vodka. Les clients « mystère » de 14 ans ont réussi leur mission dans 85 % des cas, ceux âgés de 16 ans ont reçu leur bouteille de vodka dans 90 % des magasins visités. Un constat pour le moins déconcertant à la lumière de la nouvelle loi qui a été publiée au début du mois de janvier. Celle-ci prévoit que bière et vin ne peuvent plus être vendus à des jeunes de moins de 16 ans, et par ailleurs comme on le sait depuis longtemps, que les boissons fortement alcoolisées ne peuvent pas être vendues à des jeunes de moins de 18 ans. Mais dans la pratique, c’est le contraire. Dans à peine 15 % des cas, on a pu constater une faible résistance de la part du vendeur, suite à quoi encore la moitié donnait la boisson en question. Dans 10 cafés bruxellois, personne ne semblait disposé à refuser une kriek à une jeune fille de 14 ans. Test-Achats ne veut pas jeter la pierre aux seuls marchands et exploitants de café. L’organisation se plaint aussi du rôle joué par le marketing qui, surtout via internet, attire le jeune vers l’alcool via des petits films, des jeux, de la musique ou des trucs et ficelles pour mélanger ses propres boissons.


Les jeunes de 14 et 16 ans ont accès aux boissons alcoolisées

Test-Santé a envoyé des garçons et des filles de 14 et 16 ans à travers toute la Belgique, avec pour mission d’acheter dans les supermarchés et les magasins de nuit un alcopop et une bouteille de vodka. Au cas ou cela leur était demandé, ils devaient dire leur âge exact ou montrer leur carte d’identité. Ils ne pouvaient insister auprès du vendeur et devaient, si l’achat était réussi, rendre immédiatement la bouteille fermée à l’enquêtrice accompagnante.

Dans 87 % des cas, les vendeurs ont laissé nos personnes test mineurs d’âge emporter de l’alcool. Seuls 15 % des vendeurs ont demandé la carte d’identité ou l’âge. En encore la moitié d’entre eux ont quand même donné la boisson. Quelques vendeurs se donnent bonne conscience en supposant que l’âge légal pour l’achat de boissons alcoolisées est de 16 ans. Dans un autre cas, le vendeur a demandé au client « mystère » de « cacher la bouteille dans son sac ».

Le test fut mené au moment où la nouvelle loi sur la vente d’alcool aux mineurs d’âge n’était pas encore en vigueur. Cette loi, qui est d’application depuis le 10 janvier, dispose qu’aucune boisson alcoolisée ne peut être vendue à des jeunes de moins de 16 ans. La vente de boissons fortement alcoolisées à des mineurs d’âge était déjà légalement interdite au moment de cette enquête, mais cela ne semblait pas constituer un obstacle pour la majorité des vendeurs. Cela semble donc assez improbable aux yeux de Test-Achats, que cette nouvelle loi plus sévère soit rigoureusement appliquée dès le début.


Qui est responsable ?

Les mineurs d’âge ont trop facilement accès à l’alcool. C’est alarmant, étant donné qu’ils subissent beaucoup plus les conséquences dommageables qui s’ensuivent que les adultes. Il en va ainsi d’effets à long terme, comme des dégâts au cerveau, mais aussi des effets à court terme, par exemple en termes de comportements risqués dans la circulation ou sur le plan sexuel.

L’excuse en or qui était utilisée jusqu’il y a peu, à savoir que la loi n’était pas assez stricte ou qu’elle était peu claire, ne vaut plus. La responsabilité peut donc être mise du côté des vendeurs qui doivent appliquer la loi. Mais ils ne sont pas les seuls à incriminer. Il ressort en effet d’une enquête que la première expérience avec l’alcool se déroule dans le milieu familial.

Naturellement, les jeunes sont aussi responsables de ce qu’ils boivent, mais sur ce plan, il y peut-être de l’espoir. Une enquête du VAD – Association pour les problèmes d’alcool et autres drogues, montre en effet que les jeunes ne commencent pas à boire de plus en plus tôt, contrairement à l’image qui est souvent donnée dans les médias. Selon la VAD, en 2000, 80% des 12-14 ans avaient touché à l’alcool. En 2008, ce chiffre était ramené à 62%.


Les jeunes sont des cibles faciles pour le marketing et internet

Hormis son propre environnement, le marketing et la publicité mettent souvent le jeune en contact avec l’alcool. Des événements sont sponsorisés par des marques de boissons (fortement) alcoolisées, dans les salles de cinéma et excepté s’il s’agit d’un film pour enfants, on diffuse des spots dans lesquels l’alcool est montré.

Surtout sur internet, tout est fait pour attirer l’attention des jeunes, par le biais de petits films, de petits jeux, de musique à télécharger et de trucs et ficelles pour mixer les boissons. Ces sites web ne devraient pas être accessibles aux mineurs d’âge. Pour veiller au respect de la loi, il faudrait mettre en place un système de contrôle de l’âge mais ceci pourrait être très facilement contourné.


Test-Achats ne veut pas des mots mais des actions

L’alcool est omniprésent dans notre société et est banalisé. C’est pourquoi la nouvelle loi ne peut plus être qu’un premier pas dans la direction d’une politique globale en matière d’alcool. Cette politique pourrait s’inspirer du code de conduite de 2005 que l’industrie belge de l’alcool s’est imposée en ce qui concerne la publicité pour les boissons contenant de l’alcool. Ce code dispose entre autres qu’il faut, dans les magasins, une séparation physique entre les boissons alcoolisées et les boissons fraîches et jus de fruits. En tout état de cause, Test-Achats plaide pour que la Ministre de la Santé publique diligente une évaluation approfondie de ce code tant en ce qui concerne son respect que son articulation par rapport aux dispositions légales en vigueur.

Les vendeurs devraient aussi être obligés d’afficher les limites d’âge pour l’achat d’alcool dans leur magasin. De plus, la loi doit être interprétée de telle manière que la vente d’alcool via un distributeur automatique soit considérée comme étant absolument interdite. Test-Achats plaide pour que les autorités compétentes confirment cette interprétation de la nouvelle loi sur ce point.

Il n’est pas question de pinailler. L’alcool peut être mieux utilisé comme source de plaisir. Mais son usage ne peut selon nous être stimulé et certainement pas auprès des jeunes. Le VAD aussi plaide pour un plan d’action national plus large et plus cohérent en matière d’alcool, comme c’est le cas dans d’autre pays européens.


Test-Achats exige une vrai politique pour l’alcool

• De larges campagnes d’information et de sensibilisation doivent être menées par les pouvoirs publics afin que cette loi soit connue par les vendeurs d’alcool.
• Plus de contrôles sont absolument nécessaires afin d’éviter que la nouvelle législation ne reste lettre morte.
• La loi doit être interprétée de telle manière que la vente d’alcool via un distributeur automatique soit considérée comme étant absolument interdite.A charge pour les autorités compétentes de confirmer cette interprétation de la loi sur ce point.
• Une évaluation approfondie du code de bonne conduite relatif à la publicité pour l’alcool est nécessaire et ce, tant en ce qui concerne son respect que son articulation par rapport aux dispositions légales en vigueur.
• Les étiquettes doivent au minimum mentionner les informations requises en français et en néerlandais au lieu de l’anglais.

 
 

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