Fête des Mères: offrir des fleurs éthiques?
C’est bien connu, la Hollande est le pays des fleurs. Et effectivement, c’est d’Outre- Moerdijk que nous vient l’essentiel des fleurs coupées qui garnissent nos vases. Mais, en fait, une bonne moitié de cette production est originaire des pays du Sud, et ne fait que transiter par notre voisin.
La culture de fleurs dans les pays du Sud est une véritable bénédiction économique. Elle représente en effet une source importante de revenus et d’emploi dans les pays en développement. Ceux-ci y voient également une diversification de leurs exportations traditionnelles de denrées sujettes à d’importantes fluctuations. Mais ces fleurs ont-elles été produites dans des conditions socialement et écologiquement acceptables ?
Environnement
Le principal point noir est l’utilisation de pesticides. Ils polluent les eaux et le sol et laissent des résidus toxiques; en manipulant et en respirant les fleurs, il y a un risque certain d’absorption par la peau ou les poumons. Par ailleurs, la culture florale est très grande consommatrice d’eau, alors que cette dernière fait parfois défaut pour d’autres cultures essentielles. Le transport des fleurs vers nos latitudes est également une source de pollution par les gaz à effet de serre. Toutefois, même exportées par avion, des roses du Kenya par exemple ne représentent que 17 % des émissions de CO2 des mêmes roses produites aux Pays-Bas dans des serres chauffées au gaz et éclairées à la lumière artificielle…
Social
Dans le Sud, 200000 personnes, des femmes pour la plupart, sont employées dans la production des fleurs. Elles sont régulièrement victimes de discrimination sur leur lieu de travail. Les salaires sont en général très bas et sont en diminution dans une majorité de pays. Les journées de travail sont très longues en période de pic de production pour les fêtes (Saint Valentin, Fête des Mères). Sans oublier l’utilisation massive de puissants pesticides comme le bromure de méthyle: dans certaines plantations, les ouvrières sont exposées aux produits très peu de temps après leur pulvérisation; elles sont constamment en contact avec les résidus, et n’ont le plus souvent pas de protection.
Comment savoir ?
Le consommateur désireux de savoir si les fleurs ont été produites dans des conditions acceptables n’a pas grand chose à quoi se raccrocher.
Concrètement, les seuls labels éthiques auquel vous pouvez être confrontés sont ceux de Max Havelaar et de FFP. Max Havelaar certifie les fleurs issues du commerce équitable: les plantations doivent se conformer aux critères génériques de FLO (Fairtrade Labelling Organizations). En pratique, ce label FLO ne concerne jusqu’ici que certains bouquets de fleurs vendus à prix compétitifs dans les supermarchés Carrefour, Super GB et Delhaize. Et il y a fort peu de chances que vous le rencontriez chez votre fleuriste.
Depuis 2008 est apparu le label 'fair flowers fair plants' (FFP) disponible chez quelques fleuristes belges. Ce label garantit la culture écologique (pesticides etc.) de fleurs et plantes, ainsi que des standards de travail basé sur les conventions de l'Organisation internationale du travail. Les fleurs FFP sont vendues munies d'une notice spécifique. En fonction de l'espèce, les fleurs FFP sont garanties pour une durée de vie en vase de minimum 5 à 7 jours.
Le droit à l’information
On l’aura compris, nos conclusions seront nuancées. Les conditions environnementales ne sont idéales ni au Nord, ni au Sud. Quant aux conditions sociales, si elles sont pour le moins discutables au Sud, la croissance de ce secteur y amène un emploi stable et des revenus relativement décents qui n’existeraient pas autrement.
Il n’en reste pas moins que le consommateur soucieux d’une démarche éthique n’a actuellement guère de moyens d’éclairer son choix. Des informations doivent être disponibles sur les points de vente (fleuristes et supermarchés en priorité), que ce soit par l’étiquetage ou d’autres moyens.
Il est urgent de trouver une procédure adaptée aux réseaux de fleuristes, encore trop peu touchés. En matière environnementale, l’Union européenne devrait réglementer la teneur en résidus de pesticides sur les fleurs (comme pour les denrées alimentaires), qu’elles aient été produites en Europe ou dans les pays du Sud.

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