Pharmaciens: plus de sérieux dans les conseils
25/7/2008
Les pharmaciens tentent d’attirer l’attention sur leur rôle de conseiller. Ce rôle de conseil offre une vraie valeur ajoutée. Si tant est que les pharmaciens l’assument réellement! Il ressort de l’enquête de Test Santé que nombre de pharmaciens ne prennent pas le problème des patients assez au sérieux. Les enquêteurs de Test Achats se sont rendus dans 101 pharmacies pour demander un remède contre une diarrhée aiguë chez un bébé. A peine, 30% des pharmaciens ont proposé une solution réhydratante (SRO) alors que la littérature pharmaceutique elle-même la désigne comme traitement standard dans de pareils cas ! Par contre, ils n’ont pas manqué de vendre des probiotiques. Quoi qu’il en soit, les soins pharmaceutiques laissent clairement à désirer. Les nouveaux programmes de cours et de formations continues promettent une amélioration. Mais il incombe aussi aux pharmaciens de prendre plus à cœur ce rôle de personne de confiance.
Le rôle du pharmacien?
Nous partageons pas mal d’informations sur notre santé ou celle de notre famille avec notre pharmacien. Nous sommes donc en droit d’attendre qu’il ne prenne pas nos plaintes à la légère. Tant pour la délivrance de médicaments sous prescription que pour les médicaments en vente libre, il joue un rôle de conseiller très important. D’ailleurs, les soins pharmaceutiques consistent ni plus ni moins à fournir un conseil professionnel basé sur une analyse approfondie de la situation. Conseil qu’il couplera éventuellement à une médication dont il déterminera le dosage, la durée et les modalités de prise.
L’enquête : 101 pharmacies visitées
Le pharmacien assume-t-il réellement son rôle de conseiller pharmaceutique ? Pour le savoir, les enquêteurs de Test Achats se sont rendus dans 101 pharmacies pour demander un remède contre une diarrhée aiguë chez un bébé de 8 mois. Les enquêtrices ont visité au total 49 pharmacies en Flandre, 42 en Wallonie et 10 à Bruxelles. A chaque fois, elles expliquaient ceci aux pharmaciens : « Je viens pour la fille de ma sœur/ma petite fille, elle a la diarrhée ». Si on leur posait des questions, elles répondaient que l’enfant avait de nombreuses selles liquides exemptes de sang, qu’il devait vomir, qu’il n’avait reçu aucune médication, n’avait pas de fièvre, et ne montrait pas non plus de signes de déshydratation. Les résultats présentés ici s’appliquent aux 101 officines visitées.
Manque d’intérêt !
Le pharmacien ne peut évaluer correctement l’état de l’enfant qu’en vous posant au minimum trois questions essentielles : l’âge de l’enfant, la durée de la diarrhée, les plaintes précises. Le conseil du pharmacien est basé sur les réponses à ces questions. Par exemple, l’âge de l’enfant détermine le traitement : un enfant de moins de 2 ans ne peut pas prendre du lopéramide. Si l’enfant doit aussi vomir (comme dans notre scénario), il est très important de délivrer de l’ORS, vu le risque plus élevé de déshydratation. Dans 30% des cas, lorsque le problème de la diarrhée du bébé était exposé, les pharmaciens ne répondaient que par une seule question (celle de l’âge) et l’affaire était faite ! Chez Multipharma à Louvain, le pharmacien n’a carrément rien demandé. L’enquêtrice a simplement reçu un probiotique accompagné d’une explication sommaire sur le fonctionnement, le dosage et le mode d’administration. Tous les autres pharmaciens demandèrent au moins l’âge de l’enfant. Et cela semblait leur suffire. A peine une minorité a demandé si l’enfant avait de la fièvre (27%) ou s’il devait vomir (24%). Bien peu ont cherché à connaître la nature et la fréquence des selles (27%). Et ils étaient encore moins nombreux à demander depuis quand duraient les plaintes (19%). Bien que 3 pharmaciens sur 4 aient évoqué les risques de déshydratation et les mesures préventives, seuls quelques-uns ont expliqué comment la détecter (4%). Peu ont demandé si le bébé avait déjà reçu quelque chose contre la diarrhée (6%) ou un autre médicament (2%). Un pharmacien sur 10 a donné au moins un produit inadéquat pour un prix…à tomber malade. Trois pharmaciens ont donné du Motilium, un antivomitif (domperidone), alors que pour les bébés, il faut une prescription pour ce médicament.
On ne s’embarrasse pas avec la SRO !
Moins d’un pharmacien sur 3 a conseillé d’aller chez le médecin si la situation ne s’améliorait pas. Pourtant, c’était tout sauf inutile. Par ailleurs, seuls 30% ont donné une SRO alors que la littérature pharmaceutique elle-même la désigne comme traitement de base en cas de diarrhée aiguë chez les bébés. Certains ont conseillé de venir chercher une SRO si ça ne s’améliorait pas (13%). Plus de la moitié ne l’a pas proposé ! Par contre, 93% a conseillé des probiotiques, de l’Enterol la plupart du temps. Ces probiotiques ne peuvent que diminuer la durée de la diarrhée avec 24 heures au maximum, mais ils ne protègent pas contre la déshydratation causée par la diarrhée. Un pharmacien sur 10 a donné au moins un produit inadéquat pour un prix…à tomber malade.
Des soins pharmaceutiques plus scrupuleux
Les pharmaciens visités n’étaient pas souvent à la hauteur. Ils posaient trop peu de questions et n’analysaient pas la situation. De plus, les questions n’étaient pas du tout posées au début de l’entretien. Le choix de l’Enterol démontrait la plus tard du temps que le pharmacien ne connaissait pas l’âge du bébé, et sans aucune considération pour les autres symptômes. Il est parfaitement incompréhensible que près de la moitié n’ait pas proposé de solution réhydratante. Leur rôle ne se limite pas à accueillir aimablement des patients pour les couvrir de toutes sortes de produits et les renvoyer gentiment à leurs affaires. Test Achats attend d’eux qu’ils prennent leur rôle de conseiller plus au sérieux. Faute de quoi, leur position de monopole pourrait être remise en question.

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