Le consommateur payera les 250 millions d'Electrabel
Le Gouvernement veut 250 millions €d’Electrabel. Il va les avoir puisqu’ils sont financés par le consommateur … De cette manière, il veut d'une part répondre de manière urgente à la recherche d'argent pour le budget et, d’autre part, sauver les apparences en montrant qu’il fait quelque chose pour combler le manque de concurrence sur le marché belge de l'énergie. Naturellement, Electrabel, de son côté, ne veut pas trop payer. Comment résoudre cette équation ? Etape 1: laisser Fluxys et les autres filiales de Suez payer beaucoup trop (près de 250 millions €) pour le rachat de Distrigaz&Co, une filiale de plus de Suez. Etape 2 : laisser Fluxys répercuter son rachat trop élevé sur le consommateur. Malheureusement, la CREG décide de la hauteur des tarifs de transit, c’est gênant mais on va s’arranger entre amis …Etape 3 : laisser le gouvernement annuler la décision de la CREG au sujet des tarifs de transit et… la boucle est bouclée, it’s in the pocket ! Ainsi, le consommateur comble le trou budgétaire et le manque de concurrence reste en l’état, avec le soutien des autorités.
À la recherche de 250 millions € chez Electrabel …
Tout le monde en parle de ces 250 millions € qu’Electrabel devrait verser. D’abord, le fournisseur d'énergie allait « rembourser », ensuite plus et maintenant bien ! Le gouvernement réclame un geste d’Electrabel. Il a non seulement besoin de l'argent de première nécessité pour boucler son budget (quelle aubaine en regard des 110 millions € de mesures « pouvoir d’achat » à financer). Il veut en outre garder l'apparence qu’il se bat contre l’absolutisme d’Electrabel sur le marché belge de l'énergie. Au lieu de prendre de véritables mesures, il opte pour un petit accord privé, ponctuel et en cachette où c’est le consommateur qui paie la facture au final. Comment ?
Le rachat de Distrigaz & Co par Fluxys
Distrigaz & Co a été créé en 2001 pour commercialiser la capacité de transit (grosse tuyauterie de gaz naturel). Et parce que Gaz de France et Suez vont fusionner, cette dernière a dû mettre la main sur sa filiale de transit. Le candidat racheteur logique a été une autre filiale de Suez, Fluxys, étant donné qu’il gère déjà, depuis l’année dernière, les capacités de transit de Distrigaz & Co.
Quanta costa ?
Du prospectus établi en 2001 lors de la création de Distrigaz &Co, il apparaît que la valeur de Distrigaz & Co consiste uniquement en la valeur des contrats long terme pour les activités de transit présentes dans ce portefeuille. Ces dernières ont été évaluées à 140 millions €. Étrangement (très étrangement) en 2008, Fluxys paie plus de 350 millions d'euros pour les activités de transit… Bizarre d’autant plus lorsque l’on sait que la valeur des contrats à long terme a diminué entre-temps, à l’approche de l’échéance. Pourquoi une filiale de Suez paie des centaines de millions d'euros (près de 250 millions ?) en surplus pour une autre filiale de Suez? Bizarre …
Le consommateur paie ou non?
Pourquoi ? Parce que le consommateur paie le rachat surestimé de la filiale. Le but était de répercuter celui-ci sur le consommateur au travers des tarifs de transit. Mais, dernier obstacle très théorique, c’est la CREG qui détermine ceux-ci. Et le régulateur fédéral n'avait pas l'intention de suivre le mouvement orchestré. Grain de sable dans la mécanique politico financière. Elle décide même le 15 mai dernier de baisser les tarifs de transit pour protéger le consommateur contre un prix de rachat trop élevé des contrats de transit. Bien vu mais …
Le gouvernement vient à la rescousse du secteur de l’énergie : la CREG busée …
La décision de la CREG a été, bien entendu, une mauvaise surprise pour le groupe Suez, mais il a pu heureusement compter, comme par hasard, sur le soutien bienveillant du gouvernement. Malgré son credo pour un régulateur fort et indépendant avec plus de compétences, il décide de passer outre la décision de la CREG ! Cette décision du régulateur a été suspendue par un Arrêt royal du 27 mai (rétroactif au 23 mai). Ainsi, la boucle est bouclée. Heureusement, la CREG a continué à montrer les dents pour confirmer de nouveau sa décision originale. Il est à craindre qu'au même moment, on recherche de nouveau un mécanisme (modification de la loi ?) pour augmenter les tarifs de transit et pour que ce soit le consommateur qui paie le prix de rachat exorbitant.
Le temps est venu pour de vraies mesures
Entre-temps, la concurrence sur le marché belge de l'énergie reste médiocre et le gouvernement ne fait rien pour remédier à cela, au contraire. Les prix de l’énergie sont excessifs pour le consommateur alors que les frais de production sont très limités. L'amortissement accéléré des centrales au charbon et des centrales nucléaire a été financé par les consommateurs belges entre 1971 et 2003 et ceci moyennant des prix élevés. Le fait que ces centrales aient déjà été payées plusieurs fois, a permis à Suez Electrabel de faire des bénéfices énormes et a donné à la société un avantage concurrentiel non négligeable au moment où le marché était libéralisé. De plus, les frais de production d'électricité de Suez Electrabel se trouvent bien loin en dessous du prix du marché. Il serait donc plus équitable que le consommateur d'énergie belge soit récompensé pour les efforts qu’il a lui-même réalisés. Test Achats exige logiquement un prélèvement structurel sur les bénéfices des centrales amorties que Test Achats évalue à 1 milliard d'euros par an.

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