Nationalisation de Dexia: échec d’un modèle et du contrôle…
11/10/2011
La nationalisation de Dexia banque annoncée hier est une bonne nouvelle pour les épargnants inquiets, elle l’est beaucoup moins pour les contribuables et pas du tout pour les actionnaires. Si l’on a dû en arriver à cette extrémité et à un retour 20 ans en arrière, c’est d’abord en raison de l’échec d’un modèle et d’une stratégie et à cause de l’échec du contrôle à la fois politique et systémique. Des responsabilités qui coûtent cher…
Au niveau européen…
12ème sur 91 banques européennes testées, la « grande distinction » octroyée à Dexia en juillet dernier illustre, si besoin encore en était, les failles majeures des 2éme stress-tests sensés mesurer la solidité des banques européennes et rétablir la confiance. Au final, les tests, déjà qualifiés de complaisants, apparaissent aujourd’hui complètement discrédités. La crédibilité de l’EBA, la toute jeune Autorité européenne des banques, une de 3 autorités de contrôle crée au niveau de l’Union en 2010, est déjà en jeu. Depuis 2008, on sait pertinemment que le business modèle de Dexia n’était plus viable. Dans un monde où de brusques crises de liquidités peuvent survenir à tout instant, continuer à dépendre à ce point des marchés financiers et des autres banques pour le financement de ses activités constituait une prise de risque permanente. Au printemps dernier, alors que la crise grecque s’accélérait, la Commission européenne s’inquiétait ouvertement de la lenteur de l’avancement des restructurations exigées en échange des aides d’Etat. En 3 longues années, poussé par des actionnaires mus par des intérêts politiques et soucieux de ne pas démanteler pour ne pas trop égratigner la rentabilité, la méthode de restructuration privilégiée par le management s’est manifestement révélée beaucoup trop lente. La crise des dettes souveraines et la peur de ses contreparties qui en a découlé ont rattrapé le groupe.
Au niveau belge…
Quelles initiatives ont été prises du côté de la BNB chargée du contrôle prudentiel ? Pourquoi a-t-on laissé Dexia se contenter d’une réduction de valeur théorique de 21% sur ses obligations grecques venant à échéance avant 2020 lors du plan de secours européen à la Grèce de juillet dernier alors que d’autres banques actaient des moins-values de 50% dans leurs comptes, conformément aux exigences du marché à ce moment ?
Au vu de la vacuité du communiqué de Dexia dans le sillage de son CA d’urgence du 3 octobre dernier, il était illusoire d’imaginer qu’il n’allait pas engendrer la panique des actionnaires (le cours a plongé de plus de 30% dans les premiers échanges) et, dans son sillage, comme en 2008, celle des épargnants. On aura pourtant dû attendre jusqu’au jeudi après-midi pour voir la FSMA, le gendarme de l’information financière, suspendre enfin la cotation. Entre temps, un peu près tous les scénarios se sont succédés dans la bouche du politique et la vente de la filiale Luxembourgeoise BIL était annoncée par la presse… autant d’informations « susceptibles d’influencer le cours » et qui aurait dû pousser la FSMA à l’action.
Au niveau politique…
Enfin du côté du politique, alors que la multiplication des niveaux de pouvoirs a engendré la cacophonie, l’improvisation semble avoir été à nouveau la méthode de travail privilégiée. Comme en 2008, elle tranche avec la façon d’agir des français et ne plaidait pas pour une issue en faveur du Royaume. Fort de ses bonnes expériences au niveau des garanties accordées au secteur bancaire belge, la Belgique n’ a pas hésité à prendre à sa charge une part bien plus importante des garanties octroyées à la « bad bank » que ne l’aurait exigé un accord équitable avec les français. La France, de son côté, voulait absolument limiter sa contribution sur ce volet de peur de voir le rating de sa dette rétrogradé.
Résultat? Des épargnants rassurés et des actionnaires désemparés…
La décision de nationaliser la banque Dexia devrait avoir pour effet de rassurer les épargnants et de garantir la continuité d’activité promise ces derniers jours. A l’heure qu’il est, on ne connaît pas encore les détails et le profil du management mais les clients de Dexia bénéficient d’une garantie d’Etat directe et inconditionnelle. Il faudra voir comment l’Etat va assurer ce nouveau métier de banquier, même si ce n’est pas sa vocation, il faut au moins espérer que l’on va ainsi revenir au métier de base de collecte des dépôts et d’octroi du crédit, dans des conditions de transparence et de cohérence. Quant aux actionnaires de Dexia S.A., leur situation est compromise. Test-Achats a orienté clairement le conseil à la vente depuis mars 2009 voyant l’évolution du dossier, constatant la stratégie du management surexposant l’institution au risque de la dette souveraine et après avoir évalué les difficultés de se financer sur le marché interbancaire. A l’heure actuelle, un certain nombre d’informations capitales (prix de ventes de toute un série d’actifs, fonds propres dont sera dotée la bad bank, rémunération des garanties…) font encore défaut pour tenter d’évaluer la valeur précise de l’action.

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