Pub financière: combattre l'intox
28/4/2008
Ces derniers temps, le secteur et les autorités parlent beaucoup d’éducation financière. En effet, une enquête récente de Test Achats a démontré que le consommateur était souvent dépourvu face à la complexité et au manque de transparence des produits financiers. Que dire alors des nombreuses publicités financières qui trompent le consommateur sur le rendement ? Test Achats en a analysé un certain nombre pour dénoncer certaines cachotteries et tromperies des banquiers et assureurs. A cet égard, Test Achats dépose plainte contre Hamburg Mannheimer pour sa publicité récente vantant la formule ERGO 30 | 40 | 60 et demande plus de contrôle ainsi qu’un renforcement de la législation en la matière. Par ailleurs, Test Achats donne des conseils et des informations sur le site www.budget-net.com ouvert à tous pendant une semaine à dater de ce 28 avril 2008.
Plus de 4,5% de rendement, suspect !
Ne tournons pas autour du pot : pour une durée de 10 ans, le taux d’intérêt d’un placement sans risque, par exemple des obligations d’Etat, oscille depuis le début 2008 aux alentours de 4 à 4,5%. Il est donc impossible d’obtenir un rendement garanti de 6 ou 7%, voire plus sans prendre des risques ou sans être trompé sur la marchandise. Les banquiers et les assureurs font preuve de beaucoup d’imagination pour tenter de faire croire le contraire au consommateur.
Toutes les ficelles du métier pour piéger l’épargnant
Un premier cas est celui où le capital n’est pas garanti. Le financier garantit des intérêts ou le rendement des coupons mais pas le capital qui serait récupéré en fin de placement. Le consommateur risque clairement d’y perdre. Il n’est pas du tout intéressant d’avoir une garantie sur des intérêts alors qu’il risque de perdre davantage sur le capital.
Un deuxième truc : obliger le consommateur à faire deux placements différents (ou bien le placement est divisé en deux parties), un premier qui vous offre un taux garanti très élevé sur une courte durée (par ex. 8% sur quelques mois) et un second bien différent, qui sert en partie à offrir un taux anormalement élevé pour le premier et qui doit rester investi beaucoup plus longtemps. Naturellement, la pub ne parle que du rendement du premier placement.
Un troisième truc devenu classique : mettre en avant un rendement obtenu dans le passé alors qu’il n’est pas une indication valable pour l’avenir ou qu’il est calculé pour une période inappropriée au placement proposé. C’est l’exemple de Safe Invest Bonus de Dexia. Le taux de 6,4 % avancé dans la publicité est le rendement brut octroyé par la banque en 2006, alors que la pub a été diffusée en 2008. Le code de conduite normalement d’application ne parle pas de cette hypothèse…
Une quatrième technique consiste à ramasser une grand partie des intérêts sur un ou deux coupons annuels en laissant beaucoup moins pour les années suivantes. Ce sont bien évidemment les coupons avec le taux le plus élevé qui sont mis en avant dans la publicité.
De manière générale, la sophistication des placements rend la compréhension des formules particulièrement ardue. Que penser ainsi des montages avec options grâce auxquelles on engrangerait un beau rendement mais avec une probabilité faible, voire très faible. Les mécanismes sont à ce point compliqués qu’aucun particulier ne peut avoir la moindre idée des chances d’obtenir le maximum de gain annoncé dans la publicité.
Quelques exemples : tout ce qui brille n’est pas or …
Elite Gold 7% vanté par D&D Financials est un produit d’assurance-vie où tous les ingrédients sont réunis pour faire tourner la tête des épargnants. La formule est construite de telle manière que l’on a la garantie de récupérer son capital de départ, augmenté de 7% mais dans 15 ans. A part cela, aucun rendement n’est certain dans la mesure où il dépend de la performance d’un instrument financier lié à « la participation à un programme de financement de transactions sur l’or avec des professionnels spécialisés ». Un chat dans un sac, en somme ! Magie, voyance ou moquerie pure et simple du consommateur ? A n’y rien comprendre tout simplement, sans oublier les frais d’entrée et de gestion qui donnent au final un taux garanti réel de 0,05% sur base annuelle !
Autre (mauvais) exemple : Fortis B Fix 2008 Duo Double Six et une campagne d’affichage matraquant un rendement de 8% sur 4 mois dans la bouche d’un couple souriant et épanoui. Quoi de plus alléchant ! Viennent alors les nuances apportées par Fortis : les conditions ne s’appliquent que sur la moitié de l’investissement et la banque focalise l’attention sur un élément très partiel du rendement de la sicav. La formule proposée est un placement à 6 ans dont la moitié du capital bénéficiera pendant 4 mois d’une rémunération de 8% brut. Mais que reste-t-il après le précompte mobilier et les frais d’entrée ? En fait, les frais sont supérieurs au rendement affiché. Pour 1000€ investis, vous payez 12,50€ de frais et les 8% vous rapportent 12€ net. Voilà comment un chiffre de 1,25% (frais d’entrée) mentionné en très petits caractères dans la publicité en arrive à représenter davantage qu’un 8% pourtant mis en avant.
Test Achats dénonce et dépose plainte contre Hamburg Mannheimer
Autre mauvais exemple : Hamburg Mannheimer et sa formule ERGO |30 | 40 | 60, une formule de placement qui combine une assurance épargne au rendement garanti (branche 21) sur une partie de l'investissement et une assurance placement liée à un fonds d'actions ou d’obligations (branche 23) pour le reste. Dans les medias, la compagnie mentionne un taux obtenu en 2007 (10,83%), soit celui obtenu à partir du fonds le plus rémunérateur de la gamme cette année-là. Au même moment, sur leur site et dans leur folder, ils mentionnent par ailleurs des taux plus élevés relatifs à des années antérieures et portant sur une combinaison différente de la formule ERGO. Test Achats estime que cette publicité est trompeuse parce qu’elle présente un rendement se rapportant à une seule année alors que le placement proposé n’est pas un placement de court terme. La publicité choisit d’afficher la combinaison la plus flatteuse alors que des différences parfois importantes existent d’une version à l’autre. Le rendement mis en avant par ailleurs pour une année donnée ne permet en aucun cas de se faire une idée correcte de ce que pourrait rapporter la formule sur toute la durée du placement. L’essence même d’une formule comportant des actions est de présenter des résultats fluctuant au cours du temps. Or les moins bons résultats d’une année sont systématiquement écartés de la communication au profit des meilleurs. Pour ces raisons, Test Achats a déposé plainte contre cette campagne publicitaire auprès du service Médiation et Contrôle du Ministère de l’Economie et en a informé les services de la CBFA.
Test Achats exige un cadre réglementaire malgré les mesures déjà applicables …
C’est un fait, le domaine financier est de plus en plus sophistiqué. Banques et assureurs rivalisent d’ingéniosité pour concocter des produits que le consommateur a toutes les peines de comprendre. Face à cette évolution, le cadre réglementaire doit lui aussi évoluer. En 2004, Test Achats dénonçait déjà le caractère trompeur de beaucoup de publicités en faveur de formules d’assurance-vie. En 2006, les compagnies d’assurances mettaient en place un code de conduite. Si ce code comporte des améliorations (fiches d’informations standardisées sur les placements, par ex.), les contraintes que les assureurs se sont imposés ne sont pas suffisantes pour éviter que le consommateur ne soit induit en erreur. Les principes du code ne sont pas respectés par tous. Pour Test Achats, il faut aller plus loin. Il faut rendre les règles contraignantes et prévoir de vraies sanctions. Par ailleurs, il est souhaitable de mettre en place un contrôle a priori. Pour les placements bancaires, la CBFA joue généralement bien ce rôle. Par ailleurs, Test Achats exige, que si un rendement garanti est présenté sur une publicité, il faut qu’il soit exprimé en taux annuel et qu’il soit calculé en tenant compte de la durée totale du placement.
Lorsque le placement porte sur une durée inférieure à un an, il faut alors qu’il y ait un exemple chiffré qui mette en avant des montants absolus. C’est la seule façon pour le consommateur de se rendre compte du rendement réel, exprimé en euros.
Quand le capital n’est pas garanti, aucun rendement minimum n’est en fait certain. Dans ce cas, annoncer un taux garanti pour un coupon versé à un moment donné induit en erreur. Cela doit être interdit.
Enfin dans une formule complexe de deux placements avec un rendement différent pour chaque partie, le rendement annoncé doit être évalué par rapport à la totalité du placement.
Test Achats plaidera en faveur d’un renforcement du cadre légal et des contrôles, et d’un certain nombre de mesures de transparence en faveur des consommateurs, auprès du Ministre des Entreprises, V. Van Quickenborne, du Ministre des Finances, D. Reynders et du Ministre du Climat et de l’Energie, P. Magnette.
Combattre l’intox…
Budget-Hebdo, le conseiller financier indépendant de Test Achats, participe à l’éducation financière du grand public. Position, conseils et infos, en vidéo et sur le site www.budget-net.com, ouvert à tous jusqu’au 5 mai.

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