Test-Achats

Des allégations qui font vendre


Presque 40% des produits alimentaires analysés par Test Achats en 2007 étaient de qualité mauvaise voire médiocre. L'organisation de consommateurs considère qu’une amélioration est encore possible dans beaucoup de domaines. Le magazine Test Santé, entièrement remis à neuf, se focalise sur les allégations nutritionnelles et de santé telles que « extra light », « baisse du cholestérol », « 0% de matières grasses » ou « riche en vitamine C ». Ces slogans sont désormais réglementés par une loi européenne. Vu le nombre de mentions trompeuses, c’est certainement une mesure positive. Cependant, Test Achats craint que les fabricants continuent à en faire pleinement usage mais de manière détournée. D’autant que cette réglementation est loin d’être infaillible et prévoit de très longues périodes transitoires.

Tout va bien ?

Nous n’avons heureusement connu aucune crise alimentaire majeure en 2007. Mais cela ne signifie certainement pas que nous pouvons avoir une confiance aveugle dans l'industrie alimentaire. L'Agence Fédérale pour la Sécurité de la Chaîne alimentaire (AFSCA) a retiré du marché pour non-conformité plus de 3 produits par mois en moyenne. Et les études de Test Achats et de Test Santé ne reflètent que dans de très rares cas une image sans taches.

Trop d’additifs et de pesticides

Ce n’est évidemment pas la première fois que Test Achats met le doigt sur ce problème. Les analyses montrent que des situations intolérables sont toujours d’actualité. La législation doit être plus contraignante. Plus d’un quart des fruits et légumes renferme soit un grand nombre de pesticides différents (au moins 4), soit une concentration en pesticides supérieure ou proche des limites résiduelles légalement autorisées. Cela s’explique par le respect insuffisant des bonnes pratiques agricoles et par l'harmonisation insuffisante de la législation européenne sur les pesticides.

La quantité d’additifs contenue dans le jambon cuit est anormale. Le plus souvent, ils ne servent qu'à « retenir » l'eau et à gonfler artificiellement le poids des jambons... Les boissons rafraîchissantes, souvent sans intérêt nutritionnel, renferment aussi parfois du benzène, une substance reconnue cancérigène. Le principal élément déclencheur semble être l'utilisation combinée d'acide benzoïque (agent conservateur) et de vitamine C (antioxydant).

Presque tous les bonbons contiennent des colorants artificiels. Et parfois plus que les teneurs légales autorisées. Dans le massepain, autre produit très sucré, Test Achats a souvent trouvé de fortes concentrations d’acide sorbique, un agent conservateur, inutile dans ce produit. En outre, nous avons détecté, dans des fruits en massepain coloré, la présence d'au moins 2 colorants de synthèse.

Fraîcheur et conservation douteuses

La composition des produits est une chose, mais une fois disponibles dans le commerce, ceux-ci doivent rester frais et être bien conservés.
- 40 % des asperges blanches achetées par Test Achats n’étaient pas fraîches. Nous avons relevé le problème même en pleine saison.
- La température idéale de conservation de la crème pâtissière est de 7° C, mais dans plus de la moitié des points de vente, la température dépassait cette limite, avec des pointes allant jusqu'à 17 ou 19° C.
- Sur bon nombre d’emballages de jambon cuit, la date de péremption mentionnée est trop éloignée de celle de fabrication. À cette date, le produit a déjà perdu beaucoup de sa fraîcheur. - Un quart des huiles d’olives analysées se sont révélés décevantes du point de vue fraîcheur et/ou odeur et goût. 

Les consommateurs ne savent pas ce qu’ils mangent

Test Achats ne publie pas uniquement les résultats de tests comparatifs d’aliments mais se bat aussi pour que le consommateur soit plus conscient de ce que contient son assiette.

- La plupart des gens savent que les fast food n’offrent que rarement des repas sains. Mais les informations sur la valeur alimentaire et la composition du produit ne sont disponibles que très occasionnellement.
- Il y a parfois de grandes différences entre ce que les aliments prétendent renfermer et les compositions réelles. C’est ce qui est notamment ressorti en 2007 lors d'une analyse sur 60 produits enrichis en omega-3. Pour les produits comme la charcuterie fine, un tel enrichissement n’est d’ailleurs pas intéressant.

Les allégations font surtout vendre et consommer

L’étude sur les allégations nutritionnelles et de santé publiée dans Test Santé traite des exemples d'informations déficientes ou trompeuses. Selon une enquête, 6 personnes sur 10 expliquent que les appellations telles que « riche en calcium », « light », « pauvre en matières grasses » etc attirent toujours, ou souvent, leur attention et qu'ils les lisent. Plus de la moitié déclare accorder confiance à ces affirmations, ce qui les incite à acheter le produit.
Les fabricants se livrent parfois aux pires fantaisies. Nombreux sont les produits qui font usage de messages très généraux tels que « renforce l’organisme de l’intérieur», « healthy body », « pour une meilleure immunité » etc. Depuis le 1er juillet 2007, un règlement européen est entré en vigueur et détermine dorénavant les règles concernant ces appellations.

Nouvelle réglementation : une bonne tentative …

La nouvelle réglementation éclaircit certains points.
- Elle définit les allégations nutritionnelles qui peuvent encore être utilisées et détermine aussi les conditions de cette utilisation. Par exemple, les mentions « extra light » ou « ultralight » ne sont plus admises ; l’appellation « light » est encore acceptée à condition que le produit apporte 30 % d’énergie en moins.
- Il n’est plus possible de se focaliser sur une caractéristique positive d’un produit alors que d’autres le sont moins. Par exemple : un aliment très sucré ne peut plus attirer exclusivement l’attention sur « 0% graisse ».Le fabricant doit pouvoir prouver scientifiquement que les affirmations mentionnées sur l’emballage sont correctes. Nous espérons donc que les grossières généralisations telles que « renforce l’organisme de l’intérieur », « healthy balance » etc. appartiendront vite au passé.
- Les fabricants ne peuvent plus comparer que les consommations de produits alimentaires avec d’autres lorsque ceux-ci font partie de la même catégorie. Par exemple : un morceau de chocolat ne peut plus être comparé à quelques tasses de tisane au tilleul.
- Cette loi porte aussi sur la publicité faite pour le produit (par exemple les campagnes publicitaire, les sites internet, etc.)
- Faire allusion à la rapidité d’amaigrissement ou au nombre de kg perdus n’est plus autorisé. Par exemple : les mentions telles que « perdre 3 kg en 1 semaine » sont dorénavant interdites.

Du pain sur la planche ?

Malgré les éléments positifs qui ressortent de cette loi, celle-ci est loin d’être complète et infaillible.
- Les allégations nutritionnelles autorisées sont clairement définies, mais il n’y a aucune liste exhaustive pour celles concernant la santé ou la limitation des risques de maladies. Ces règles devraient logiquement être beaucoup plus sévères.
- Il subsiste un certain nombre de zones grises. Les interprétations des différents Etats membres divergent déjà et sont source d’ambiguïté.
- Une multitude de points exigent encore des éclaircissements ultérieurs. Une notion importante dans le texte légal est celle des profils nutritionnels. Ils doivent servir comme référence pour les différents produits d'une même catégorie. Mais pour définir ces profils, la Commission européenne a jusqu'en janvier 2009.
- De trop longues mesures transitoires sont accordées aux fabricants pour mettre de côté leurs mauvaises habitudes.
- Compte tenu de la mondialisation croissante du secteur alimentaire, Test Achats estime que la Commission Européenne doit tout mettre en œuvre pour garantir l’application la plus uniforme possible du règlement.
- Toute infraction doit être sanctionnée sévèrement. Ce contrôle incombe aux autorités nationales. En Belgique, il s’agit de l’AFSCA et du SPF Economie. Ces deux instances doivent définir clairement leurs responsabilités et la manière dont elles interviendront.

AFSCA = sécurité alimentaire = Santé publique ?

On le voit, le bilan est loin d’être brillant et les nouvelles législations risquent de réserver des désillusions, pour preuve, le dossier « allégations santé ». Test Achats défend le droit fondamental à la santé et à la sécurité alimentaire au travers de législations suffisamment contraignantes, des contrôles réalistes et d’éventuelles sanctions proportionnées.

Pour Test Achats, il manque toujours une politique nutritionnelle et coordonnée entre les différentes entités du pays afin de garantir enfin une alimentation saine et équilibrée.

Enfin, le passage sous tutelle de l’AFSCA, de la Ministre de la Santé Publique vers la Ministre de l’Agriculture est un signal qui suscite l’interrogation, voire la perplexité. Sans remettre en cause l’indépendance et la compétence de Sabine Laruelle, Test Achats devra être attentive à cette évolution, tout en demandant à l’AFSCA d’être plus attentive et réceptive aux enquêtes régulières de Test Achats.

 
 

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