Emballages alimentaires : marketing pur ou duperie du consommateur ?
Test-Achats a analysé l’emballage de divers produits alimentaires et a comparé l’aspect général de l’emballage et les appellations qui y figurent, avec la liste obligatoire des ingrédients ou l'origine réelle mentionnée et ce, afin de vérifier la cohérence entre les deux. Les résultats de ce coup de sonde ne sont pas brillants… loin s’en faut ! Les entreprises jouent avec la crédulité des consommateurs. Tout est bon pour vanter exagérément les mérites d’un produit, attirer et inciter à l’achat. Les fabricants de denrées alimentaires ont recours à différents moyens pour susciter l’intérêt et influencer les choix du consommateur. Cela peut passer par l’origine de l’aliment, l’emballage et les appellations ou la composition même du produit. Bref, au premier coup d’œil, vous ne voyez que ce que le fabricant veut bien montrer… et vous êtes victime d’une pratique commerciale trompeuse ; ni plus ni moins.
Le coup de sonde
Les enquêteurs de Test-Achats ont acheté au hasard une série de produits alimentaires dans diverses grandes surfaces afin d’analyser leur emballage. L’objectif de ce coup de sonde était de déceler d’éventuelles pratiques qui posent problème.
La liste des produits analysés n’est nullement exhaustive. Il existe en effet bien d’autres aliments dont l’emballage induit le consommateur en erreur.
Le consommateur est souvent dupé sur la composition du produit
Selon Test-Achats, il n’y a en soi aucune raison de s’opposer à la mise en évidence d’une particularité positive d’un aliment, à condition que ce ne soit pas une manoeuvre pour évincer d’autres caractéristiques moins avantageuses ou pour faire naître la confusion dans l’esprit du consommateur. Et pourtant …. La réalité est toute autre ! Ainsi, quoi de plus logique que de penser qu’un sachet de « Parmi perfetto per pasta » contient du parmesan … alors qu’en réalité il s’agit d’une préparation à base de fromage (50%) et de graisse végétale (50%). Bref, tout sauf du parmesan !
Premier constat : l’utilisation des arômes est fréquente pour remplacer les ingrédients naturels. Et vu qu’il n’est pas obligatoire de spécifier sur l’étiquette le type d’arômes utilisés, un produit comme une soupe qui arbore fièrement "à base d’ingrédients 100% naturels" contient pourtant des arômes naturels. Et un yaourt dont l’emballage est parsemé de fleurs de vanilles n’a en réalité qu’une saveur vanille qu’elle doit à des arômes.
Deuxième constat : la proportion souvent infime d’ingrédients naturels par rapport à celle d’arômes laisse rêveur au vu des slogans et des pictogrammes qui sautent aux yeux et vantent à outrance la présence d’un ingrédient naturel tel que de l’huile d’olive, du beurre, des fruits, de la truffe, des pignons de pin, … qui ne se retrouve finalement qu’en infimes proportions dans le produit (de 0,1 à 5% maximum pour les produits analysés). Et il y a pire : ces ingrédients naturels tant vantés se retrouvent souvent en moindre proportion que leurs « équivalents » de piètre qualité. Ainsi, dans un bouillon de poule à l’huile d’olive, on constate une présence supérieure de graisse végétale, graisse de poule et graisse végétale hydrogénée que d’huile d’olive. Et dans des caramels sur l’emballage desquels on parle de bon beurre, on s’aperçoit qu’il y a davantage de graisse végétale que de beurre.
Une seule leçon à en tirer : mieux vaut se fier à liste des ingrédients dont la présence est une obligation légale plutôt qu’aux slogans voyants et accrocheurs, mais bien souvent … trompeurs.
Même déception pour l’origine des produits typiques d’une région. Se servir des couleurs de l’Italie sur l’emballage d’une pizza fabriquée… en Belgique ou utiliser une calligraphie grecque et un nom de produit à consonance grecque pour décorer l’emballage de ce qu’on pourrait raisonnablement croire être de la fêta - produite en Allemagne à base de lait pasteurisé de vache -… induit inévitablement le consommateur en erreur et l’incite à acheter le produit en question. Même duperie pour un sachet de chorizo aux couleurs du drapeau espagnol et décoré avec l’effigie d’un torero mais fabriqué en France.
Production artisanale … industrielle ?
Façon artisanale, secret grand-mère, recette originale, antica ricetta, à l’ancienne.... sont des appellations qui suggèrent des ingrédients traditionnels et naturels. Et il est un fait que le consommateur est demandeur d’un retour à l’artisanal et au naturel. Or, trop de ces produits qui se disent artisanaux proviennent de productions industrielles et contiennent de nombreux additifs. Prenons pour exemples des salades de Surimi, de crabe et de poulet curry qui s’annoncent artisanales et contiennent une liste impressionnante d’additifs (stabilisants, colorants, conservateurs, épaississants, acidifiants et exhausteurs de goût).
Test-Achats exige…
Malgré la législation sur les pratiques du commerce et l’étiquetage, bon nombre d’emballages sont trompeurs. Nous exigeons dès lors que de nouvelles mesures efficaces soient prises.
• une législation sur l’utilisation des termes "artisanal", "recette de grand-mère" etc doit être élaborée. En toute logique, ces produits ne devraient pas pouvoir contenir d’additifs.
• le terme artisanal ne peut pas désigner une production industrielle. Ce terme doit être limité à la production à petite échelle.
• l’origine du produit doit toujours être clairement mentionnée sur l’emballage.
• les indications doivent être écrites dans les langues nationales, même sur la face avant de l’emballage.
• les contrôles plus poussés et une application plus stricte de la législation actuelle sont nécessaires.
…et porte plainte
Pour Test-Achats, en agissant de la sorte, les fabricants violent la loi du 14 juillet 1991 sur les pratiques du commerce et sur l’information et la protection du consommateur et plus particulièrement son article 94/6 . Cet article définit une pratique commerciale trompeuse comme étant une pratique contenant des informations fausses ou qui, d'une manière quelconque, y compris par sa présentation générale, induit ou est susceptible d'induire en erreur le consommateur, en ce qui concerne un ou plusieurs éléments (entre autres : les caractéristiques principales du produit, le mode et la date de fabrication, ses spécifications, son origine géographique, etc.) - même si les informations présentées sont factuellement correctes - et qu'elle l'amène ou est susceptible de l'amener à prendre une décision commerciale qu'il n'aurait pas prise autrement.
Test-Achats dépose plainte auprès de la Direction générale contrôle et médiation du Service Public Fédéral de l’Economie et adresse copie de ces plaintes au Ministre de la protection des consommateurs - Monsieur Paul Magnette.

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