Test-Achats

Don d'organes : l'ignorance fait des victimes


Deux tiers des Belges sont prêts à faire don de leurs organes lors de leur décès, révèle une enquête réalisée par Test-Santé, le magazine santé de Test-Achats, auprès d'un panel de plus de 1.300 répondants. Parmi ceux enclins à refuser, 11% invoquent surtout leur âge ou diverses raisons médicales. Mais souvent, c’est l'ignorance qui règne en maître. Rares sont les personnes qui se sont déjà enregistrées comme donneurs potentiels ou à avoir fait part de leur volonté à leurs proches. Seuls 4 Belges sur 10 savent quel est le souhait de leur partenaire. La (grande) majorité est dès lors consciente que c'est un sujet qui devra tôt ou tard venir sur la table et réclame donc davantage d'informations.

Dans notre pays, c'est la règle du « consentement tacite » qui prévaut : tout le monde est donneur sauf si l'intéressé s'y oppose expressément. Mais cette loi n'est pas appliquée de façon très stricte : en cas de décès, lorsque le défunt ne s'est pas fait enregistrer comme (non-)donneur, on consulte les membres de la famille. Le problème résulte souvent du fait que ces derniers ne savent rien des volontés du défunt, ce qui les place devant un choix cornélien. L'an dernier, dans 12% des cas, la famille a refusé le prélèvement des organes de la personne décédée.


« Oui » par altruisme, « non » pour une question d'âge

Soixante-six pour cent des Belges ne voient aucun problème à donner leurs organes à leur décès. Ils manifestent la volonté de le faire par altruisme (ils sont heureux de pouvoir offrir à quelqu'un d'autre une chance de mieux vivre), mais aussi un peu par égoïsme (ils ont bien conscience qu'eux-mêmes pourraient un jour avoir besoin d'un organe de substitution). Les donneurs de sang ou de plasma affichent en outre une plus grande propension à faire don de leurs organes.
Parmi ceux qui refusent explicitement que l'on prélève leurs organes, 11% prétextent leur âge ou des raisons médicales (cancer, p.ex.). Neuf pour cent des Belges font preuve de méfiance à l'égard du personnel médical (la crainte que les médecins ne soignent moins efficacement les affections d'une personne déclarée comme donneuse que celles d'un non-donneur). Enfin, la religion est une raison suffisante pour ne pas faire un don d'organes aux yeux de 5% des répondants.


Briser la loi du silence

Celui qui décide de faire don de ses organes à son décès peut faire enregistrer sa volonté. Mais il est au moins aussi important que ses proches en soient informés. Et c'est là que le bât blesse actuellement, selon l'enquête : seules quatre personnes interrogées sur dix savent ce que désire réellement leur partenaire.
Pourtant, il semble que le Belge soit conscient du fait qu'il lui faudra aborder tôt ou tard la problématique du don d'organes. Neuf répondants sur dix estiment qu'il est important d'informer sa famille lorsqu'on veut ou ne veut pas que l'on prélève ses organes. Et septante pour cent de ceux qui n'en ont jamais encore parlé ont la ferme intention de le faire.


Une minorité ose prendre la décision

Le fait de ne pas savoir si nos proches souhaitent ou non faire don de leurs organes entraîne des effets fâcheux. Indépendamment des discussions et de l'incertitude suscitées, cette ignorance n'est pas directement dommageable pour nous, mais plutôt pour les patients qui attendent en vain un organe. Seuls 28% des répondants donneraient l'autorisation de prélever des organes s'ils ignoraient quel était la volonté expresse du défunt. Parmi les personnes ayant déjà abordé le sujet du don d'organes avec leur famille, ce pourcentage est trois fois plus élevé (86%).


Davantage d'informations…

Soixante-quatre pour cent des Belges estiment qu'ils ne sont pas suffisamment informés à propos du don d'organes. C'est un chiffre élevé qu'il convient toutefois de nuancer quelque peu en tenant compte de leurs connaissances effectives, mesurées au départ d'une série de questions. Il apparaît tout de même que 49% des répondants peuvent apporter une réponse correcte à 5 questions sur 9. Les gens ayant déjà discuté de la problématique du don d'organes avec leurs proches se considèrent comme mieux informés – ce qui est effectivement le cas.


L'argent importe peu

Test-Santé a également voulu savoir si les Belges seraient plus enclins à donner leurs organes si leur geste était récompensé financièrement, sous la forme d'une allocation d'aide à l'inhumation ou à la crémation, d'une intervention au profit de leur famille ou d'un versement à une bonne œuvre. Les résultats montrent que ce soutien pécuniaire n'inciterait pas grand monde à changer d'avis : un quart seulement des intéressés envisageraient peut-être alors d'autoriser le prélèvement de leurs organes ou de ceux d'un proche.
Le SPF Santé publique analyse d'ailleurs actuellement pour quelle raison la Belgique compte tellement peu de donneurs vivants par rapport aux Pays-Bas, par exemple.


Accueil des proches : pourrait mieux faire

Deux pour cent et demi des répondants ont déjà été amenés à décider ou non du prélèvement des organes d'un membre de leur famille en vue d'une transplantation. Une majorité d'entre eux ont accepté et referaient le même choix aujourd'hui. Mais diverses observations récurrentes ont été formulées quant à la manière dont le don d'organe est abordé. A titre d'exemple, citons les plus récurrentes : « Il n'y a pas de feed-back – ou alors un feed-back insuffisant – quant à la destination des organes », « Le choix du don d'organes nous a été présenté froidement, de façon très technique » et « Quand on nous a posé la question de savoir si nous acceptions le don, notre parent n'était pas encore en état de mort (cérébrale) ».
Selon Test-Santé, il serait dès lors utile que chaque hôpital – et pas seulement les centres de transplantation – puisse compter dans son équipe un coordinateur de transplantation qui s'occupe de l'accueil et de la prise en charge des familles des défunts.

 
 

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