Test-Achats

La participation des patients souvent entravée


30/3/2011


Pour Test-Achats et son magazine santé, Test-Santé, le patient qui entend jouer un rôle actif dans toutes les matières qui concernent sa santé se heurte à de nombreux d’obstacles. Selon l’organisation de défense des consommateurs, les conditions essentielles qui devraient permettre une pleine implication du patient en matière de santé ne sont absolument pas remplies.
Les publications et actions réalisées par Test-Achats en matière de santé en une année mettent en lumière des questions épineuses. En substance, le patient n’a que trop peu accès à des informations correctes, univoques et scientifiques lui permettant de poser des choix éclairés. Les tarifs appliqués à certaines prestations de soins par exemple s’avèrent difficiles à comprendre, voire à obtenir. Les informations obtenues sur des sites web ou même via les pouvoirs publics manquent parfois d’objectivité. Manifestement, les tentatives de dresser un tableau clair de la qualité des soins en Belgique continuent de susciter une résistance farouche.


Test-Achats juge que la législation en matière d’information doit être mieux appliquée. L’organisation des consommateurs insiste également pour que les pouvoirs publics inscrivent la transparence dans les soins de santé au rang des priorités. À cette fin, il importe de développer et de publier des indicateurs de qualité par prestataire de soins et hôpital.

Docile et dépendant, le patient qui se rend chez « Monsieur le Docteur » ? Cette attitude appartient, fort heureusement, de plus en plus au passé. Aujourd’hui, les patients veulent avoir leur mot à dire dans les décisions qui concernent leur santé. Mais pour prendre de bonnes décisions, ils doivent aussi disposer de toutes les informations – fiables – nécessaires. Faut-il rappeler que l’accès à une information correcte fait partie des droits du patient ? Après avoir effectué une sélection parmi ses publications et actions, Test-Achats démontre que ces conditions fondamentales ne sont pas du tout remplies.

Le coût des traitements: le règne du flou

La question semble pourtant évidente et simple: combien coûtera telle consultation ou tel traitement ? La pratique montre hélas que, trop souvent, la réponse est difficile à obtenir.
- En collaboration avec les Mutualités socialistes de Flandre occidentale, Test-Achats a mené une enquête sur les honoraires et suppléments d’honoraires demandés par les dentistes, analysant pour ce faire 1 454 attestations de soins dentaires. Le fait que le dentiste ait ou non signé la convention avec les mutualités et soit donc conventionné ou non, a une grande influence sur le montant des honoraires. Dans un quart des prestations de dentistes non conventionnés, le patient a déboursé 10 % de plus que le tarif officiel. Souvent (pour plus de la moitié de ces attestations), le supplément dépasse les 20 %. Pour le patient, cela équivaut au moins à un doublement du ticket modérateur.
Si le statut du dentiste était affiché clairement dans la salle d’attente comme le prévoit la loi, le patient saurait à tout le moins qu’il risque de se voir facturer des suppléments élevés. Il ressort toutefois de l’enquête de Test-Achats que cette information n’est que rarement présente ou remarquée par le patient.
- Le manque de transparence quant au coût d’une admission à l’hôpital reste problématique. Ce coût peut varier considérablement en fonction des choix du patient et de la politique de l’établissement. Grâce aux enquêtes et pressions exercées par notamment Test-Achats, les pouvoirs publics ont adopté une législation qui précise de quelles informations le patient doit pouvoir disposer et sous quelle forme. Or une nouvelle enquête menée par l’organisation de consommateurs révèle que seuls 18 % des hôpitaux respectent scrupuleusement la loi.

Quand les informations santé deviennent commerciales

Un manque d’informations en matière de maladie et de soins de santé ? L’affirmation semble contradictoire: jamais autant d’articles n’ont été publiés sur le sujet, et particulièrement sur Internet. C’est justement là que réside le danger, car comment séparer le bon grain de l’ivraie ? Souvent, les informations publiées n’ont que l’apparence de l’objectivité.

- Il y a peu, la firme pharmaceutique Novartis a lancé une campagne sur l’ostéoporose sur le site web apparemment neutre www.e-sante.be. L’un des slogans était: « L’ostéoporose, une maladie silencieuse qui peut tuer ». La décalcification osseuse constitue certes un facteur de risque de fractures chez les seniors mais n’est pas, en soi, une maladie. La prévention des fractures ne passe pas nécessairement par la prise de médicaments. Cela n’empêche pourtant pas Novartis de présenter l’approche médicamenteuse comme la solution par excellence. Ce faisant, Novartis qui produit un de ces médicaments, n’a pas hésité à mettre en valeur les avantages du médicament en question et ce sans aucune nuance. Attendu qu’il s’agit davantage de publicité que d’information, Test-Achats a porté plainte auprès de l’Agence des médicaments. Avec succès, puisque l’« information » a été retirée.


- L’information trompeuse que Cryo-Save a longtemps publiée sur son site web à propos de l’importance du stockage des prélèvements de sang de cordon ombilical des nouveau-nés en vue d'un usage personnel relève de la même stratégie. Selon la firme, la probabilité qu’un enfant ait besoin de cellules souches issues du sang de son cordon était d’au moins une sur 600. Et le site allait jusqu’à avancer que cette probabilité était d’une sur huit en tablant sur les développements scientifiques. La réalité est cependant tout autre: la probabilité qu’un individu de moins de 20 ans ait besoin du sang de son cordon est d’environ une sur 20 000. La plupart des applications recourant aux cellules souches sont encore entourées d’une grande incertitude. Par deux fois, Test-Achats a introduit une plainte et l’information a été retirée du site.


- Les pouvoirs publics diffusent aussi des informations dont l’objectivité n’est pas garantie. Le programme de dépistage du cancer du sein chez les femmes de 50 à 69 ans, lancé voici une dizaine d’années, en est un exemple. Test-Achats insiste de longue date pour que les femmes soient dûment informées des avantages mais également des aspects potentiellement négatifs de l’initiative. En vain, puisque les brochures sur le mammotest continuent à avoir un aspect plus publicitaire qu'informatif: les bénéfices sont exagérés et les risques et inconvénients minimalisés, prestement balayés. Pour Test-Achats, c’est inacceptable. L’action « Octobre rose » mise en place par la Province de Liège, qui offre un dépistage gratuit à toutes les femmes âgées de 40 à 75 ans, est quant à elle tout à fait disproportionnée. Même le Centre fédéral d’expertise des soins de santé a estimé encore récemment que le dépistage systématique des femmes de moins de 50 ans ne peut être recommandé. Test-Achats s’est adressé à ce sujet au ministre compétent, qui a promis d’intervenir. Test-Achats a aussi pris l’initiative de constituer un dossier complet et objectif sur le dépistage du cancer du sein.

 

Qualité des soins: le patient n’a pas connaissance des grandes différences

La Belgique possède un bon système de soins de santé. Mais cette affirmation banale ne répond pas aux vraies questions. Parce que la qualité peut et doit être mesurée de manière systématique en recourant à des indicateurs de qualité. Seule cette démarche peut faire ressortir les écarts en la matière, comme l’illustrent des enquêtes récentes de Test-Achats.


- L’organisation des consommateurs a fait réaliser la même préparation magistrale dans une quarantaine de pharmacies. Dans bien des cas, la qualité laissait à désirer. Seuls 11 échantillons sur 40 satisfaisaient aux exigences. L’étiquetage était également médiocre: un seul pharmacien a indiqué sur l’emballage toutes les mentions légales. L’Agence des médicaments (AFMPS) constate aussi par ses propres analyses qu’il y a des problèmes de qualité. Ces résultats ne sont pourtant pas à la disposition du public, qui doit donc se livrer à des supputations quant à la qualité des prestations de son pharmacien. À la suite de cette enquête, l’AFMPS et l’Association pharmaceutique belge (APB) ont pris des initiatives visant à améliorer la situation.


- En collaboration avec la KULeuven et la Croix Jaune et Blanche, Test-Achats s’est intéressé à la polymédication chez les seniors, nombreux à prendre plus de cinq pilules par jour. Sur un total de 186 médicaments pris par 22 répondants, Test-Achats a identifié pas moins de 62 problèmes. Un chiffre préoccupant, d’autant que 5 à 30 % des admissions de seniors à l’hôpital sont directement imputables à des prises médicamenteuses.


- Test-Achats insiste depuis longtemps sur l’importance de disposer, par hôpital, de données relatives à la fréquence des infections nosocomiales et des résultats des campagnes d’hygiène des mains. Les infections nosocomiales touchent chaque année 125 000 Belges et 2 600 patients en décèdent. Selon Test-Achats, les données y afférentes devraient pouvoir être consultées par hôpital, en vertu du caractère public des documents administratifs. Compte tenu de l’insuffisance du suivi apporté à cette demande, Test-Achats a introduit diverses procédures auprès du Conseil d’État. Récemment, l’Auditeur a d’ailleurs donné un avis favorable dans la procédure sur les résultats des campagnes d'hygiène des mains. Une décision finale est attendue prochainement.


Transparence et qualité de l’information: des priorités !

Le patient veut participer activement à la prise des décisions concernant sa santé, mais ne bénéficie au mieux que d’un accès limité aux outils nécessaires. Souvent, les dispositions légales ne sont pas observées et tant les pouvoirs publics que les prestataires de soins ne s’intéressent pas assez aux développements liés à la participation des patients. Pour Test-Achats, la situation doit changer. L’organisation des consommateurs réclame l’instauration d’une politique ferme, assortie de contrôles et de sanctions pour contrer les infractions. D’une manière générale, Test-Achats estime que les pouvoirs publics doivent faire de la transparence, de la qualité et de l’indépendance de l’information des priorités. Le développement, par prestataire de soins et par hôpital, d’indicateurs de qualité et leur publication doivent être rendus possibles en Belgique.


Point de contact patient: le bon exemple

Il y a quelques années, Test-Achats prenait une initiative qui répondait parfaitement au souci d’améliorer la participation du patient. Le point de contact médicaments offre au patient la possibilité de partager ses expériences et problèmes éventuels en matière de médicaments (effets secondaires, plaintes quant au prix ou à la facilité d’usage, etc.). Cette initiative représente une contribution précieuse au système de signalement des prestataires de soins. Vu le succès de l’initiative, l’Europe a adopté une nouvelle réglementation relative au suivi de la sécurité des médicaments. Tous les États membres sont tenus de mettre en place un point de contact patients et les patients bénéficieront de davantage d’informations sur les médicaments et leurs effets secondaires.

Les signalements à propos d’un médicament peuvent s'effectuer sur le site.
Exceptionnellement, on peut aussi le faire en appelant le Centre de Contact de Test-Achats au 02 790 41 87, du 30 mars au 13 avril.

 
 

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