Surconsommation médicale dans les services d'urgence
26/11/2008
Test Achats publie dans son magazine Test Santé une enquête dans 36 services d’urgence. Une enquêtrice a demandé une aide médicale pour une légère entorse, simulée, à la cheville. Seulement deux hôpitaux ont interrogé la patiente en détail. La plupart des hôpitaux l’on interrogé très brièvement. Dans un cas, un examen physique dans la totalité a été effectué et, dans l’autre cas aucun examen corporel n’a été opéré. Contrairement aux « Règles d’Ottawa » reconnues sur le plan international servant à éviter des examens radios superflus, dans 34 cas sur 36, la radiographie a été utilisée. Les traitements superflus (attelle en plastique, plâtre, même une fois une erreur médicale en posant un plâtre fermé) et des médicaments superflus ( pas moins de 8 hôpitaux ont prescrit du paracétamol, un anti-inflammatoire ainsi qu’une pommade) complète la liste des mauvais points. Les soins de santé coûtent très cher à la société. Les budgets sont comprimés au maximum et imposent des choix difficiles. Les gaspillages dus à la surconsommation médicale n'en sont que plus insupportables. Test Achats rajoute à cette enquête une exigence de campagne d’information. Celle-ci doit expliquer aux patients que pour des problèmes relativement simples mieux vaut consulter son médecin ou celui de garde. La mesure qui impose un ticket modérateur supplémentaire est souvent méconnue. Les patients savent à peine ce qu’ils doivent payer eux-mêmes. Mais les hôpitaux doivent également prendre leurs responsabilités pour endiguer la surconsommation médicale, notamment en ne déployant pas trop vite les grands moyens.
L'enquête
En 2001 déjà, une enquête de Test-Achats auprès de 36 services d'urgence montrait que les médecins déployaient trop rapidement les grands moyens. Le ministre de la Santé publique de l'époque, M. Vandenbroucke, avait alors annoncé son intention de s'attaquer à la surconsommation médicale dans les services d'urgence. Qu'en est-il sur le terrain ? 7 ans plus tard, l'enquête de Test-Achats ne montre guère d’amélioration. Elle a été menée les deux fois de la même manière. Une enquêtrice de Test-Achats a fait soigner une légère entorse à la cheville, simulée, dans un service d'urgence et a évalué l'intervention du médecin, le diagnostic posé, le traitement et les a comparés avec les directives nationales et internationales en pareil cas. L’enquête a été effectuée dans 36 services d’urgence, sur toute la Belgique.
Pas assez de questions
Avec sept questions ciblées, le médecin peut déterminer le problème. Si, en plus, le médecin procède à un examen physique approfondi, il tient presque son diagnostic. Un seul service a omis de poser toutes ces questions. Et l'enquêtrice n’a été interrogée en détail que dans deux hôpitaux.
Un examen incomplet
Un service d’urgence n’a pas fait d’examen physique du tout, c’était pourtant élémentaire. Quasi tous les médecins ont contrôlé si le pied faisait mal lorsqu’on appuyait à certains endroits et beaucoup ont examiné de manière approfondie les zones douloureuses. Par contre, peu ont vérifié si la patiente pouvait marcher et s’appuyer sur sa cheville. Finalement, l'enquêtrice n’a eu droit qu’à un seul examen physique complet.
Recours exagéré aux radios : comparaison avec les règles d'Ottawa
Test-Achats a vérifié si l'on respectait les règles d'Ottawa, reconnues au niveau international et établies afin d'éviter les radios inutiles. Ces règles sont étudiées de manière approfondie dans les services d'urgence et plutôt faciles à appliquer.
Selon les règles d'Ottawa, la radio n'est indiquée que si le patient est incapable de faire 4 pas sans aide et/ou s'il a mal lorsque le médecin appuie sur certaines zones du pied.
L'enquêtrice n'ayant pas simulé de fracture, une radio n'était pas nécessaire. Seuls deux hôpitaux n'ont pas fait prendre de radio. Plus de la moitié des médecins n'ont pas appliqué les règles d'Ottawa, ou de façon incomplète, et ont pris une radio inutile. Une petite moitié a appliqué les règles, mais a fini par faire une radio. Certains disent qu’ils le font pour se protéger juridiquement contre d'éventuels problèmes ultérieurs, raison qui ne se justifie pas vu la jurisprudence.
Traitement superflu
La plupart des médecins ont posé le bon diagnostic : une simple foulure de la cheville, ce qui n'exige pas de traitement particulier. Un bandage de soutien peut atténuer la douleur mais l'entorse ne guérira pas plus vite. La plupart des hôpitaux ont opté pour un bandage de soutien. Plus d'un quart des médecins ont immobilisé la cheville avec un plâtre ou une attelle en plastique. En plus d'occasionner des frais inutiles, cela gêne les mouvements du patient et engendre d'autres risques évitables. Un médecin a commis une erreur médicale en posant un plâtre fermé. Si une cheville réellement foulée continuait à enfler, la circulation du sang serait gênée, ce qui pourrait entraîner une nécrose du muscle.
Pas besoin de médication
Pour une entorse de la cheville, les médicaments ne sont pas vraiment nécessaires. Si le patient a mal, un simple antidouleur suffit, du paracétamol de préférence. Mais les médicaments ont été prescrits généreusement. Pas moins de 8 hôpitaux ont prescrit à la fois du paracétamol, un anti-inflammatoire et une pommade.
Test-Achats exige des mesures contre la surconsommation médicale
Un problème relativement simple, comme celui simulé dans l'enquête, n'a pas sa place dans un service d'urgence. Mais imposer aux patients un ticket modérateur supplémentaire sans l'informer des raisons d'une telle mesure n'aura guère d'effet sur la surconsommation médicale. En outre, où est la responsabilisation des services urgence.
Test-Achats demande
- Une campagne d'information: il faut faire comprendre aux patients que, pour des problèmes relativement simples, mieux vaut consulter son médecin ou celui de garde. Le patient qui se rend directement au service d'urgence doit en effet payer un ticket modérateur supplémentaire (18,30 € au lieu de 4,07 €), mais cette mesure - et sa justification - est souvent méconnue.
- La responsabilisation des hôpitaux: eux aussi doivent prendre leurs responsabilités pour endiguer la surconsommation médicale, notamment en ne déployant pas trop vite les grands moyens.
- L'information des médecins: beaucoup pensent qu'ils doivent prendre des radiographies pour se protéger au niveau juridique contre d'éventuels problèmes. Une idée qui n'est pourtant étayée par aucune jurisprudence. Ce point doit être clarifié.
- Des soins de première ligne mieux élaborés: des soins de garde mieux organisés pourraient freiner la surconsommation.

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