À la mode de grand-père (11/03/2010)
La fameuse "clause de grand-père" expire fin décembre. Comment s'y préparer ?
Depuis son lancement en 2003, BNP Paribas Fortis attire la clientèle vers la sicav Fortis L Fund Bond World 2001 en faisant état d’un avantage fiscal. Cette sicav investit en obligations concernées par la fameuse “clause de grand-père”, ce qui permet d’échapper à l’impôt sur la plus-value. Hélas, cette clause prend fin en décembre prochain, ce qui devrait signifier l’arrêt de mort pour cette sicav. Que faire ?
Fortis L Bond World 2001 est un produit unique en son genre dans notre pays. Le gros des obligations qui constituent le portefeuille de cette sicav d’obligations internationales est concerné par ce qu’on appelle la “clause de grand-père”. Une clause qui va de pair avec un avantage fiscal.
FORTIS L FUND BOND WORLD 2001 DEPUIS 2006 (en EUR)

Cette sicav a profité de la baisse des taux pour engranger une plus-value qui, à la revente des parts, ne sera pas taxée.
“CLAUSE DE GRAND-PÈRE”
· « Avantage fiscal ». Quand le
Belge entend ça, cela éveille son attention. Surtout lorsque, comme dans le cas
qui nous occupe, il ne s’agit pas d’un tour de passe-passe mais tout simplement
du fait que les gestionnaires de cette sicav ont tiré parti d’une exception
prévue dans la directive européenne sur l’épargne (voir encadré). Le
portefeuille de la sicav qui nous occupe comprend pour une bonne part des
obligations qui bénéficient de la “clause du grand-père”. De quoi s’agit-il ?
D’obligations émises avant le 1er mars 2001 et pour lesquelles il n’y a plus eu
d’émissions de nouvelles tranches après le 1er mars 2002.
· Cette caractéristique fait que le produit
de ces obligations ne tombe pas dans le champ d’application de la directive
européenne sur l’épargne et échappe de ce fait à la taxation de la plus-value
qui s’applique lors de la revente des parts de capitalisation des sicav
disposant du passeport européen et dont le portefeuille comprend plus de
40 % d’obligations. Une taxation qui, parfois, a surpris plus d’un
investisseur.
FINI, L’AVANTAGE FISCAL
Hélas, même les plus
belles histoires ont une fin et ces obligations n’échappent pas à la règle. Le
régime fort avantageux de la “clause de grand-père” vient à échéance à la fin de
cette année pour la plupart de ces obligations. En bon français, cela veut dire
que les obligations figurant dans le portefeuille de cette sicav tomberont sous
le régime de taxation commun. Fini l’avantage fiscal ! BNP Paribas Fortis a déjà
fait savoir qu’il est probable que les parts de la sicav en question seront
transférées dans un autre compartiment de Fortis L Fund.
· Ne faites pas l’erreur d’acheter des parts
de cette sicav pour bénéficier encore de l’avantage fiscal. Ce serait vain. La
qualité de la gestion de cette sicav (*) ne justifie pas non plus un tel achat.
Mais si vous êtes un de ces nombreux investisseurs qui ont acheté des parts de
cette sicav, que faire ? Comme un tiers seulement des obligations figurant
dans son portefeuille vient à échéance cette année, la plus grande partie
restera constituée d’obligations bénéficiant de la “clause de grand-père”.
Malgré le mot “bénéficiant”, ce n’est pas un avantage puisque le caractère
spécial de ces obligations fait que les gestionnaires ont dû pêcher dans des
eaux peu poissonneuses. Ils ont dû se contenter pour l’essentiel d’un type bien
précis d’obligations, à savoir des émissions en euros dont la durée restant à
courir est réduite. Hélas, ces obligations sont parfois fort peu
liquides.
C’est là que le bât blesse. Du fait de ce choix dans un vivier
limité, du fait aussi de la combinaison de ce choix avec la reprise récente du
portefeuille de la sicav comparable ABN AMRO 2001 Euro Bond,
Fortis L Fund Bond World 2001 évolue de plus en plus comme une sicav
d’obligations en euros, contrairement à l’impression que donne l’appellation
”World”. C’est normal, son portefeuille étant constitué à plus de
80 % d’obligations en euros... Les quelques emprunts en dollars US
(10 %) et en yens (5 %) ne font pas le poids.
· Nous profiterions de l’expiration de la
“clause de grand-père” pour vendre et émigrer vers un instrument mieux géré et
une “vraie” sicav d’obligations internationales. Vous ne devrez pas payer
l’impôt sur la plus-value, mais l’an prochain oui sans doute.
Si vous voulez
rester chez BNP Paribas Fortis, optez pour Fortis L Bond World
(LU0132149724, pas de frais de transfert, **), mieux gérée et moins chère. Il y
a aussi nos favorites CAAM Global Bond (disponible entre autres à la
Deutsche Bank, LU0119133188, ***) et Dexia Bonds World Government Plus
(LU0157931550, ***).
Ce que dit l’Europe
La directive européenne sur l’épargne (COM 2003/48) a pour objet d’uniformiser dans les pays de l’Union la taxation des revenus de l’épargne payés sous la forme d’intérêts. Tout revenu de ce type payé à une personne physique résidant dans un Etat différent de celui où ce revenu est payé tombe dans le champ d’application de la directive. A une exception près, appelée la “clause de grand-père” et obtenue par les Britanniques pour leur important marché des “eurobonds”, ces obligations qui sont placées sur le marché international des capitaux en dehors du pays de leur émetteur. La Belgique a en quelque sorte importé cette exception lorsqu’elle a décidé d’introduire un impôt sur la plus-value dégagée lors de la revente de parts de sicav obligataires disposant du passeport européen et dont le portefeuille comprend plus de 40 % d’obligations.







