Ben Bernanke a échoué (06/09/2010)


Comme la Banque du Japon avant elle, la Réserve fédérale est bel et bien tombée dans le piège d’une politique monétaire inefficace et irréversible.


Lors du symposium économique de Jackson Hole, le président de la Réserve fédérale américaine Ben Bernanke a laissé entendre que celle-ci avait encore des munitions pour davantage assouplir sa politique monétaire. Censée rassurer les investisseurs qui redoutent une rechute en récession de l’économie américaine, cette annonce a été froidement accueillie. Affirmer que le pompier monétaire est prêt à intervenir n’est, il est vrai, pas de nature à rassurer celui qui craint un nouvel incendie.

Plus fondamentalement, l’annonce de Bernanke constitue un véritable constat d’échec. Dès le début de la crise financière, à l’été 2008, les autorités monétaires américaines ont multiplié les mesures d’aides. Aux baisses des taux directeurs jusqu’au niveau zéro se sont ajoutées des injections massives de liquidités via des prêts à taux réduits aux banques et mêmes des achats massifs de titres de la dette. Cette politique monétaire extrêmement expansionniste était temporaire, le temps pour les marchés financiers de retrouver un fonctionnement normal et pour l’économie de surmonter la récession. Mais deux ans plus tard, elle reste d’application. Et il sera difficile pour la Réserve fédérale de faire marche arrière. Malgré tous ses efforts, la reprise reste en effet hésitante, pour ne pas dire chancelante. L’injection massive de liquidités n’a fait repartir ni le crédit, ni la consommation, ni l’activité économique. Le marché immobilier reste sinistré et le chômage élevé. En faisant le maximum pour être certaine d’en faire assez, la Fed n’a en définitive réussi qu’à s’enfoncer dans une impasse. Aujourd’hui, avec le ralentissement de la croissance américaine, il lui est impossible de faire marche arrière sous peine de faire dérailler la timide reprise. D’autant plus que le secteur financier est devenu accro de l’argent bon marché et qu’un sevrage pourrait lui être fatal.

Comme la Banque du Japon avant elle, la Réserve fédérale est donc bel et bien tombée dans le piège d’une politique monétaire inefficace et irréversible. Si la comparaison s’arrête là – nulle trace de déflation ne venant noircir davantage le tableau –, c’est un sérieux avertissement pour les autorités américaines. Alors que l’outil monétaire est cassé, le gouvernement doit utiliser au mieux la marge de manœuvre budgétaire qu’il lui reste. C’est la croissance américaine et mondiale de la prochaine décennie qui est en jeu.