Canada : plus haut, plus fort, plus cher (22/02/2010)
Alors que le monde a les yeux braqués sur les Jeux Olympiques d’Hiver de Vancouver, l’économie canadienne poursuit son retour à la normale.
Si le potentiel de gain est moins important que par le passé, il est encore suffisant pour qu’actions canadiennes et obligations en dollar canadien conservent une place en portefeuille.
Matières premières et consommateurs à
l’affiche
L’excellente performance de la Bourse de Toronto,
qui a connu une hausse de plus de 50 % depuis mars 2009, est étroitement
liée à celle des matières premières. Riche de vastes ressources naturelles qui
en font un des principaux exportateurs de matières premières, le Canada a en
effet connu une vague importante d’investissements étrangers l’année dernière.
Que ce soit directement ou à travers l’achat d’actions d’entreprises actives
dans le secteur, les investisseurs étrangers ont profité de la surabondance de
liquidités sur les marchés pour investir au pays de l’érable.
Il n’y a
toutefois pas que les secteurs liés aux matières premières qui ont le vent en
poupe. Profitant des aides au marché automobile aux Etats-Unis, le secteur
industriel a lui aussi connu un rebond important. Et la demande des ménages n’a
pas été en reste puisque contrairement à d’autres, le consommateur canadien a
continué à dépenser à un bon rythme. Les banques canadiennes n’ont, il est vrai,
pas été affectées par la crise financière et ont donc profité de la générosité
de la Banque du Canada – qui n’a pas hésité à ramener ses taux directeurs à
0,25 % seulement – pour offrir des crédits abondants et bon marché aux
ménages. Il est vrai aussi que si l’économie a connu une récession, celle-ci a
été moins profonde qu’ailleurs et à 8,3 %, le chômage a moins progressé
qu’aux Etats-Unis ou en Europe. Enfin, le marché immobilier a lui aussi rebondi,
ce qui a redonné confiance au consommateur canadien.
La dette des ménages au cœur de la
relance
Hélas, les ménages semblent avoir poussé leur volonté
de consommer un peu trop loin avec une dette moyenne en 2009 qui atteignait
96 100 CAD (environ 65 000 EUR), soit 145 % du revenu
annuel moyen. Un record pour ce pays !
Si les récessions permettent,
normalement, aux économies de retrouver l’équilibre et d’éliminer les excès du
passé, le cas du Canada est assez unique en son genre. Après avoir pratiquement
doublé depuis 2000, les prix moyens de l’immobilier ont ainsi connu un léger
recul fin 2008/début 2009, mais sont rapidement repartis à la hausse au point,
dans certaines grandes villes, d’être plus élevés qu’ils ne l’étaient avant la
crise. Le prix moyen du logement atteint ainsi désormais cinq fois le revenu net
annuel moyen des ménages, contre une moyenne historique de 3,7, et ce n’est donc
pas un hasard si les autorités d’Ottawa s’inquiètent de la dette des ménages et
craignent une rechute du marché immobilier. Bien sûr, l’endettement des ménages
n’est pas problématique si l’on considère les taux d’intérêt particulièrement
bas actuellement. Toutefois, la normalisation de l’économie mènera
inévitablement à une hausse des taux de la Banque centrale, prévue pour la
mi-2010, et qui dit taux plus élevés dit aussi dégradation possible de la
situation financière de nombreuses familles…
La cherté du CAD source
d’inquiétudes
La cherté récente du dollar canadien par
rapport au cousin américain inquiète Ottawa. Les investissements étrangers et
les revenus liés aux exportations renforcent en effet le huard et
disposant de finances publiques plus saines que les Etats-Unis, le pays est
perçu, à juste titre selon nous, comme une alternative intéressante à son
voisin. Même la Banque centrale russe a déclaré récemment avoir acheté de la
dette d’Etat canadienne pour ses réserves de change ! Suite à cet
engouement pour le pays et ses actifs financiers, le CAD s’est donc fortement
apprécié par rapport à l’USD, ce qui constitue une mauvaise nouvelle pour
l’économie canadienne – les Etats-Unis absorbent environ 80 % des
exportations du pays – et en particulier pour l’industrie canadienne qui
craint de perdre la main sur ce marché où la concurrence est de plus en plus
féroce.
Conclusion
Très prisé pour la solidité de ses
finances publiques et ses ressources naturelles, le Canada garde de belles
perspectives de croissance mais devra aussi composer avec la cherté de sa devise
face au billet vert et la dette croissante des ménages. Deux défis de taille qui
risquent de lui donner du fil à retordre. Pour l’investisseur européen, le
Canada reste toutefois intéressant car il permet de profiter du dynamisme de
l’économie américaine et du secteur des matières premières sans pour autant être
exposé aux gigantesques déficits et à l’endettement public galopant qui
caractérisent l’économie américaine. La Bourse de Toronto n’est certes plus bon
marché, mais elle conserve sa niche dans nos portefeuilles (entre 5 et
20 %). Quant au dollar canadien, même si la hausse de quelque 12 % par
rapport à l’euro depuis janvier a réduit sa marge de progression, il n’en reste
pas moins suffisamment sous-évalué pour rester intéressant. Vous pouvez
consacrer 5 % de votre portefeuille aux obligations en CAD. Parmi les sicav
spécialisées en actions ou obligations canadiennes, nous vous conseillons
SSgA Canada Index Equity (Deutsche Bank) pour les actions et ING L
Renta Fund II CAD ou KBC Renta Canarenta pour les
obligations.







