Courbe des taux raide : une aubaine pour qui ? (01/03/2010)
Aux Etats-Unis, les taux d’intérêt à court terme restent proches des minima absolus, mais les taux d’intérêt à long terme s’orientent à la hausse.
L’écart entre taux à court terme et taux à long terme grandissant, la courbe des taux devient plus raide. Pour rappel, la courbe des taux est l’illustration graphique de la différence de taux entre des obligations d’un même émetteur mais de durées différentes (en l’occurrence, la différence qui se marque entre les conditions auxquelles l’Etat américain emprunte, d’une part à court terme et d’autre part à long terme).
Interpréter les
signes
· Certains
voient en la hausse des taux à long terme le signe que les marchés croient en
une reprise forte de l’économie et présagent ainsi une période de gains
importants pour les marchés boursiers. Traditionnellement, en effet, les taux
obligataires repartent à la hausse en cas d’embellie économique. Ménages et
entreprises consommant et investissant davantage, les prix grimpent. Pour
refroidir la fièvre de consommation, et contrecarrer ainsi l’inflation, les
banques centrales relèvent leurs taux directeurs (courts), ce qui fait en
définitive monter les taux à long terme.
· Mais la situation actuelle est peu banale.
Et la hausse des taux à long terme n’est pas, dans le cas présent, un signe
d’optimisme. D’ailleurs, si vraiment on pouvait tabler sur une amélioration de
l’économie, les banques centrales cesseraient de maintenir les taux à court
terme à des niveaux minima et reviendraient à des taux directeurs plus proches
de la normale. En fait, si les investisseurs réclament des taux plus élevés pour
leurs placements à long terme, c’est plutôt suite aux craintes suscitées par la
flambée des déficits budgétaires des pays industrialisés, et les craintes
croissantes concernant le niveau très élevé de la dette étatique dans ces pays.
Seront-ils en mesure de rembourser ? Aux Etats-Unis, le budget proposé par
le Président Obama, qui renvoie le gros des efforts budgétaires à plus tard, et
les dernières prévisions de l’office du budget du congrès américain, effectuées
sur des bases plutôt optimistes, renforcent ainsi les inquiétudes. Certes, le
scénario des défauts de paiement semble tout à fait extrême. N’empêche : vu
la hausse du risque lié aux bons du Trésor américains (traditionnellement parmi
les placements les plus sûrs), il est logique que les investisseurs demandent
une meilleure rémunération de leur capital.
· En outre, depuis 2007, les banques
centrales injectent énormément de liquidités dans l’économie. Elles achètent en
masse des obligations d’Etat pour augmenter artificiellement la demande. Du
coup, le cours de ces obligations grimpe, maintenant ainsi les taux obligataires
à des niveaux encore faibles. Mais quand ces injections cesseront, les taux
d’intérêt remonteront.
· Nous
pensons donc que la raideur accentuée de la courbe des taux n’annonce
malheureusement pas la flambée des marchés que certains voudraient y voir.
Pas perdu pour
tous
La courbe des taux est toutefois un facteur de poids
pour le secteur financier. Les institutions empruntent en effet actuellement à
court terme, à des taux plancher, et réinvestissent ces sommes dans des
obligations à long terme ou dans des crédits octroyés à long terme, qui leur
rapportent des intérêts sensiblement plus élevés. Les institutions financières
pourraient donc bien profiter de la raideur de la courbe des taux pour accroître
leurs bénéfices. Et plus l’écart entre les taux longs et les courts sera
important, plus cet exercice sera payant pour le secteur. Un bol d’air frais
appréciable pour un secteur, qui continue de panser ses plaies, dans une
économie par ailleurs toujours convalescente.







