Crise européenne : dépasser l’urgence (25/01/2012)

 

Depuis le début de la crise, les autorités européennes ont multiplié les erreurs.

En juillet 2008, avec la BCE a augmenté son taux directeur la veille de la récession. Ne comprenant pas le caractère structurel de la crise, les dirigeants européens ont prôné une relance budgétaire massive qui a débouché sur des déficits publics record. Lorsque la crise de la dette étatique a éclaté, la réponse politique a de nouveau été erronée. Face au besoin d’alléger le fardeau grec de la dette, les autorités ont imposé un abandon « volontaire » de créances au secteur privé, faisant perdre aux dettes publiques européennes leur principal atout, leur caractère sans risque. Elles sont depuis délaissées par les marchés... Enfin, pour faire face à une crise de la dette qui se propage à toute l’Europe, un retour rapide à l’équilibre budgétaire est le remède prescrit, peu importe si cette austérité généralisée conduit à la récession ! Et cerise sur le gâteau, la BCE refuse d’intervenir massivement sur le marché obligataire, alors que les exemples britanniques et US prouvent la pertinence d’une telle action.

Ce catalogue de mauvaises décisions s’explique par le manque de recul de nos dirigeants face à la crise. Depuis le début, c’est l’urgence qui prévaut. Comme des joueurs d’échec débutants, les dirigeants européens avancent leurs pions sans en anticiper l’impact. Ils ont ainsi toujours un coup de retard. Alors qu’ils se débattent encore avec le cas grec, les marchés se focalisent plutôt sur l’Italie. Pendant qu’ils tentent de s’accorder sur une plus grande discipline budgétaire au sein de la zone, les investisseurs s’inquiètent du retour de la récession suite à l’austérité. Il faut donc en finir avec l’urgence et les compromis bancals.

Il faut élaborer une stratégie de long terme crédible, acceptée par tous. Premier point, permettre à chaque pays de réduire son déficit et son endettement à son propre rythme. On ne peut en effet pas imposer aux pays lourdement endettés d'assainir en quelques années seulement leurs finances, au risque d'anéantir leur croissance pour de nombreuses années et de les enfoncer encore plus dans le marasme. Second point, tout aussi important, mais encore trop négligé : accélérer les réformes structurelles, autrement dit penser à la croissance de demain, en veillant à améliorer la compétitivité des entreprises et in fine celle de l'économie européenne. C’est le seul moyen de rassurer les marchés, restaurer la confiance des agents économiques et sortir l’Europe de l’impasse dans laquelle elle s’enfonce chaque jour davantage.