Croissance mondiale en rade à Ormuz ? (08/02/2012)
Face à l’embargo instauré par l’Europe et les USA, l’Iran menace de bloquer le détroit d’Ormuz par lequel transite le pétrole produit dans le Golfe Persique. Faut-il craindre un retour en récession de l’économie mondiale ?
Relativiser
A priori, un conflit avec l’Iran peut représenter un risque non négligeable pour l’économie mondiale. Pour rappel, l’Iran, troisième exportateur mondial de pétrole, souhaite diversifier son approvisionnement en énergie à l’aide du nucléaire. Craignant toutefois de voir le pays développer l’arme nucléaire, l’Occident a enchaîné les sanctions à l’encontre de l’Iran ces dernières années. Seulement, s'il avait été largement épargné jusqu’ici, le secteur pétrolier, moteur de l’économie iranienne, est désormais aussi visé avec un embargo qui entrera en vigueur le 1er juillet. De quoi changer sensiblement la donne ?
Les Etats-Unis n’ont à vrai dire pas grand-chose à perdre. Ils n’importent pas de pétrole iranien et profitent de la forte hausse de la production de pétrole au Canada – les oléoducs arrivent directement en Oklahoma – pour disposer d’une source de pétrole sûre et bon marché.
Pour l'Europe par contre, qui reçoit 18 % du pétrole exporté par l'Iran, l’impact en cas d'escalade des tensions serait plus important. Le Fonds Monétaire International estime ainsi que le prix du baril pourrait connaître une hausse initiale de 20 à 30 % si l’Occident ne parvenait pas à trouver d'autres sources d’approvisionnement. Pareil scénario nous semble toutefois peu probable au vu de la reprise rapide de la production en Libye et de la disposition de l’Arabie Saoudite à combler tout problème d’approvisionnement.
De plus, la Chine et l’Inde – qui absorbent 35 % du pétrole exporté par l’Iran – ne suivront pas les sanctions décidées par l’Occident. Elles devraient donc pouvoir négocier des prix plus avantageux avec Téhéran et absorber ainsi plus de pétrole iranien tout en laissant le champ libre à l’Europe pour s’approvisionner ailleurs. Pareille issue signifierait certes l’échec des sanctions, mais aurait aussi le mérite pour l'Europe de limiter l'impact sur les prix.
La menace d'Ormuz
Le scénario pourrait être tout autre si l’Iran devait s’attaquer aux routes maritimes qui passent par le détroit d’Ormuz, point stratégique crucial puisque 16 millions de barils produits dans le Golfe Persique (20 % de la production mondiale) y transitent chaque jour. Fort heureusement, une fermeture du détroit d’Ormuz apparaît très improbable. Après des années de sanctions, l'armée iranienne est très affaiblie et ne saurait en aucun cas contenir les assauts de forces modernes et bien équipées. Face à l'imposante présence militaire américaine dans la région et à la volonté des pays de la Péninsule arabique de continuer à exporter leur or noir, l’Iran ne peut donc pas vraiment se permettre d’entrer en conflit ouvert. Quant au minage du détroit ou à des attaques sporadiques contre la marine marchande, cela pourrait certes limiter sérieusement le trafic maritime, mais il s'agirait là encore d’un risque important pour l’Iran qui pourrait provoquer un conflit dont il sortirait selon toute probabilité perdant.
Craintes tenaces
Même si un conflit ouvert est peu probable et si l’impact sur l’approvisionnement mondial sera limité, les craintes quant à la situation géopolitique persisteront. Situation en Iran, arrêt de la production au Soudan et instabilité au Nigéria ou en Syrie continueront à rendre les marchés nerveux. Malgré une production annoncée en hausse cette année, les cours du baril devraient donc rester élevés, constituant un frein à la croissance et pesant sur le pouvoir d’achat des ménages.
Nos conseils
Les cours élevés du baril sont une excellente nouvelle pour les entreprises du secteur pétrolier dont les bénéfices devraient suivre. Nous restons à l’achat sur Chevron (notre favorite), Repsol YPF, Total et, si vous en acceptez le risque, BP.
Le pétrole cher profite aussi à certains pays exportateurs et à leurs devises. Proches de leur valeur d’équilibre face à l’euro, le dollar canadien et le rouble russe figurent dans ce cas parmi les devises les mieux placées :
Si la Bourse de Toronto nous semble un peu trop chère, les obligations canadiennes restent présentes dans nos portefeuilles défensifs à 10 ans (10 %). Privilégiez dans ce cas une sicav obligataire, notre favorite étant KBC Renta Canarenta. Compte tenu des nouvelles mesures fiscales, préférez les parts de distribution.
La Bourse de Moscou peut aussi être intéressante pour ceux qui souhaitent investir à long terme et n'ont pas peur de la volatilité. Les actions russes occupent ainsi 5 % de nos portefeuilles dynamiques à 20 ans. Ici aussi, privilégiez une sicav (d'actions), notre préférence allant à BNP Paribas L1 Equity Russia, Parvest Equity Russia et Pictet Russian Equities P EUR.







