La Chine et ses réserves (01/03/2010)

La nouvelle force mondiale, la Chine, dispose de copieuses réserves de devises.

La Chine dispose de copieuses réserves de devises, issues de ses exportations et des investissements des entreprises étrangères dans le pays. Des sommes lui permettant d’investir un peu partout dans le monde, et de stimuler sa propre économie. Mais il y a un hic : ces réserves, peu diversifiées, sont investies pour une grande partie en emprunts d’Etat américains.

Croissance énorme
Au début de cette année, on apprenait que fin 2009, la Chine disposait de pas moins de 2 400 milliards de dollars en réserve, soit presque 2 000 dollars par citoyen. Une hausse de 453 milliards par rapport à un an plus tôt ! Un montant qui croît de manière exponentielle et s’est accumulé rapidement. Car en 1978, lorsque l’Etat chinois lança de grandes réformes économiques, ses réserves étaient nulles. En 2006, le chiffre dépassait pour la première fois le cap des 1 000 milliards de dollars et il n’a cessé d’augmenter depuis, de manière spectaculaire (avec un seul petit intermède au plus fort de la crise).

Accumulation spectaculaire
Comment la Chine est-elle  parvenue à rassembler un tel montant ?
· En fait, l’augmentation des réserves de devises est le reflet des interventions de la banque centrale sur le marché des changes. La banque centrale chinoise achète en masse des dollars (ainsi que, dans une moindre mesure, des autres devises) qui affluent dans le pays grâce aux exportations et aux investissements à l’étranger. Son but : maintenir le cours de sa devise, le yuan, stable face au dollar et aux autres devises. Si la Chine retire tant de ses exportations et de ses investissements hors frontières, c’est grâce à la croissance économique qu’elle a connu au cours de la dernière décennie (±10 % par an). Une croissance dont beaucoup d’entreprises étrangères ont voulu tirer parti, en investissant de manière massive dans l’empire du milieu (en dollar). La Chine est aussi depuis plusieurs années un gros producteur mondial, qui accumule les bénéfices sur sa balance courante (elle exporte plus qu’elle n’importe). Les clients étrangers payant en devises étrangères, la banque centrale chinoise rachète ces devises et maintient sa propre devise (liée au dollar) à un niveau peu élevé.
· La croissance des réserves de devises ne pourrait être enrayée que si le yuan s’appréciait et effacerait ainsi l’actuel déséquilibre commercial. Car le pays se focalise sur les exportations et ne peut suffisamment compter sur la demande interne (qui stimulerait les importations). Une devise chinoise plus forte rendrait les produits chinois moins attrayants pour les étrangers et permettraient aux Chinois d’importer davantage.

Comment dépenser ?
Mais que va faire le pays de ces gigantesques réserves ? Jusqu’ici, la banque centrale achète surtout des obligations d’Etat américaines (environ 2/3 des réserves y seraient investies). Une proportion qui souligne que Chine et Etats-Unis sont étroitement liés. La Chine trouve dans les Etats-Unis un énorme marché pour ses exportations et les Etats-Unis trouvent dans la Chine une source de liquidités pour renflouer leurs propres déficits. Dès lors, le déficit budgétaire croissant des Etats-Unis et l’énorme dette américaine sont des sources d’inquiétude pour la Chine. Mais elle n’a pas le choix. Elle ne peut davantage diversifier ses réserves sans courir le risque de faire chuter le dollar et de faire grimper les taux à long terme aux Etats-Unis (si la demande d’obligations d’Etat américaines baisse, les Etats-Unis devront relever leurs taux pour pouvoir placer leurs emprunts). La chute du dollar réduirait le pouvoir d’achat que constituent les réserves chinoises et déstabiliserait le commerce mondial (du fait de la chute du yuan). Des taux plus élevés aux USA pourraient ralentir l’économie et freiner les exportations chinoises. La Chine est donc contrainte à toujours investir une bonne part de ses réserves en bons du Trésor américains (le reste est investi un peu partout dans le monde, surtout dans les matières premières, mais aussi dans d’autres secteurs).