Le cavalier seul de la Grande-Bretagne (02/02/2012)
La stratégie britannique pour sortir de la crise diverge très clairement des politiques du reste de l’Europe. Si le bilan est mitigé, la Bourse de Londres, bon marché et moins volatile que ses consoeurs européennes, n'en présente pas moins des atouts. Comment y investir.
Stratégie claire
Le premier ministre britannique David Cameron a fait de l’assainissement des finances publiques l'essence de son action politique, avec un plan de rigueur sans précédent depuis 1945. Outre le report de l’âge de la retraite et la hausse de la TVA, il s’est ainsi surtout attaqué aux dépenses publiques dans le but de les ramener de 47 à 41 % du PIB d'ici quatre ans, soit une diminution de 81 milliards de livres !
L’Angleterre a donc instauré l’austérité plus vite que ses partenaires européens, plus massivement aussi, et en agissant au niveau des dépenses plutôt que des recettes. Et malgré les difficultés de l’économie britannique (demande domestique déprimée suite aux coupes budgétaires), David Cameron a maintenu son programme, concédant tout au plus quelques ajournements.
Banque centrale bienveillante
Pour atteindre ses objectifs, le gouvernement britannique peut compter, à travers la Banque d'Angleterre, sur un allié de taille. Dès décembre 2007, celle-ci a en effet abaissé son taux directeur tandis que la Banque centrale européenne le relevait encore en juillet 2008. En 20 mois, le taux directeur anglais a ainsi été ramené de 5,75 à 0,5 % !
En achetant ensuite directement de la dette publique dont elle détient aujourd’hui 20 % de l’encours contre 2 % avant ses interventions, la Banque d’Angleterre a aussi permis au pays de se financer sans peine et de conserver son triple A malgré une dette astronomique. De quoi rassurer les investisseurs qui considèrent aujourd’hui la dette anglaise comme une valeur refuge, ce qui permet à l’Etat de se financer très facilement et à de faibles taux (3 % à 30 ans).
Enfin, en faisant tourner la planche à billets, les autorités monétaires affaiblissent la livre au grand soulagement des industriels britanniques qui peuvent dès lors exporter plus facilement leurs produits.
L’Angleterre s’isole
Cette politique anglaise qui déprime la demande intérieure par des coupes budgétaires et utilise l’arme monétaire pour aider les pouvoirs publics, affaiblir la devise et favoriser les entreprises nationales est assurément tout sauf coopérative. Et cela passe mal au sein de l’Union européenne, d’autant que Londres refuse toute aide financière aux pays en difficulté de la zone euro... Qui plus est, David Cameron a, lors du sommet européen de décembre, opposé son veto à tout changement dans les traités européens qui irait dans le sens d’une plus grande discipline budgétaire.
Enfin, Londres bloque toute avancée de la réglementation européenne sur le secteur bancaire pour préserver sa place financière.
Bilan mitigé
Si ce cavalier seul a jusqu'à présent plutôt réussi à l’Angleterre sur certains points, les résultats sont aussi plus que mitigés dans d'autres domaines. David Cameron peut ainsi se féliciter d'un côté d’avoir évité une crise de la dette à son pays. Mais le bilan sur le plan économique est décevant. Car s'il était attendu que l’économie souffrirait de l’austérité, la faible conjoncture européenne a empêché les exportations de jouer leur rôle d’amortisseur et l’activité économique a encore reculé au quatrième trimestre 2011. Résultat, l’Angleterre n’échappera pas non plus à la récession...
Nos conseils
Malgré la morosité ambiante, nous sommes positifs vis-à-vis de la Bourse britannique qui abrite de nombreuses actions bon marché. Parmi les arguments en faveur des actions britanniques, notons tout d'abord que celles-ci sont plus généreuses en dividendes que les autres, avec un rendement sur dividende de l’ordre de 4,5 %, contre 3,4 % sur le Continent, 2,8 % aux Etats-Unis et 3,9 % en Belgique. Ensuite, les entreprises britanniques présentent un potentiel de croissance des bénéfices supérieur à celui des entreprises de la zone euro. Plus internationales, elles opèrent en effet là où se trouve la croissance. Enfin, les actions britanniques sont aussi moins volatiles que celles de la zone euro.
La Bourse britannique représente 15 % de notre portefeuille neutre à dix ans et respectivement 5 et 15 % pour les portefeuilles défensif et dynamique. Vous avez le choix, pour y investir, entre une sicav d’actions ou, si vous souhaitez composer votre portefeuille vous-même, des actions individuelles.
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