Le loup déguisé en agneau (11/03/2010)
Les actions chinoises sont intéressantes, mais choisissez le bon instrument de placement.
Le dynamisme de l’économie chinoise est tel que les sicav d’actions de ce pays font partie désormais des sélections internationales et de tout portefeuille digne de ce nom. Mais elles ne sont pas toutes intéressantes. Evitez les instruments trop spéculatifs.
Le mois dernier, nous annoncions que les actions chinoises
seraient désormais reprises dans nos portefeuilles
types. La croissance économique de ce pays est phénoménale mais régulière et
tout indique que les autorités locales sont à même de relever les défis que
génère un tel rythme de développement.
Pour tirer parti de cette
« success story », le mieux est de se tourner vers une sicav bien
gérée et spécialisée dans les entreprises locales visant le marché intérieur.
Fidelity Focus Fund (ISIN LU0173614495, disponible entre autres auprès de
la Deutsche Bank et de Keytrade Bank) en est un bel exemple.
Mais l’offre en
sicav de ce type est particulièrement large et diversifiée, si bien qu’il n’est
pas étonnant que vous soyez nombreux à nous poser des questions sur certaines
d’entre elles. Quels sont les canards boiteux du lot, quelles sont les bonnes et
les moins bonnes affaires qu’offre ce marché ?
DITES « AAA… »
· Les actions chinoises ont généreusement
récompensé leurs souscripteurs ces dernières années. En moyenne, les sicav
spécialisées ont dégagé un rendement annuel de 14 % environ au cours des
cinq dernières années alors que les sicav d’actions internationales, elles, ont
fait du sur place. Tout cela est très beau, mais il y avait encore moyen de
faire mieux… jusqu’à 42 % de rendement annuel moyen ! Sur la même
période. Comment cela ? Via une sicav ne misant que sur les actions dites
de la classe A qui sont cotées sur les Bourses continentales de Shanghai
et de Shenzhen (voir graphique). Des actions qui présentent la particularité de
ne pas pouvoir être achetées par les investisseurs étrangers, sauf accord
spécial avec les autorités chinoises. La banque d’affaires américaine Morgan
Stanley y est arrivée, si bien qu’elle propose une sicav cotée en Bourse de New
York, Morgan Stanley China A Fund (ticker: CAF) qui investit dans ces
fameuses actions de la classe A. Cette sicav présente des états de
service éloquents : +112 % depuis 2006. Nettement plus que que la
Bourse chinoiose dans son ensemble (+70 %).
· Ne vous pâmez pas ! D’abord c’est le
passé. Ensuite, les actions de la classe A sont très volatiles, proches,
dit-on, du casino. Pourquoi ? Parce que le Chinois est chez lui sur ces
marchés. Or il adore le jeu. Ces actions sont souvent de plus petite taille, si
bien que le moindre mouvement leur fait faire des sauts de carpe. De plus, comme
il s’agit d’un marché local pour les investisseurs locaux, l’information ne
circule pas comme elle le devrait, ce qui rend les analyses difficiles. La
comparaison avec le marché boursier de Hong Kong est édifiante. Les grandes
actions de la classe A sont aussi cotées à Hong Kong. Et que
constate-t-on ? Qu’elles y sont 20 % moins chères. La conclusion tombe
sous le sens : abstenez-vous. Pourquoi investir sur un marché opaque dans
des actions chères ?
INDICE DES ACTIONS DE LA CLASSE A (gras) ET BOURSE CHINOISE (base 100)

Investir en actions chinoises a beaucoup rapporté, surtout en actions de la classe A (en gras). Mais l’investisseur lucide ne se laisse pas abuser.
EFFET DE LEVIER
· Que penser de la sicav Intereffekt China
Warrants ? Cette sicav cotée sur Euronext Amsterdam (ticker ICAWA) a dégagé
en 2009 un rendement de… 118,2 % ! Qui dit mieux ? Personne dans
nos tableaux. Mais cela n’a pas échappé à nos lecteurs évidemment. Cette
prestation exceptionnelle est due à une politique d’investissement tout à fait
spéciale. Cette sicav n’investit pas directement en actions, mais dans ce qu’on
appelle des produits dérivés qui recourent à l’effet de levier. Un effet de
levier qui peut aller jusqu’au facteur deux, voire trois. En langage clair, si
la Bourse chinoise gagne par exemple 10 %, la sicav Intereffekt
gagne, elle, 20 à 30 %... en théorie. C’est la raison pour laquelle cette
sicav a gagné plus de 118 % en 2009 alors que le marché boursier chinois
dans son ensemble (en ce compris Taiwan, où Intereffekt investit
beaucoup) n’a gagné « que » 62 %. Mais toute médaille a son
revers. Si le marché chinois avait baissé, l’effet aurait aussi été multiplié
par deux ou trois aussi. C’est ce qui est arrivé en 2008. Intereffekt était
alors le plus mauvais élève de la classe avec une perte de près de 90 %
alors que globalement le marché chinois n’avait perdu « que »
40 %.
· Nous ne sommes guère
séduits. Cette sicav s’adresse aux amateurs de spéculation qui veulent tenter un
coup et pas aux investisseurs qui désirent inclure des actions chinoises dans
leur portefeuille de base. A cause de l’effet de levier, la volatilité
d’Intereffekt est beaucoup plus élevée que celle des sicav classiques
d’actions chinoises qui, en soi, sont déjà remuantes. Au bout du compte, tout
cela devient très (trop) risqué.
INTEREFFEKT CHINA (en gras) ET ACTIONS CHINOISES (base 100)

La sicav recourant à l’effet de levier (en gras) grossit les mouvements du marché. Le risque est à l’avenant. Ne pas acheter.







