Les Britanniques vont-ils se joindre aux PIIGS ? (22/02/2010)
Le terme PIIGS est l’abréviation constituée des initiales des 5 pays qu’il désigne : Portugal, Italie, Irlande, Grèce et Espagne (Spain).
Des pays qui accusent une situation financière délicate (endettement élevé et grave déficit public), à laquelle ils peuvent difficilement remédier, vu leur appartenance à la zone euro (ils ne peuvent décider seuls de déprécier leur devise pour retrouver leur compétitivité internationale). Des pays en situation difficile donc, qui suscitent la crainte des investisseurs, lesquels n’achètent des obligations de ces Etats que si les taux sont suffisamment alléchants !
Thé et spaghetti
Une
autre nation, étrangère à la zone euro, pourrait bien rejoindre ce groupe :
le Royaume-Uni. Les taux que doit offrir le Royaume-Uni sur ses emprunts d’Etat
ont en effet dépassé ceux pratiqués en Italie. Un étonnant renversement de
situation : longtemps, l’Italie a été l’enfant terrible de l’endettement
européen, alors que le Royaume-Uni se classait bon élève, avec un budget en
équilibre et un endettement public en recul. En 2008 encore, la dette
britannique ne dépassait pas 52 % du PIB, contre 106 % en Italie. Mais
les finances britanniques, dépendant en partie du secteur financier (City de
Londres), ont été très détériorées par la crise. Et les déficits budgétaires
élevés semblent devoir persister. De plus, l’Etat n’est pas le seul à être
endetté. Au contraire des italiens, les ménages britanniques comptent parmi les
plus endettés au monde et risquent de mettre des années à digérer les excès du
passé.
Le flegme a ses
limites
Malgré sa piètre situation, le Royaume-Uni est
longtemps parvenu à se financer à des taux raisonnables, comparables à ceux de
la France. En cause : des taux directeurs proches de zéro et une Banque
d’Angleterre qui a fait tourner la planche à billets, pour acheter les énormes
émissions du Trésor britannique et mettre ainsi un frein sur les taux. Mais,
depuis que fin 2009, la Banque d’Angleterre a cessé d’intervenir, les taux sur
les emprunts d’Etat remontent. Une hausse d’autant plus stimulée par la
déclaration d’un responsable du grand fonds d’investissement Pimco, qui a
prétendu que la dette britannique se trouve « sur un lit de
nitroglycérine ».
Dans le smog
· Après la récente crise, les investisseurs
s’intéressent beaucoup à l’assainissement des comptes publics. Les pays endettés
sont priés d’y remettre de l’ordre. Mais le Royaume-Uni ne le fera qu’après les
élections législatives de cet été. Et ces élections risquant d’accoucher d’un
parlement très divisé, les mesures impopulaires, nécessaires à l’assainissement,
auront du mal à passer.
· Pour ne
rien arranger, l’inflation fait son retour en force. Elle a atteint 3,5 %
en janvier 2010, le chiffre le plus élevé du G7.
· Enfin l’économie reste affaiblie. Malgré
une livre faible, qui favorisait les exportations, elle n’est sortie de
récession que de justesse au 4e trimestre (+0,1 %).
Please, join the club !
· Grâce au contrôle dont il
dispose sur sa politique monétaire (au contraire des PIIGS), le Royaume-Uni a
bénéficié d’une intéressante marge de manœuvre (taux directeurs et planche à
billets). Mais on peut à présent raisonnablement penser que le gros de cette
marge de manœuvre est épuisé. Et la livre sterling, qui, contrairement au
dollar, n’est pas très présente dans les réserves de change du monde entier,
pourrait être à nouveau sous pression.
· Le pays mérite donc sans doute sa place au
sein des PIIGS ! Et s’il garde encore auprès de l’agence de notation
Moody’s (chargée d’apprécier la santé financière des émetteurs d’obligations) sa
note AAA (la meilleure qui soit), nous craignons bien qu’il ne la perde ces
prochains moins. Dans ce cas, les taux sur les emprunts d’Etat britanniques
poursuivront leur hausse.
· De la
sorte, nous restons à l’écart des l’obligations de l’Etat de Sa Gracieuse
Majesté ainsi que, plus largement, de toute obligation en
livre.







