Palmarès 2009 (14/01/2010)

Peut-on tirer des leçons du passé ? Et si oui, lesquelles ?

C’est la tradition : en janvier nous  vous donnons un aperçu des meilleures et des plus mauvaises prestations de l’année. C’est intéressant, mais il ne faut pas accorder trop d’importance aux seuls chiffres. Ce n’est jamais qu’une photo prise à un moment et en rien une garantie de succès (ou d’insuccès) pour l’avenir.

2009 a démontré une fois de plus, de manière éclatante, que les prestations du passé ne constituent en rien une garantie pour l’avenir. Les grands vainqueurs de 2008, à savoir les sicav obligataires en yens, caracolaient fin 2009 en queue de peloton avec une perte moyenne de 5,1 % (voir tableau). Mais l’inverse s’est aussi produit. Les grands perdants de 2008, les sicav investissant dans les pays émergents, ont derrière elles une année 2009 qu’elles ont gérée avec brio. Ces pays ont été parmi les premiers à retrouver le chemin de la croissance, pour le plus grand bienfait des sicav concernées. Diverses mesures de soutien, parfois imposées par les autorités locales, ont aussi eu un effet positif. Si vous y ajoutez que la consommation intérieure est repartie dans ces pays et que leur commerce extérieur – notamment entre eux – ne cesse de se développer, le constat est vite fait : ces pays sont de moins en moins dépendants des économies occidentales qui peinent à la tâche.
Si nous nous limitons aux sicav et aux fonds d’assurance (branche 23), on ne peut que saluer les prestations de la Bourse russe : elle a doublé en valeur et les sicav spécialisées ont fait mieux encore : + 133 % en moyenne. La Bourse d’Istanbul s’est fort bien comportée elle aussi (+89,9 %), mais le souvenir de 2008 est encore cuisant (-59 %). Quant aux sicav concernées, elles ont progressé d’un peu moins de 100 %, si bien que dans la plupart des cas elles ont réussi à effacer les cicatrices de 2008.

INDICE DES BOURSES DES PAYS EMERGENTS (en gras) ET INDICE BOURSIER MONDIAL
(en base 100)

Les flops de 2008 sont les tops de 2009. Les pays émergents ont fortement souffert il y a deux ans. Mais l’an dernier ils ont réussi à restaurer la confiance grâce à des mesures musclées. L’avenir se présente bien.

RAISON GARDER
· Nous nous penchons plus particulièrement, dans notre article 'Coup d'oeil sur les marchés en 2009', sur les prestations marquantes de quelques sicav reprises dans nos tableaux. Nous vous proposons ci-dessous un autre tableau comportant un « top 5 » et un « flop 5 » pour 2009.
· Faut-il en déduire par exemple que les sicav d’obligations en yens sont à proscrire pour 2010 ? Sûrement pas. Mais il faut raison garder. Il y a de multiples bonnes raisons pour lesquelles les gagnants de 2009 ont gagné et les perdants perdu. Seulement voilà, les flops d’une année peuvent fort bien être les tops de l’année suivante – et inversement. Cela n’a rien d’exceptionnel.
Peut-on en déduire qu’il faut au contraire investir dans des instruments qui ont mal presté l’an dernier ? Sûrement pas non plus. Regardez ce qui s’est passé avec les sicav d’obligations en dollar américain ces dernières années. L’insuccès d’une année ne constitue en rien une garantie de succès pour l’année suivante. Même si parfois c’est le cas.

COMMENT LES TOPS ET LES FLOPS DE 2009 SE SONT-ILS COMPORTES
LES ANNEES PRECEDENTES ?

Catégorie

2009

2008

2007

2006

2005

%

rang
(sur 54)

%

rang
(sur 54)

%

rang
(sur 53)

%

rang
(sur 52)

%

rang
(sur 59)

TOPS 2009

Actions –
Russie

133,2

1

-73,5

54

16,3

9

Actions –
Amérique
latine

102,4

2

-50,8

47

28

4

30,2

3

75,7

2

Actions –
Turquie

98,8

3

-66,2

52

49,4

1

-13,9

52

77,8

1

Actions –
Europe
de l’Est

81,5

4

-67

53

18,6

7

30,8

2

59,7

3

Actions –
Australie

78,5

5

-49,9

46

16,1

11

19,8

12

35,2

6

FLOPS 2009

Obligations –
Yen japonais

-5,1

54

31,9

1

-2,4

41

-12,1

51

-0,2

59

Court terme –
Dollar US

-3,7

53

5,9

6

-7,2

52

-6,4

47

18,3

34

Obligations –
Dollar US

-1,3

52

9,9

3

-4,1

46

-8,3

49

17,3

35

Obligations –
Couronne
danoise

1,1

51

8,6

4

1,1

28

-0,9

38

3,9

51

Court terme –Euro

1,1

50

3,1

46

2,5

21

2,6

30

1,7

55

Tous les rendements sont exprimés en euros. Exemple : les sicav obligataires en yens ont perdu en moyenne 5,1 % en 2009, ce qui fait d’elles la plus mauvaise catégorie de nos tableaux (rang 54 sur 54). En 2008, cette catégorie avait fait nettement mieux : elle était à la première place (sur 54) avec une progression moyenne de près de 32 %. Attention : nous ne tenons compte que des sicav et des catégories reprises dans nos tableaux. Pour info : les sicav d’actions belges se classent, pour 2009, au 15ème rang avec une progression moyenne de 39,5 %. C’est mieux que la Bourse de Bruxelles dans son ensemble (+28 %).


TOPS 2009
1. JPMorgan Russia A (+155,8 %)
2. Fortis L Equities Russia (+134,1 %)
3. CAAM Latin America Equities (+114,7 %)
4. BlackRock GF Latin American A (+113,8 %)
5. Horizon Access Fund Russia (+109,7 %)

Notre aperçu des tops (et des flops) montre une fois encore que ce sont d’abord les marchés boursiers, les indices sectoriels et les marchés obligataires qui donnent le ton. Les coûts, la qualité de la gestion et la stratégie choisie (par exemple gestion active ou passive) déterminent, eux, l’écart entre les sicav d’une même catégorie.
Il y a toujours des exceptions évidemment, notamment les sicav qui osent s’aventurer en dehors des sentiers battus comme Placeuro Gold Mines (mines d’or, +94 %), qui s’est sensiblement distanciée de ses semblables en misant sur les mines d’argent, ou Intereffekt China Warrants (actions chinoises, + 118,2 %) qui investit en instruments recourant à l’effet de levier. Voir à ce propos notre article 'Sicav cotées en Bourse'.

Tout peut aussi changer du tout au tout, d’une année à l’autre. Les actions russes avaient perdu 70 % en 2008, du fait notamment de la baisse des prix du pétrole (-56 %), de la guerre en Géorgie et de l’interventionnisme croissant de l’Etat dans la gestion des entreprises. La Bourse de Moscou a même dû fermer pendant quelques jours et nombre d’investisseurs tentaient par tous les moyens de liquider leurs actions. Un an plus tard, que constate-t-on ? Que la Bourse de Moscou a doublé en valeur et que les sicav spécialisées ont fait mieux encore. JPMorgan Russia A a gagné 155,8 % grâce à ses positions dans l’institution financière Sberbank (+260 %) et le groupe sidérurgique Magnitogorsk (+327 %). Comment expliquer ces montagnes… russes ? La Bourse de Moscou, où les matières premières sont fort importantes, a tiré pleinement profit du soutien de l’Etat, de la baisse des taux (la banque centrale a réduit ses taux dix fois !), de l’envolée des prix pétroliers (+91 %) et des excellents résultats de quelques grandes sociétés du secteur des télécoms (Sistema, +417 %) et de la consommation (Magnet, +346 %).Et maintenant, que faire ? Malgré ce rally, les actions russes sont encore fort loin de leurs sommets précédents et sur la base des rations classiques d’évaluation elles sont encore toujours bon marché. Dès que l’économie mondiale sera repartie, les prix (cycliques) du pétrole et du gaz repartiront eux aussi, pour le plus grand bien de l’important secteur énergétique de la Bourse de Moscou. A conserver dans l’attente d’une analyse approfondie de cette catégorie.

Les prestations des marchés boursiers d’Amérique latine font elles aussi plaisir à voir. En moyenne, les sicav spécialisées ont gagné 102 %. CAAM Latin America Equities (Crédit Agricole) décroche la palme avec une hausse de près de 115 %, suivie de près par BlackRock GF Latin American A (+114 %).
Il ne faut pas chercher très loin les raisons des excellentes prestations de ces deux sicav. Elles investissent le gros de leur portefeuille et plus que la moyenne en actions brésiliennes. Or la Bourse de Sao Paolo a gagné 114 % en 2009. Aucun marché de ce continent n’a fait aussi bien. Son poursuivant, la Bourse de Mexico, n’a gagné “que” 43 % du fait, entre autres, de la fameuse grippe mexicaine et de la méfiance qu’elle a suscitée. Investir plus au Brésil et donc moins ailleurs, c’était la bonne recette en 2009 ! Les actions brésiliennes doivent leur succès aux excellents fondements macroéconomiques du pays, à la crédibilité de sa banque centrale, à la hausse du prix des matières premières et à de très bons résultats dans les sociétés. Quant à l’investisseur étranger, il a bénéficié d’un plus : l’appréciation de la devise locale, le real (+29,5 %).
Et maintenant ? Nous ne sommes pas des fanatiques de l’investissement en Amérique latine. Le Mexique reste fort dépendant des Etats-Unis et les actions y sont chères. L’Argentine est fortement endettée et la Bourse de Buenos Aires est loin d’être bon marché. Seul un pays, le Brésil, est intéressant. Mais, une fois encore, attendez que nous y consacrions une analyse avant d’y investir.

FLOPS 2009
1. Petercam L Liquidity USD (-8 %)
2. KBC Renta Dollarenta (-8 %)
3. ING (L) Renta Fund Yen (-5,8 %)
4. Parvest US Dollar Bond (-5,6 %)
5. KBC Renta Yenrenta (-5,5 %)

Les plus mauvaises prestations de l’année passée se trouvent dans la catégorie des sicav obligataires, avec en tête les obligations ou le cash en dollars US. Il fallait digérer la baisse du dollar (-3,1 % par rapport à l’euro), due à la faiblesse des taux américains, à la crainte de voir le billet vert perdre son statut de monnaie de réserve et au fait que les spéculateurs le vendaient en masse pour investir dans des devises à haut rendement. Il a aussi fallu compter avec la hausse des taux obligataires américains (bien qu’ils restent bas dans l’absolu), laquelle a pesé sur la valeur des emprunts existants. Pour une sicav de trésorerie comme Petercam L Liquidity USD, qui investit en papier à court terme moins sensible à l’évolution des taux d’intérêt, le problème était moins grave, mais c’est le choix de ce papier, en l’occurrence des obligations à coupon variable émises par des institutions en difficultés du fait de la crise, qui explique les mauvaises prestations de l’an passé. A notre avis, le dollar va encore souffrir quelque temps du fait notamment du déficit des comptes courants et du budget américains.

Alors qu’en 2008 le soleil brillait pour les sicav investissant en obligations en yens (+34 %), 2009 se solde par un résultat négatif (-5,1 % en moyenne). Le recul de bonnes sicav d’obligations d’Etat comme ING (L) Renta Fund Yen et KBC Renta Yenrenta est entièrement dû à la chute du yen par rapport à l’euro (-5,7 %). Et là, il n’y avait rien à faire, malgré l’effet positif de la baisse des taux obligataires.
Et maintenant ? Ne nous faisons pas trop d’illusions. La situation budgétaire du Japon est catastrophique et le gouvernement est loin d’être convaincu par l’utilité d’un yen fort. Nous craignons donc que 2010 ne soit pas fameuse. S’abstenir.