Rien n'ébranle le Chili (08/03/2010)
Le Chili a été frappé par un tremblement de terre, sans commune mesure depuis 50 ans dans la région. Les dégâts sont considérables. Pourtant, les marchés financiers n’ont quasi pas réagi. Pourquoi ?
Santiago n’est pas
Port-au-Prince
Avec une magnitude de 8,8 sur l’échelle de
Richter, le séisme chilien a été pratiquement 500 fois plus puissant que le
tremblement de terre en Haïti. Mais alors que plus de 200 000 morts ont été
sortis des ruines de Port-au-Prince, les Chiliens déplorent moins de 1 000
victimes. La chance n’est pas étrangère à ce constat. En se produisant en mer, à
distance respectable des zones fort peuplées et loin de l’industrie minière, le
poumon économique du Chili, le tremblement de terre a épargné le pire au pays.
Mais sans de sévères normes anti-sismiques dans la construction, l’efficacité
administrative et les moyens financiers, le bilan humain aurait été bien plus
dramatique et l’impact économique considérable. Avec ce constat, tout est dit à
propos du Chili. Dès les années 70, poussé par une économie aux abois,
A. Pinochet a ouvert le Chili aux échanges internationaux et mené des
politiques libérales. Et ni les difficiles années de transition économique, ni
la fin de la dictature n’ont remis en cause cette orientation. Le Chili est
devenu un des pays où la liberté économique est la plus grande. Avec l’aide des
ressources naturelles, cette liberté a été mise à profit pour faire prospérer
l’économie. Le pays est ainsi devenu assez riche pour s’offrir des bâtiments
solides, des moyens de communication, des services de secours et des soins de
santé.
Un pays stable et
prospère
Au niveau financier, vingt années de forte
croissance ont permis d’éradiquer la dette publique et le pays dégage même un
excédent au niveau de la balance courante. Sur les marchés internationaux, cela
se traduit par une facilité d’accès au crédit et par une solidité du peso
chilien. En 2009, l’économie a pourtant été rattrapée par la récession mondiale.
Mais grâce à la baisse du taux directeur (de 8,25 % à 0,50 %) et à des
mesures budgétaires bien ciblées, elle est sortie de l’ornière. La remontée du
prix du cuivre (50 % des exportations) a en outre renforcé ces mesures et
le PIB n’a reculé que de 2 % en 2009. Un net rebond est attendu en 2010.
Loin de les remettre en cause, le séisme a renforcé les prévisions de croissance
économiques.
Boom de la
construction
Les grandes mines de cuivre se trouvant loin de
l’épicentre du séisme, la production n’a été que marginalement affectée. Et
comme les installations portuaires ont été peu touchées, les exportations
chiliennes devraient à peine ralentir. Selon toute vraisemblance, l’activité
économique ne sera que temporairement et partiellement touchée par la
catastrophe. Par contre, les premières estimations chiffrent les dégâts entre 15
et 30 milliards USD, soit de 10 à 20 % du PIB du pays. Selon les autorités,
1,5 million de logements ont été endommagés, dont 500 000 ne sont plus
habitables. Avec une dette publique de 2,5 milliards USD à peine, soit
1,5 % du PIB fin 2009, le pays peut s’endetter pour financer la
reconstruction. Il peut aussi puiser dans les 11,3 milliards USD du fonds
de stabilisation économique et sociale constitué grâce aux recettes des
exportations de cuivre. Dès lors, alors que l’économie sera peu affectée par le
séisme au 1er semestre, la reconstruction générera plus d’activités au second.
Et au final, la croissance est attendue à 5,5 % pour 2010, contre
5 % précédemment.
Des marchés
sereins
A l’exception du bond du prix du cuivre, les Bourses
sont restées calmes face à la catastrophe chilienne. Alors que l’indice boursier
a progressé de 60 % ces 12 derniers mois, aucune fuite des capitaux ou
prise de bénéfices intempestive n’a été constatée. Juste après le séisme, la
Bourse de Santiago a limité sa perte journalière à moins de 2 %.
Sur le
marché des changes aussi, le peso n’a pas sombré.
Au contraire, la
perspective du rapatriement d’une partie du fonds de stabilisation économique et
sociale, libellé en USD, a soutenu le peso qui est remonté à son plus haut
niveau depuis janvier. De façon dramatique, la catastrophe a mis en lumière la
solidité de l’économie chilienne et rappelé qu’il n’y a pas que les grandes
économies émergentes qui offrent des opportunités d’investissement.
Nos
conseils
Correctement évalué, le marché chilien ne présente
peut-être pas la marge de progression la plus haute, mais ce n’est pas le plus
risqué, ni le plus spéculatif. C’est une alternative pour ceux qui veulent
apporter une petite touche de diversification à leur portefeuille. Mais comment
investir au Chili ? Il existe deux produits, cotés sur la Bourse de New York,
qui investissent directement en actions chiliennes : le fonds fermé
Chile Fund (code : CH) et le tracker iShares MSCI Chile Investable
Market Index Fund (code : ECH). Tous deux investissent dans des sociétés
actives dans l’utilité publique, les matières premières et l’industrie. Leurs
performances suivent de près celles de la Bourse de Santiago. Ils distribuent un
dividende deux fois par an.







