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L'information aux patients par les firmes pharmaceutiques En Belgique comme dans tous les pays de l’Union européenne, la publicité directe en faveur des médicaments vendus sur prescription auprès des consommateurs est interdite. Par contre, la publicité pour des médicaments en vente libre tels que des antidouleurs, des gouttes nasales est autorisée. Il n’y a actuellement que deux pays où l’on ne fait pas cette distinction entre les deux catégories de médicaments à savoir les Etats-Unis et la Nouvelle-Zélande. Les firmes pharmaceutiques peuvent y vanter directement auprès des consommateurs leurs médicaments vendus sur prescription.

Cette interdiction est justifiée par la nécessité de veiller à ce que l’utilisation de médicaments ne soit pas influencée par des choix liés aux campagnes de marketing, mais se base sur des critères d’utilisation rationnelle des médicaments. Différentes études ont démontré que la publicité en faveur des médicaments sur prescription entraîne une augmentation sensible des dépenses en médicaments, influence les prescriptions des médecins et ne permet pas aux patients de faire des choix en pleine connaissance de cause.

Cette interdiction est mise à mal par différents projets de la Commission européenne, suite au lobby de l’industrie pharmaceutique, qui viseraient à autoriser la diffusion « d’informations non promotionnelles» pour des médicaments vendus sur prescription par les entreprises pharmaceutiques.

Un des arguments invoqué pour lever cette interdiction de publicité directe serait « l’intérêt accru et les connaissances grandissantes de la population en matière de médicaments ».

Bien entendu, l’information des patients est une question très importante, ainsi que le fait que les patients veulent de plus en plus être impliqués dans le choix du traitement et des médicaments proposés. Il faut dès lors informer le consommateur mais les entreprises pharmaceutiques sont-elles vraiment les mieux placées pour s’acquitter de cette tâche ? Lorsqu’on compare les « informations » et les messages publicitaires provenant des entreprises pharmaceutiques, on se rend compte qu’ils sont difficilement distinguables les uns des autres.

Il est permis de douter de la capacité des firmes pharmaceutiques à informer quand on constate les dérives de la publicité directe pour les médicaments aux Etats-Unis. A titre d’exemple, des campagnes d’information américaines relatives à des médicaments pour le sida ont notamment utilisé des photos de patients s’adonnant aux joies de l’alpinisme. De telles illustrations ne correspondent en rien à la réalité et laissent suggérer qu’une contamination par le virus du sida n’est pas si dramatique, du moins si l’on prend les médicaments vantés dans la publicité. Il s’agit clairement de publicités trompeuses qui sont de nature à encourager les comportements à risque.

Peut-on également attendre d’une firme qu’elle reconnaisse que son nouveau médicament n’est pas supérieur aux médicaments existants ou que ses effets secondaires sont mal évalués ? Le but des entreprises pharmaceutiques est de vendre, objectif qu’une information correcte et équilibrée risquerait de compromettre.

Etant donné cette interdiction de publicité en faveur des médicaments vendus sur prescription, les firmes pharmaceutiques ont recours à des moyens détournés pour inciter le consommateur à la consommation de médicaments, à savoir les disease awareness campaigns et le disease mongering.

Les disease awareness campaigns ou les campagnes d’information sur une maladie, sans mention d’un nom de médicament, menées par les firmes pharmaceutiques sont autorisées en Europe et ne sont pas considérées comme de la publicité. Pourtant, quand une firme lance une campagne sur une maladie auprès du grand public en lui suggérant d’«en parler à son docteur», il n’est pas nécessaire que soit mentionné le nom du médicament pour que le médecin comprenne de quel médicament il s’agisse quand son patient l’interroge. Faire une distinction entre “information sur la maladie” et publicité est impraticable. En pratique, les firmes ne diffusent des informations que sur des affections ou des troubles pour lesquels elles commercialisent un médicament.

Le disease mongering ou le façonnage de nouvelles maladies vise à la médicalisation de la vie normale ou à l’élargissement de la définition d’une maladie traitable, pour ainsi étendre les marchés de la vente de médicaments. L’ «information» par ces firmes contribue à accréditer l’idée selon laquelle il y aurait de nombreux malades qui s’ignorent et un médicament pour chaque problème, ouvrant la voie à des marchés pharmaceutiques destinés à répondre aux “besoins” et “demandes” ainsi créés.

En 2005, nous avions attaqué en justice une « campagne d’information » sur l’onychomycose menée par une ASBL mais téléguidée par une firme pharmaceutique qui était le producteur du médicament le plus efficace contre cette pathologie. L’onychomycose du pied est une affection sans gravité, qui ne nécessite un traitement médicamenteux que dans des cas exceptionnels. Mais cette campagne a eu comme conséquence que de nombreux consommateurs se sont rendus chez leur médecin pour demander un traitement, qui entraîne toujours un risque d’effets secondaires.

Nous avons également dénoncé à plusieurs reprises des sites internet, présentés comme des sites d’information médicale mais qui sont en réalité sponsorisés par des firmes pharmaceutiques qui commercialisent le médicament destiné à traiter l’affection. L’impression générale dégagée par ces sites est celle de sites d’information. Les consommateurs peuvent, dès lors, être aisément trompés par ces sites dont la présentation ne permet pas de se rendre compte immédiatement qu’il s’agit d’une publicité (déguisée) pour un médicament sujet à prescription.

Nous sommes en faveur du maintien de l’interdiction de la publicité en faveur de médicaments vendus sur prescription et nous nous opposons à ce que les entreprises pharmaceutiques puissent fournir directement aux consommateurs des « informations non promotionnelles » sur ces médicaments.

Nous demandons une réglementation plus stricte et des contrôles plus réguliers et rigoureux pour les prétendues campagnes d’information. Cette réglementation et ces contrôles doivent s’appliquer à toute compagne et ceci indépendamment du support médiatique utilisé, en ce compris Internet.
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