Test-Achats

La mise en vente de la pilule d'amaigrissement Alli


12/5/2009


La pilule d’amaigrissement Alli 60 mg est bientôt disponible sans ordonnance. Inacceptable pour Test-Achats ! L'Agence européenne des médicaments a donné un avis positif. Beaucoup de gens utiliseront cette pilule, non parce qu'ils ont un surpoids dangereux, mais parce que l'été frappe à la porte et qu’ils trouvent qu’ils doivent perdre quelques petits kilos… Test-Achats craint en même temps qu’il existe une grande chance d'abus par les personnes ayant des troubles alimentaires, comme les gens souffrant d’anorexie. Certainement chez les adolescents ce qui implique de grands risques. Test-Achats se demande si l’EMEA est au service de la Santé Publique ou des actionnaires des sociétés pharmaceutiques ? Test-Achats demande que les critères européens pour les médicaments sans ordonnance soient d’urgence reconsidérés.


Alli en vente libre …

Tout le monde connaît la pilule d'amaigrissement Xenical (orlistat 120 mg, uniquement sur prescription médicale) de la firme Roche. Récemment, un médicament identique de la firme GSK a été approuvé, sous le nom d'Alli. Alli est mis sur le marché sous une forme plus faiblement dosée que Xenical, à savoir des capsules de 60 mg. En octobre 2008, l'Agence européenne des Médicaments (EMEA) a émis un avis selon lequel ce produit pourrait être vendu sans ordonnance. Ce qui a été traduit dans les faits début 2009. Cette semaine, Alli fait donc son apparition dans les pharmacies belges.


Bénéfices douteux, risques réels

Les avantages de la mise à disposition d'orlistat sans ordonnance échappent aux experts de Test Santé. Ils y voient surtout des risques pour la santé publique. Les agences des médicaments française et finlandaise critiquent également cette situation, ainsi que les publications dans les magazines médicaux tels que Prescrire, The Lancet, the British Medical Journal.

Alli ne contribue que dans une faible mesure à une perte de poids. Le médicament doit être utilisé en combinaison avec un régime adapté. Dans deux études incluant des personnes avec un indice de masse corporelle (IMC) égal ou supérieur à 28, celles recevant Alli 60 mg avaient après 1 an perdu en moyenne 4,8 kg, par rapport à 2,3 kg chez les personnes ayant reçu un placebo. De nombreuses personnes restent en surpoids. Un an après l'arrêt du traitement, un retour au poids initial est fréquent.

L'orlistat s'oppose à l'absorption des graisses présentes dans l'alimentation. Cela peut s'accompagner de troubles gastro-intestinaux, comme des pertes anales graisseuses ou une incontinence fécale. Parmi les effets secondaires fréquents, on peut aussi citer la grippe, une hypoglycémie, des maux de tête et des refroidissements. Il y a un risque de carences en vitamines liposolubles, celles-ci n'étant plus suffisamment assimilées.


Dangers pour la santé

Maintenant qu'Alli 60 mg est disponible sans que l'on doive présenter une ordonnance, et de ce fait facilement accessible, il est probable que certaines personnes y auront recours, non parce qu'elles ont un surpoids dangereux pour leur santé, mais parce que l'été approche !

Il y a aussi un réel risque que des personnes souffrant de troubles de l'alimentation, par exemple d'anorexie, abusent du médicament. Cela entraîne en particulier des risques parmi les adolescents. On a noté des cas de fractures osseuses parmi des jeunes, qui pourraient être liées à une diminution de l'absorption de la vitamine D. Il existe aussi un risque d'échec de la contraception orale. Une mauvaise utilisation du médicament peut entraîner encore d'autres effets indésirables.


Absence de bons arguments pour une mise en vente sans prescription

Supposons que des études fiables aient démontré que les médecins ne prescrivent pas assez souvent de l'orlistat aux personnes susceptibles d'en retirer un (modeste) bénéfice (personnes avec un IMC de 28 ou plus). On pourrait alors peut-être, en faisant preuve de bonne volonté, comprendre la décision de ne plus exiger d'ordonnance pour ce médicament. Mais, à notre connaissance, il n'y a pas de données convaincantes permettant d'affirmer que tel est le cas et que les médecins font mal leur métier. Bref, il n'y a pas d'arguments valables pour penser que cette décision aura des conséquences bénéfiques en termes de santé publique.


Le conseil du pharmacien n'est pas une garantie suffisante

La disparition du médecin en tant que prescripteur augmente les risques d'une utilisation inappropriée du médicament. Le point de vue officiel est que c'est maintenant au pharmacien qu'il incombe de veiller à ce que le médicament Alli ne soit délivré qu'aux personnes de plus de 18 ans avec un IMC de 28 ou plus. Cela est supposé prévenir le recours abusif au produit. En réalité, comme il ressort de diverses enquêtes réalisées par Test-Achats, force est de reconnaître qu'en pratique tous les pharmaciens ne remplissent pas correctement leur rôle de conseiller. Les personnes pour qui le médicament est totalement inapproprié, comme celles avec l'un ou l'autre trouble du comportement alimentaire, n'auront aucune difficulté à se procurer le médicament, avec tous les risques que cela entraîne. Conjointement avec sa coupole européenne, le BEUC, Test-Achats a déjà à cet effet pris contact avec la Commission européenne.


Au service de l’industrie pharmaceutique et de ses actionnaires !

Selon Test-Achats, le seul à qui profite vraiment ce changement de statut, c'est le fabricant du médicament. D'autant plus que, pour les médicaments hors prescription, la publicité grand public est autorisée. Or, celle-ci tend le plus souvent à exagérer les vertus du produit et à en minimiser les risques. Il est probable qu'Alli 60 mg va connaître un succès fou. Tant mieux pour son fabricant. Mais l'Agence européenne des Médicaments est-elle au service de la santé publique ou des actionnaires des firmes pharmaceutiques ? Test-Achats a communiqué ses inquiétudes à l'Agence belge des médicaments, à la Ministre de la Santé Publique Laurette Onkelinx et - avec le BEUC - à la Commission européenne et à l'Agence européenne des médicaments.


Prévenir les dérives

On peut s'attendre dans le futur à ce que d'autres médicaments encore changent de statut. Exempter un médicament de l'exigence d'une prescription médicale n'est pas par définition toujours une mauvaise décision. Mais il semble qu'il faudrait préalablement avoir démontré de manière convaincante que le statut de médicament délivré uniquement sur prescription a de graves inconvénients du point de vue de la santé publique. On doit en outre également être à peu près certain que les avantages du changement de statut l'emporteront sur les risques et inconvénients. Dans le cas du médicament Alli, ces conditions ne sont pas remplies.

Test-Achats demande une révision urgente des critères européens en matière de médicaments sur et hors prescription.

 
 

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