La polymédication chez les seniors : médicaments à volonté ?
L’allongement de l’espérance de vie va généralement de pair avec une augmentation de la fréquence des consultations médicales et, par conséquent, avec la prise croissante de médicaments. La polymédication, qui se définit par la prise quotidienne chronique de plus de cinq médicaments, n’est pas une pratique exceptionnelle chez les seniors. Ce qui ne va pas toujours sans problèmes, comme le révèle une enquête de Test-Achats réalisée en collaboration avec la KU Leuven et la Croix Jaune et Blanche. Vingt-deux seniors ont ainsi été interrogés au sujet de leurs habitudes en matière de prise de médicaments, lesquelles ont fait l’objet d’une analyse minutieuse. Les résultats sont frappants : outre une confiance quasi-aveugle en « Monsieur le Docteur », et une attitude parfois créative face aux prescriptions, les chercheurs ont détecté pas moins de 62 problèmes relatifs à la prise de médicaments sur un total de 186 médicaments pris par les 22 répondants. Ce qui n’est pas sans conséquence puisque, selon les estimations, 5 à 30 % des hospitalisations sont directement liés à de problèmes médicamenteux. Test-Achats plaide pour une analyse de médication, où le médecin et le pharmacien procèdent conjointement à l'évaluation critique des médicaments que prend un patient. Dans des pays tels que l'Australie, le Canada et les Pays-Bas, ce type d’approche est déjà bien intégrée et permet d'éviter bon nombre de problèmes, au rang desquels l'hospitalisation.
Les personnes âgées prennent quotidiennement plusieurs médicaments pour soigner diverses affections - troubles cardio-vasculaires et diabète par exemple - sans oublier les analgésiques ou inhalateurs occasionnels. La prise conjuguée de toutes ces médications peut entraîner bon nombre de problèmes allant jusqu'à l'hospitalisation des seniors. Test-Achats s'est rendu auprès de 22 seniors pour enquêter sur la réalité de la polymédication, définie comme la prise quotidienne de plus de cinq médicaments différents par jour.
Les seniors et leurs médicaments
La plupart des seniors interrogés savent « moyennement » à « bien » la raison pour laquelle ils prennent plusieurs médicaments. Le médecin traitant reste, à cet égard, la source d'informations privilégiée. Les informations reçues du pharmacien portent essentiellement sur les modalités concrètes. Les personnes âgées déclarent également lire la notice, surtout la partie consacrée aux effets secondaires potentiels. Certains généralistes déconseillent néanmoins de lire cette partie de la notice au risque d’inquiéter inutilement le patient.
Qu'ils la lisent ou non, la plupart des répondants adoptent une attitude résignée en ce qui concerne la prise de médicaments. D’autres vont jusqu’à dire : « Je n’ai pas besoin de savoir. Je les avale comme des bonbons».
62 problèmes détectés chez 22 seniors
Certains seniors doivent être hospitalisés parce que les médicaments prescrits ou la posologie ne sont pas adaptés aux personnes âgées, parce que certains médicaments ne sont pas prescrits alors qu'ils devraient l'être, ou en raison d'interactions médicamenteuses. Le manque de communication entre les prestataires de soins, qui ne sont pas informés des différents traitements prescrits, accentue ce risque. Test-Achats a relevé pas moins de 62 problèmes liés à la prise médicamenteuse auprès de ces 22 seniors, ces derniers absorbant au total 186 médicaments de manière chronique. Parmi les exemples les plus cités figurent la prise chronique de (parfois plusieurs) benzodiazépines, des interactions médicamenteuses susceptibles de provoquer une altération du taux de potassium et la prise conjointe d'anti-inflammatoires et d'anticoagulants, comportant un risque accru de saignements. Voilà qui démontre à suffisance la nécessité d'un suivi régulier et d'une communication de qualité entre prestataires de soins.
Une confiance quasi-aveugle dans le médecin traitant
Pour la majeure partie, nos répondants font extrêmement – presque aveuglément – confiance à leur médecin traitant. Ils ne remettent pas en question le choix des médicaments et partent du principe que le médecin « sait ce qu'il prescrit ». Ils se montrent néanmoins actifs et créatifs en ce qui concerne le respect du traitement : lorsque des effets secondaires se manifestent, ils consultent eux-mêmes la notice et certains vont jusqu'à s'autoriser l'arrêt du traitement. D'autres prennent l’initiative de modifier la posologie ou l'heure de prise, voire testent un médicament prescrit à leur partenaire.
Dans 11 % des cas, il existe des alternatives moins onéreuses
Il s’avère que la plupart des seniors acceptent le coût du médicament avec résignation et fatalisme. Ils pensent généralement que « Quand il faut, il faut ». Pourtant ces médicaments pèsent assez lourdement sur leur budget. « Ces petites choses me coûtent bien 80 euros par mois ! », précise l'un des seniors. Or, les médecins ne prescrivent pas toujours le produit le moins coûteux : pour 11 % des médicaments repris dans le panel, Test-Achats a trouvé un substitut moins cher de la même substance active. À cet égard, il s'agit généralement de médicaments de marque dont la substance active existe également sous la forme de médicaments génériques moins coûteux.
Ne pas prescrire aveuglément mais effectuer une analyse de médication
Par ailleurs, la démarche des patients s'apparente trop souvent au renouvellement d'un abonnement médicamenteux : le senior remet régulièrement au généraliste une liste de médicaments dont la prescription doit être renouvelée. L'analyse de médication (medication review) est une nouvelle approche qu'il convient d'introduire en Belgique. Il s'agit, pour le pharmacien et le médecin, de procéder conjointement à l'évaluation critique des médicaments que prend un patient. L'Australie par exemple, ainsi que le Canada et les Pays-Bas, ont déjà bien intégré ce type d’approche alors qu'en Belgique, elle n'en est qu'à ses balbutiements. Un tel contrôle et une communication efficace entre le pharmacien et le médecin permettent d'éviter bon nombre de problèmes, au rang desquels l'hospitalisation. Il est grand temps que les prestataires de soins belges œuvrent à leur tour dans ce sens.

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