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Les antibiotiques : trop vite prescrits et souvent inutiles


Début 2009, les enquêteurs de Test-Achats ont consulté 103 médecins en se plaignant d’un mal de gorge. Presque 4 médecins sur 10 prescrivent spontanément des antibiotiques en cas de mal de gorge, une affection qui ne nécessite pas un tel type de traitement. C’est 7% de plus qu’en 2005, lors de la dernière enquête de Test Santé. Lorsque l’enquêteur a ensuite exprimé un doute à propos de la prescription du médecin, que celui-ci ait prescrit ou non un antibiotique, on en arrive presque à la moitié : 22 % des médecins ont donné un antibiotique pour prise immédiate, et 25 % en vue d’un traitement différé. Les médecins prescrivent non seulement des antibiotiques de manière erronée et inutile mais ils prescrivent également bien d’autres substances : 232 au total. Dans la plupart des cas, ces produits sont inutiles, mais inoffensifs. Mais, parfois, ils sont à déconseiller, en raison des risques d’effets secondaires. Et tout cela coûte une jolie somme aussi bien aux patients qu’à l’INAMI. Ces résultats décevants proviennent d’une enquête effectuée par Test Santé. Ils montrent la nécessité de sensibiliser – de manière soutenue - sur l’utilisation des antibiotiques. Auprès des patients comme auprès des médecins : pour que ces derniers prescrivent les médicaments adaptés, mais aussi pour qu’ils osent refuser une prescription à leur patient si elle n’est pas indiquée.


Une bonne utilisation des antibiotiques est essentielle

Les Belges sont friands d’antibiotiques. Tant les patients que les médecins. Pourtant, prendre des antibiotiques lorsque ce n’est pas nécessaire entraîne une augmentation du nombre de bactéries qui deviennent résistantes et donc insensibles à ces médicaments. De même, si le médecin choisit des antibiotiques à large spectre – qui n’agissent pas de manière spécifique - lorsque ce n’est pas nécessaire, les bactéries deviennent plus rapidement résistantes. De ce fait, des maladies et certaines interventions qui n’étaient pas dangereuses auparavant deviennent plus risquées. De plus, des antibiotiques de plus en plus puissants deviennent nécessaires afin de maîtriser les infections. Tout cela a en outre des conséquences pour votre portefeuille et pour celui de l’INAMI.


103 médecins consultés

Entre la mi-janvier et la mi-février 2009, nos enquêteurs se sont présentés chez 103 médecins belges en se plaignant uniquement de mal de gorge (sans toux et sans fièvre) : dans ce cas, des antibiotiques ne sont certainement pas indiqués. Avant de commencer, nos enquêteurs ont été examinés par un médecin, qui a pu constater leur bon état de santé. Le scénario à suivre a ensuite été soigneusement développé et assimilé. Tout d’abord, les enquêteurs devaient déclarer qu’ils souffraient d’un mal de gorge depuis trois jours, et qu’ils voulaient s’en débarrasser. Si le médecin posait des questions supplémentaires, ils devaient tous fournir les mêmes informations. A la fin de la consultation, lorsque le médecin avait écrit sa prescription, les enquêteurs devaient lui demander soit si un antibiotique était vraiment nécessaire, soit si des antibiotiques n’auraient pas été préférables, s’il n’y en avait pas de mentionné dans la prescription.


Une enquête approfondie

En moyenne, les médecins consultés ont posé 8 questions lors de l’entretien préliminaire : ils se sont enquis de la durée du mal de gorge (87%), ils ont demandé si le patient avait de la fièvre (92 %), s’il toussait (82,5 %) et/ ou s’il ressentait des douleurs lors de la déglutition (42 %). Tous les médecins ont ensuite examiné la gorge du patient, ce qui, dans ce cas, est un minimum absolu. Un peu moins de 80 % d’entre eux ont également palpé les ganglions du cou. Normalement, le diagnostic aurait dû être « rien d’anormal ». Malgré tout, certains médecins parlent de légère rougeur, d’un début d’angine, d’une luette légèrement enflammée et même d’une véritable angine blanche.


Les antibiotiques restent populaires

Lors de notre enquête, près de 4 médecins sur 10 ont prescrit spontanément des antibiotiques : 29 % ont recommandé une prise immédiate, et 10% ont remis une prescription en recommandant verbalement de n’entamer le traitement que si le mal de gorge ne s’améliorait pas ou empirait. Si le médecin avait rédigé une prescription avec antibiotique, les enquêteurs devaient demander si c’était vraiment nécessaire. Si le médecin n’avait pas indiqué d’antibiotique, ils devaient au contraire lui demander si un antibiotique n’aurait pas été préférable. Plus de 4 médecins sur 5 n’ont pas changé d’avis, quoi qu’ils aient prescrit. Dans les autres cas (17%), le généraliste s’est laissé influencer : 7% ont nuancé leur prescription d’antibiotiques en précisant que la prise ne devait débuter que si les symptômes perduraient. Un seul médecin est revenu sur sa prescription d’antibiotiques et a proposé d’essayer sans pour commencer. 9 % des médecins qui n’avaient pas prescrit d’antibiotiques au départ ont fini par le faire, généralement en vue d’un traitement différé. Finalement, près de la moitié des médecins consultés ont donc renvoyé les enquêteurs chez eux avec une ordonnance pour des antibiotiques alors que ces produits ne sont pas indiqués : 22 % pour une prise immédiate et 25 % en vue d’un traitement différé !


Une masse de médicaments

Au total, les médecins ont prescrit 232 médicaments ! Soit, en moyenne, 2,3 médicaments par médecin. Des antibiotiques ont été prescrits à 48 reprises. Et il ne s’agissait de produits de premier choix que dans 6 % des cas. Dans les autres cas, il s’agissait d’antibiotiques à large spectre (85,5 %) ou même d’antibiotiques qui ne sont pas indiqués en raison de leurs trop nombreux effets indésirables (8,5 %).
En outre, au total, 184 autres produits ont été prescrits, souvent des traitements locaux tels que des comprimés à sucer, des sprays ou des bains de bouche. Ces produits ne sont pas nocifs, mais leur efficacité n’a jamais été prouvée. Nous avons également trouvé une série de produits inutiles en cas de mal de gorge, comme des médicaments homéopathiques. Nos enquêteurs se sont également vu prescrire des produits non seulement inutiles mais en outre déconseillés en raison de leurs effets indésirables, par exemple le spray nasal Sofrasolone.


Une affaire coûteuse

Pour une consultation, nous avons payé en moyenne 23 €. Le montant maximum par personne – pour les médicaments, sans la consultation - s’est élevé à 28 €. En moyenne, le prix payé de sa poche par le patient pour les médicaments prescrits était de 11 €. Si nous regardons uniquement les antibiotiques, la sécurité sociale paie 751 € et les patients 198 € ... alors qu’il s’agit de 48 prescriptions d’antibiotiques pour une affection pour laquelle ils ne sont absolument pas indiqués.

 
 

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