Médicaments : publicité ou information ?
30/5/2008
Dans le dernier numéro du magazine Test-Santé, Test Achats montre que le consommateur n’a rien à y gagner, bien au contraire. Les producteurs de médicaments ont des intérêts particuliers et leurs propres priorités qui vont toujours à l’encontre d’une diffusion objective de l'information. Test Achats s’oppose à tout assouplissement de la législation et insiste pour renforcer les contrôles de la réglementation existante.
Sur prescription: publicité grand public interdite, mais ...
La publicité grand public pour les médicaments sur prescription est en principe interdite. Test Achats souligne toutefois que les firmes rivalisent d’ingéniosité pour contourner cette interdiction. On voit par exemple se multiplier de prétendues "campagnes d’information" qui exagèrent les dangers d’une maladie et suggèrent qu’il existe un traitement ou une prévention efficaces (dont on se garde bien d’évoquer les risques et l’efficacité souvent restreinte). Quand parallèlement, la firme démarche les médecins pour faire la promotion de son traitement, le résultat est le même qu’une publicité au sens strict. La campagne menée il y a quelques années sur les mycoses des ongles des orteils et dénoncée à l'époque par Test-Achats en est un exemple connu, mais il y en a d'autres.
Bien d’autres tactiques encore sont suivies. Les firmes n’hésitent parfois même pas à explorer les frontières de la légalité. La communication sur le Macugen en est un exemple parlant. C’est un médicament sur prescription pour la dégénérescence maculaire. Début 2008, Test Achats découvrait le site www.macugen.be, accessible au grand public. Sur ce site, la notice, mais aussi des brochures d’aspect publicitaire avec notamment le slogan "Protégez votre vue avec Macugen". Ce n’est qu’après que Test Achats en ait informé l’Agence des Médicaments que, début avril, la firme Pfizer a rendu son site inaccessible au grand public.
En vente libre: publicité autorisée et contrôlée, mais ...
La publicité grand public pour les médicaments en vente libre est, elle, autorisée mais soumise en principe à des règles et contrôles. Ceux-ci ne suffisent cependant pas pour transformer la publicité en une information fiable et utile. Il n’est, par exemple, pas requis que la publicité grand public attire l’attention sur les effets indésirables du médicament, ni sur le fait que, pour l’affection considérée, un traitement médical n’est peut-être pas nécessaire. Certaines règles sont en outre tellement vagues que décider s’il y a ou non infraction devient éminemment subjectif. En pratique, d’innombrables publicités n’ont rien de sobre, font appel aux émotions, donnent une impression fausse de l’effet du médicament, exagèrent ses propriétés, etc., toutes choses en principe interdites. Ces publicités, conçues avant tout pour faire vendre, peuvent parfois se révéler dangereuses.
Test Achats est d’avis que les informations données par les firmes pharmaceutiques sont par définition de nature promotionnelles.
Informer correctement ou chiffre d’affaires avant tout?
Test-Santé signale l’exemple du PerdoFemina. En 2007, Janssen Cilag lançait une campagne publicitaire pour ce médicament, présenté comme une nouveauté contre les règles douloureuses. En réalité, il s’agissait simplement d’ibuprofène, antidouleur classique dont il existe d’innombrables versions. Ce sur quoi la publicité se gardait bien d’attirer clairement l’attention. D’innombrables femmes ont acheté ce "nouveau" médicament, pensant qu’il avait été développé spécialement pour les règles douloureuses, alors qu’elles avaient sans doute déjà un produit identique dans leur armoire à pharmacie. Un gaspillage dangereux. Des femmes risquent d’avaler une dose trop importante d’ibuprofène, si elles ignorent que leurs deux antidouleurs différents sont en réalité totalement identiques. Ce qui augmente d’autant le risque d’effets indésirables graves.
Des développements inquiétants
La publicité grand public pour les médicaments sur prescription n’est autorisée qu’aux Etats-Unis et en Nouvelle-Zélande, où elle est d'ailleurs de plus en plus controversée. Mais en Europe, certains veulent modifier la législation, pour permettre aux firmes de s’adresser directement au public pour lui fournir une prétendue information sur les médicaments sur prescription. Test Achats considère que les risques d’une telle déréglementation sont énormes et les bénéfices santé hautement hypothétiques. Les firmes ont un conflit d’intérêt majeur et il est naïf d’attendre d’elles une information non biaisée. Il est également évident que le choix des médicaments sur lesquels porterait l’information se fera surtout sur base des priorités de la firme et non des réels besoins en matière de santé. La proposition européenne prévoit notamment que les firmes pourraient diffuser leur "information" par le biais de la radio, de la télévision, de la presse écrite, d’imprimés et même de l’Internet. S’engager sur cette pente glissante aurait des conséquences néfastes. La majorité des "informations" que les firmes sont susceptibles de fournir au grand public au sujet de leurs médicaments sont par nature promotionnelles.
Test Achats demande
- Les parlementaires européens doivent refuser tout assouplissement des règles en matière de communication par les firmes sur leurs médicaments sur prescription.
- Les autorités doivent aider et promouvoir les sources d’information vraiment indépendantes, seules susceptibles d’apporter au public des informations non biaisées.
- Il faut doter l’Agence des Médicaments de plus de moyens pour mieux contrôler les publicités, tant celles à destination du grand public que celles visant les professionnels.
- Les "campagnes d’information" développées ou soutenues par des firmes se révèlent souvent n’être que des subterfuges pour contourner l’interdiction de la publicité grand public pour les médicaments sur prescription. Il faut ici aussi instaurer des contrôles plus stricts.

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