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Non à l'information du public par les firmes pharmaceutiques


Une proposition de Directive de la Commission européenne (DG Entreprises) veut autoriser les firmes pharmaceutiques à s'adresser directement au grand public pour lui apporter une prétendue information sur les médicaments soumis à prescription.
S'engager sur cette pente glissante risque d'avoir des conséquences néfastes. Les signataires, une coalition de représentants des médecins, pharmaciens, mutuelles, patients et consommateurs, estiment que cette proposition doit être rejetée. Accorder aux firmes pharmaceutiques une marge de manœuvre encore plus grande aboutirait dans les faits à de la publicité grand public pour les médicaments sur prescription. Qu'hypocritement l'on baptise alors celle-ci "information" n'y changerait rien. Les avantages potentiels d'une telle dérégulation sont douteux, les risques bien réels. Modifier la réglementation en ce sens ne débouchera nullement sur un usage plus rationnel des médicaments ni sur un public mieux informé.Nous demandons que la Commission européenne rejette cette proposition et que la réglementation actuelle soit maintenue.

Pas une source d'information fiable

Aujourd'hui, ce n'est qu'aux Etats-Unis et en Nouvelle-Zélande que les firmes pharmaceutiques ont le droit de vanter directement auprès du grand public leurs médicaments sur prescription. Cependant, d'aucuns trouvent qu'en Europe aussi les firmes devraient bénéficier de plus de liberté en vue d'une prétendue "information" du public. Ils voudraient autoriser les firmes à utiliser le nom de marque de leurs médicaments sur prescription dans leur communication grand public. En même temps, ils affirment vouloir maintenir l'interdiction de la publicité grand public pour ces mêmes médicaments ! Or, croire qu'en ce domaine il est possible de faire une claire distinction entre information et publicité, c'est faire preuve de beaucoup de naïveté. L'expérience acquise démontre à suffisance que l'information provenant des firmes est rarement exempte d'arrière-pensées commerciales et qu'elle vise en réalité souvent les mêmes objectifs que la publicité au sens strict. C'est que les intérêts financiers d'une firme son rarement conciliables avec une information réellement objective.
D'innombrables exemples démontrent que la délivrance d'une information objective n'est pas le premier souci des producteurs de médicaments.

Un projet dangereux

La publicité pour les médicaments, sous quelle forme que ce soit, entraîne plus souvent un usage irrationnel que rationnel du médicament, influence les prescriptions des médecins, n'aide en rien les patients à se faire une vision claire des choix qui peuvent être les leurs, peut nuire à la santé et peut débouche sur une augmentation injustifiées des dépenses. Lever les obstacles actuels en matière de communication des firmes au sujet des médicaments sur prescription n'aurait aucun avantage tangible pour les patients et le public en général. En revanche, on peut s'attendre à :
- une information axée sur les médicaments qui rapportent le plus ;
- une information mettant en valeur les nouveaux médicaments, alors que ceux-ci ne sont pas nécessairement meilleurs que les médicaments plus anciens ;
- une médicalisation accrue de la vie ("disease mongering") ;
- une pression croissante sur la relation entre médecin et patient ;
- une augmentation des dépenses et une pression sur le budget des soins de santé.
Tirer les leçons du passé
Quiconque examine les faits d'un regard objectif ne peut que constater que la délivrance d'une information objective, utile et fiable n'est pas la préoccupation majeure des firmes.

  • Des études montrent que même la qualité de la publicité ou des autres formes d'information à l'intention des médecins et pharmaciens laisse fort à désirer : minimisation des effets secondaires, élargissement indu des indications, présentation biaisée des résultats des études, extrapolation de données valables pour des groupes spécifiques à l'ensemble de la population, exagération des bénéfices du traitement, etc. On ne voit pas pourquoi les firmes changeraient soudain le fusil d'épaule quand il s'agit de communication grand public.
  • Aujourd'hui, les firmes peuvent déjà faire de la publicité grand public pour leurs médicaments en vente libre. En dépit des règles et des contrôles, on constate ici les mêmes problèmes que pour la publicité destinée aux médecins et pharmaciens.
  • Aux Etats-Unis, même la puissante FDA (Food and Drug Administration) se révèle dans l'incapacité de s'opposer efficacement aux nombreux messages publicitaires trompeurs.
  • Les "campagnes d'information" sur les maladies et la santé développées par les firmes font souvent surtout appel aux émotions, par exemple la peur. L'aspect "information" est de toute évidence tout à fait secondaire. Bien souvent, l'objectif inavoué est de stimuler les ventes d'un médicament de la firme, même s'il n'est pas explicitement nommé. Les sites Internet qui prétendent informer le public sur une maladie se multiplient, mais l'analyse révèle que bien souvent le but caché est de maximiser les ventes de tel ou tel médicament sur prescription. Ici aussi, une information objective et équilibrée est plus souvent l'exception que la règle. Mais, si nous acceptons la dérégulation proposée, les firmes pourront dorénavant mentionner sans détour le médicament en question dans leurs campagnes d'information et sur leurs sites Internet. On ne voit pas en quoi cela serait autre chose que de la publicité.
Information correcte et répondant aux besoins des patients/consommateurs ?

Une information digne de ce nom doit pouvoir aborder l'ensemble des traitements possibles, avec leurs avantages et inconvénients respectifs. Une information de qualité devient de ce fait nécessairement "comparative". Pourtant la proposition souligne que l'information ne saurait en aucune manière être comparative. Un médicament n'existe pas dans l'abstrait : a-t-il une plus-value thérapeutique par rapport aux autres médicaments ? Ses effets indésirables à court et à longe terme sont-ils aussi bien connus que ceux des médicaments plus anciens ? Le nouveau médicament a-t-il été comparé au meilleur traitement existant ou seulement à un placebo ? Une information correcte supposerait entre autres que la firme nous dise, par exemple, que son nouveau médicament n'est peut-être utile que pour les quelques rares patients qui seraient allergiques au meilleur médicament existant. C'est une utopie de croire qu'une firme pharmaceutique puisse faire preuve d'une telle franchise.
Une information correcte doit également accorder une attention égale aux possibles interventions non médicamenteuses (comme l'alimentation ou l'exercice physique). Pour nombre de problèmes de santé, ne pas traiter est parfois aussi une solution parfaitement envisageable.
De surcroît, les firmes pourraient décider librement du choix du médicament qu'elles souhaitent mettre en évidence. Choix qui se ferait bien sûr essentiellement en fonction des intérêts de la firme et de ses actionnaires et non en fonction des réels besoins en matière de santé.

S'en tenir à la réglementation actuelle

Certes, les patients et le public en général ont tout intérêt à disposer d'une information de qualité sur les médicaments, qu'il s'agisse de médicaments sur prescription ou en vente libre. Mais ce n'est pas en autorisant les firmes à "informer" directement le grand public sur leurs médicaments soumis à prescription que l'on avancera dans cette voie. Cette stratégie est inspirée essentiellement par des intérêts commerciaux et non par le souci de promouvoir un usage rationnel du médicament ou le bien-être des consommateurs/patients.
Il existe des solutions plus appropriées et plus fiables pour informer le grand public.

Les signataires, représentants du corps médical, des pharmaciens, des mutuelles, des patients et des consommateurs, demandent que la Commission européenne rejette cette proposition et que la réglementation actuelle soit maintenue.

 
 

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