Test-Achats

Un recours trop rapide aux antidépresseurs ?


Entre 1996 et 2006, le nombre de patients qui se sont vus prescrire des antidépresseurs est passé de 390 000 à 860 000. De plus, il apparaît que le traitement est très souvent interrompu trop tôt alors qu’il doit être suivi au moins quelques mois pour être véritablement efficace. Test Santé, le magazine santé de Test-Achats, interpellé par ces chiffres veut mettre en garde contre les prescriptions trop fréquentes d’antidépresseurs. Test Santé demande que des études indépendantes soient entamées d’urgence sur les antidépresseurs, leur mode d’action et leurs effets secondaires, mais aussi sur l’utilité des approches non médicamenteuses, comme les psychothérapies.

Dépression légère, modérée et sévère
La gravité d’une dépression est déterminée par le facteur déclenchant, les causes sous-jacentes et la durée. Aussi les médecins parlent-ils de dépression légère, modérée et sévère. Pour un réel rétablissement il est important de choisir le traitement correct, en fonction de la gravité et/ou d’autres facteurs. Par ailleurs, il y a lieu de distinguer dépression et baisse de moral passagère. Les personnes dépressives sévères ne se comportent plus normalement et ne trouvent plus aucun plaisir dans ce qui leur procurait autrefois satisfaction.

Le traitement
Pour la dépression on fait le plus souvent appel à des antidépresseurs. Dans le cas d’une dépression légère ou d’un sentiment d’abattement, se balader, faire un peu d’exercice ou discuter avec un(e) ami(e) peut faire des miracles. Les dépressions modérées à sévères exigent par contre une approche plus approfondie et les antidépresseurs peuvent alors se révéler utiles. Test Santé présente les trois grands groupes d’antidépresseurs, avec leur mode d’action, leurs effets secondaires et les composants actifs. Les gens réagissent différemment à ces médicaments et il peut donc arriver que le médecin doive essayer plusieurs antidépresseurs ou prescrire un traitement combiné. Il faut trois à six semaines avant que les premiers effets de la médication se manifestent.

Les antidépresseurs: pas un remède miracle
Les antidépresseurs n’engendrent pas de dépendance physique, mais le traitement ne peut être arrêté du jour au lendemain. Bien qu’ils soient souvent consommés dans ce but, les antidépresseurs ne sont pas des “pilules du bonheur”. Test Santé insiste sur le fait qu’il s’agit bien de médicaments, qui peuvent toujours engendrer certains effets indésirables et entraîner des interactions avec d’autres substances. Selon une étude scientifique de l’Agence américaine de l’alimentation et des médicaments, les personnes qui prennent des antidépresseurs (surtout dans le groupe des moins de 30 ans) peuvent présenter des tendances suicidaires accrues. À la suite de cette étude, l’Agence européenne des médicaments a décidé d’interdire la prescription de certains antidépresseurs aux enfants et aux adolescents.

Un recours trop fréquent et trop rapide
Entre 1996 et 2006, le nombre de patients qui se sont vu prescrire des antidépresseurs est passé de 390 000 à 860 000. Certains éléments donnent à penser que l’on a peut-être recours un peu trop vite à ce traitement: les antidépresseurs sont, à tort ou à raison, également prescrits pour traiter des crises d’angoisse, des phobies et même des troubles tels que des douleurs chroniques. Dans certaines maisons de repos, 75 % des résidents en consomment. Par ailleurs, nombre de patients arrêtent le traitement trop tôt. En 2004, 170 000 Belges ont acheté une seule boîte, alors que le médicament ne commence à produire ses effets qu’à l’entame de la deuxième boîte. Pour être efficaces, les antidépresseurs doivent être pris pendant six mois, alors que 65 % des patients mettent fin au traitement avant le cinquième mois. Test Santé se demande alors si leurs troubles étaient vraiment de nature à nécessiter un traitement médicamenteux? Ou si le traitement n’a-t-il été pas arrêté en raison des effets secondaires, dont il ne faut pas minimiser les conséquences?

Plus d’études demandées
Le traitement d’une dépression est un problème complexe. Test-Achats estime que l’on se tourne trop souvent vers les antidépresseurs, alors que le fonctionnement, l’efficacité et les effets secondaires de ces médicaments soulèvent encore maintes questions. Les études menées sont généralement de trop courte durée ou de trop faible ampleur. De même, les études relatives aux alternatives non médicamenteuses, une psychothérapie par exemple, sont encore trop rares. Ces traitements sont d’ordinaire trop coûteux ou insuffisamment disponibles pour les patients. Test-Achats appelle donc à la vigilance, afin de ne pas contraindre l’assurance maladie à des dépenses inutiles, fruits d’une tendance irréfléchie à recourir aux prescriptions. Il est en outre grand temps d’adopter, comme le propose l’organisation des consommateurs, une meilleure approche transdisciplinaire de la dépression, fondée sur des études comparatives à plus long terme des différents types de traitement.

 
 

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