Communiqué de presse

Opération de la cataracte : différences de coût inadmissibles et incertitude tarifaire totale

21 mars 2013

Les personnes qui souhaitent se faire opérer de la cataracte ont intérêt à s’informer autant que possible sur ce qu’il leur en coûtera exactement. En raison des différences en matière de suppléments facturés, la facture finale dans tel hôpital peut être supérieure de 650 euros à la facture dans tel autre, et cela même si le patient n’opte pas pour une chambre individuelle. Tel est le constat des Mutualités socialistes et de Test-Achats à l’occasion d’une enquête de grande envergure menée en commun. Les délais souvent très longs qui s’écoulent avant d’obtenir un rendez-vous pour une consultation à l’hôpital posent également problème, tout comme le manque d’informations concernant la facture finale.

L’enquête

La cataracte est une affection liée à l’âge que seule une opération chirurgicale permet de soigner. Cette intervention, qui consiste à remplacer le cristallin opacifié par un implant synthétique, n’est généralement pas urgente et peut donc être programmée bien à l’avance. Idéalement, le patient devrait pouvoir comparer et choisir un ophtalmologue, un hôpital ou une clinique privée pratiquant des tarifs raisonnables. En collaboration avec les Mutualités socialistes, Test-Achats a effectué un relevé des tarifs appliqués et a aussi vérifié si le patient peut rapidement obtenir un rendez-vous, ainsi que toutes les informations nécessaires. Pour ce faire, l’association de défense des consommateurs a téléphoné à tous les (campus des) hôpitaux généraux de Belgique et à 42 cabinets privés, et a également analysé leurs sites web respectifs. Les Mutualités socialistes ont rassemblé les factures de 27.526 opérations de la cataracte réalisées en hôpital de jour afin de comparer les tarifs. Elles ont également vérifié le coût des consultations et des examens pré- et postopératoires.

Hôpitaux : de grandes différences de prix imputables aux suppléments

Le choix de l’hôpital a un impact déterminant sur la facture finale. C’est à la clinique Saint-Jean de Bruxelles qu’une opération de la cataracte chez un patient moyen en chambre commune est la plus coûteuse : la différence due aux suppléments atteint près de 650 € par rapport à l’hôpital le moins cher. Un surcoût entièrement à charge du patient, qui vient s’ajouter au ticket modérateur que ce dernier doit bien entendu payer aussi. Et ne parlons même pas des chambres individuelles, encore plus chères – avec des suppléments dépassant 1.500 € à l’hôpital Edith Cavell (Bruxelles). L’utilité d’une chambre individuelle est par ailleurs discutable, puisque le patient ne reste que quelques heures à l’hôpital lors d’une opération de la cataracte. Dans un grand nombre d’hôpitaux, on ne recense par conséquent aucun patient opéré de la cataracte séjournant en chambre individuelle. Une vingtaine d’établissements proposent cependant encore toujours une chambre individuelle à leurs patients, qui reçoivent ensuite une note pour le moins salée.

La situation géographique de l’hôpital influence également le coût de l’opération. A Bruxelles surtout, les tarifs sont très élevés, précisément parce que les suppléments demandés y sont considérables. Ce sont essentiellement les suppléments d’honoraires qui peuvent atteindre des sommets. Certains hôpitaux facturent aussi d’importants suppléments de matériel, qui s’expliquent par l’utilisation d’implants multifocaux. Non remboursés par l’assurance maladie, les cristallins multifocaux coûtent environ 1.000 €, entièrement à charge du patient.

Outre le prix de l’intervention proprement dite, il faut tenir compte des coûts liés aux examens et aux consultations pré- et postopératoires. Il est difficile de calculer avec précision les coûts pour le patient car les consultations se déroulent souvent au cabinet privé de l’ophtalmologue, lequel indique rarement le montant demandé sur l’attestation.

De longs délais d’attente et un risque de système de soins à deux vitesses

Les délais d’attente se répercutent également sur l’accessibilité des soins médicaux. Pour une opération de la cataracte, le patient doit souvent attendre assez longtemps avant de pouvoir rencontrer un ophtalmologue à l’hôpital. La pénurie d’ophtalmologues se fait sentir dans certains hôpitaux car de nombreux spécialistes rejoignent le secteur privé, plus lucratif. Dix pour cent des hôpitaux renvoient d’ailleurs immédiatement vers un cabinet privé.

Il ressort de l’enquête de Test-Achats que le délai d’attente moyen pour une première consultation est de 61 jours, avec des différences marquées entre les régions et les provinces. Dans un quart des hôpitaux, le délai était de trois mois ou plus. Il faut également souligner le manque criant d’ophtalmologues appliquant les tarifs de l’INAMI : moins de la moitié sont conventionnés. La proportion d’hôpitaux où il est possible d’obtenir une consultation dans les 30 jours chez un ophtalmologue (entièrement ou partiellement) conventionné n’atteint même pas 15 %.

Les délais étaient nettement moins longs – 29 jours en moyenne – dans le secteur privé. Ce constat fait craindre l’émergence d’un système à deux vitesses, où le secteur commercial privé, plus coûteux, prendrait le pas sur les soins hospitaliers classiques.

Des informations insuffisantes pour faire un choix éclairé par rapport aux tarifs

Il est par ailleurs extrêmement difficile de savoir si les ophtalmologues sont ou non conventionnés. Une fois sur dix, les services d’accueil des hôpitaux - les points de contact par excellence des patients qui prennent rendez-vous ! - n’ont pas pu répondre. En outre, ils ne constituent pas une source d’information fiable : dans 28 % des cas, ils ont assuré que l’ophtalmologue appliquait les tarifs INAMI alors qu’il n’était pas conventionné. Souvent, les sites Internet des hôpitaux ne se sont pas non plus avérés d’une grande aide : à peine un site sur cinq remplit bien, voire très bien, sa mission d’information aux patients potentiels. Et il s’agissait exclusivement de sites d’hôpitaux flamands. Il est donc rare de trouver les informations qui devraient idéalement être fournies sur le coût de l’intervention. À l’exception de six hôpitaux flamands, aucun hôpital ne fournissait d’estimation des coûts sur son site Internet.

Cliniques privées : les médecins imposent la loi du silence

Depuis quelques années, les patients peuvent également se faire opérer de la cataracte dans une clinique ophtalmologique spécialisée. Ces cliniques privées ne doivent pas être enregistrées et ni les autorités publiques ni les caisses d’assurance maladie n’ont de vue très claire sur les tarifs facturés aux patients. Une enquête commune auprès des patients a donc été organisée car seule cette méthode permet de faire réellement la lumière sur le sujet. Le Comité sectoriel de la sécurité sociale et de la santé a cependant fait obstacle en interdisant de demander le nom de ces petites cliniques spécialisées parce qu’il serait alors possible d’identifier les ophtalmologues y travaillant. Autrement dit, aucune clinique privée ne pouvait figurer dans l’étude, sous le couvert du droit au respect de la vie privée des ophtalmologues. Pour Test-Achats, cette situation montre clairement que la composition déséquilibrée de ce Comité sectoriel – qui compte des représentants de médecins mais aucun représentant des patients – entrave l’adoption d’une décision d’intérêt sociétal.

Test-Achats et les Mutualités socialistes demandent

  • Les suppléments d’honoraires en hôpital de jour doivent être rapidement supprimés, comme cela a été le cas pour les suppléments en cas d’hospitalisation classique en chambre commune.
  • Le patient doit pouvoir disposer d’informations claires sur les tarifs, les suppléments et le statut du médecin. Les hôpitaux doivent améliorer leur communication à cet égard, tant via leurs services d’accueil que leur site Internet.
  • Les autorités publiques doivent élaborer un nouveau cadre pour les cliniques privées, afin que ces dernières soient enregistrées et contrôlées et que les patients bénéficient d’une sécurité tarifaire.
  • Finalement, des mesures doivent être prises d’urgence pour résoudre le problème de la pénurie d’ophtalmologues (conventionnés) dans les hôpitaux généraux.

Comparaison en ligne des tarifs des hôpitaux

Les Mutualités Socialistes et Test-Achats publient sur leurs sites web respectifs un tableau détaillé des prix applicables à une opération de la cataracte dans tous les hôpitaux généraux de Belgique.


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