Blocage Maestro hors Europe
29/11/2010
Test-Achats demande aux banques de se justifier et dépose un dossier auprès du Conseil de la Concurrence !
Les banques inquiètes de notre sécurité …
En date du 9 novembre 2010, Febelfin faisait savoir qu’à partir du 17 janvier 2011, un grand nombre de banques allaient bloquer les cartes de débit standard pour leur utilisation hors Europe. Febelfin motivait la décision de la manière suivante :
« Ces nouvelles mesures ont été prévues afin de contrer l’utilisation abusive des cartes de débit en dehors de l’Europe. Ces derniers mois, il est en effet apparu que le “skimming” de cartes de débit aux guichets automatiques se répandait. En cas de “skimming”, le code secret est dérobé et les données figurant sur la piste magnétique de la carte sont copiées, ce qui permet aux fraudeurs de fabriquer de “fausses” cartes. Les utilisations abusives de cette “fausse” carte sont surtout commises en dehors de l’Europe. Les banques belges et européennes ont investi massivement dans de la technologie de sécurisation. Cette technologie a pour effet que les opérations effectuées par carte seront désormais traitées sur base de la puce et plus sur base de la piste magnétique. Or, en dehors de l’Europe, les opérations demeurent traitées sur base de la piste magnétique, laquelle peut facilement être copiée et est donc plus susceptible d’abus » (extrait communiqué Febelfin)
Test-Achats se pose un certain nombre de questions …
En aucun cas, Test-Achats ne met en cause le fait que des moyens de paiement sûrs doivent être mis à disposition du consommateur. Toutefois, Test-Achats émet un certain nombre de réflexions concernant cette décision et sa motivation :
• Pendant des années, les banques ont fait croire au consommateur belge qu’il devait disposer d’une carte munie de la fonction Maestro (devenue par ailleurs obligatoire) parce que c’était un moyen de paiement sûr, et aujourd’hui, on découvre qu’il y a un problème de sécurité. Plutôt que de résoudre ce dernier, on porte atteinte à la qualité du service en bloquant une partie des fonctionnalités, sans pour autant en diminuer le prix.
• Seules les cartes de débit sont visées alors que pas mal de fraudes concernent les cartes de crédit et les paiements sur internet.
• Febelfin prétend qu’en Europe, les transactions sont effectuées sur base de la puce électronique et non sur base de la piste magnétique. C’est totalement faux! Il suffit de regarder chez nos pays voisins. Aux Pays-Bas, on est en train, en ce moment et seulement maintenant, de migrer vers la puce. Et en Allemagne et en France, les opérations sont principalement effectuées via la piste magnétique.
• Citibank (qui comme la Deutsche Bank n’exécutera pas la mesure proposée de blocage) confirme que la plupart des fraudes ont lieu en Europe.
• Atos Worldline, le leader européen en paiements électroniques, a bloqué fin 2009 près de 100.000 cartes dont les données ont été copiées … en Espagne !
Le consommateur pris en otage …
La mesure de blocage envisagée aura pour effet immédiat que le consommateur se tournera immanquablement vers la carte de crédit. Pour autant que celle-ci soit plus sûre, ce dont Test-Achats doute, nous ne pouvons que constater que les frais de transaction (et donc en conséquence, les revenus des banques) sont plus élevés que ceux liés à une carte de débit classique.
Ci-dessous, Test-Achats donne un aperçu de ce que les 4 grandes banques imputent pour le prélèvement de l'équivalent de 100€ hors de la zone Euro avec une carte de débit, d’une part, et avec une carte de crédit, d’autre part.
Carte de crédit | Carte de débit | |
| KBC | 6,60 € | 6,47 € |
| BNP PARIBAS FORTIS | 6,60 € | 4,79 € |
| ING | 7,36 € | 5,89 € |
| DEXIA | 6,00 € | 4,50 € |
Le consommateur qui ne dispose pas de carte de crédit devra en faire l’acquisition ce qui implique naturellement des coûts. Il peut aussi échanger de l’argent mais là aussi y sont liés des coûts qui profiteront aux banques. Et là il n’est à aucun moment question d’aspects de sécurité. A-t-on pensé aux plus jeunes qui ne disposent pas la plupart du temps d’une carte de crédit et qui devront nécessairement emporter de l’argent liquide pour partir en voyage?
Quant aux déclarations récentes de certaines banques concernant la possibilité de "lever" le blocage à la demande du consommateur, elle pose également question: dans de tels cas, comment la sécurité, qui semble faire défaut, pourra-t-elle être assurée ?
Quid de la libre concurrence ?
Pour Test-Achats, on doit également parler de pratiques restrictives de concurrence au sens de la loi sur la concurrence économique. De tels accords entre des entreprises ou des décisions d’une fédération d’entreprises concernant des conditions contractuelles sont inacceptables, et certainement lorsque ces accords ou décisions pénalisent le consommateur. L’organisation de consommateurs a donc décidé de transmettre un dossier au Service et et le Conseil de la Concurrence, il faut lire et rectifier : "et au Conseil de la Concurrence".
Faisant suite aux messages et signaux confus que les banques ont diffusé ces derniers jours, Test-Achats a par ailleurs décidé d’écrire à toutes les banques afin qu’elles éclaircissent leur position. Les banques ont comme délai jusqu’au 13 décembre pour répondre à toute une série de questions précises et concrètes. Le consommateur a droit à une information correcte, complète et transparente.

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