Erreurs médicales: les victimes abandonnées !
23/9/2011
Une enquête de Test-Achats (publiée dans Test Santé 105 d’octobre/novembre 2011) révèle que les erreurs médicales ont souvent des conséquences lourdes, qui marquent à vie. Dans la moitié des cas, les répondants se plaignent de fortes douleurs ainsi que d’absences au travail ou à l’école. Dans un cas sur trois, l’erreur médicale donne même lieu à une invalidité prolongée. Dans 27% des cas, elle a débouché sur le décès du patient. La cause majeure la plus citée est l’exécution incompétente d’un examen ou d’une intervention, et ce dans 47% des cas. 4 patients sur 5 sont très mécontents de la collaboration (voire de l’absence de collaboration) avec le prestataire de soins. 75% des répondants ayant introduit une procédure judiciaire dans les 10 dernières années sont toujours en attente d’une issue dans leur dossier. 20% d’entre eux attendent un jugement depuis 5 ans au moins déjà. Pour mieux soutenir les victimes d’erreurs médicales, un Fonds des accidents médicaux a été créé en avril 2010. Mais ce fonds est encore loin d’être opérationnel. Test-Achats estime qu’il s’agit là d’une priorité pour le prochain gouvernement et demande une politique de prévention plus efficace.
Une double enquête
Test-Achats est parti à la recherche de personnes qui ont été victimes d'une ou plusieurs erreurs médicales au cours de ces dix dernières années. Plus de 551 Belges ont rempli un questionnaire sur la perception de la sécurité du patient et des erreurs médicales. Ces réponses sont représentatives de la population belge. La seconde série de questions a été complétée par plus de 444 personnes qui pensaient avoir été victimes ces 10 dernières années d'une erreur médicale ayant entraîné des douleurs pendant au moins une semaine, une invalidité temporaire ou prolongée et/ou la mort (d'un membre de la famille). Ce second volet est plus un instantané.
Lourd de conséquences
Les conséquences d'une erreur médicale peuvent marquer le patient à vie voire, dans le pire des cas, provoquer son décès. Dans la moitié des cas, les répondants se sont plaints de vives douleurs et d'une absence à l'école ou au travail. Chez près d'un patient sur trois, l'erreur médicale a entraîné une invalidité prolongée. Plus d'un quart des sujets sont morts des suites de l'erreur. Dans une petite moitié des cas, les causes sont une exécution incompétente d'un examen ou de l'intervention. Les autres causes citées sont l'absence de diagnostic ou le diagnostic tardif pour 4 répondants sur 10 et une erreur de diagnostic pour 1 répondant sur 3 de l'enquête. La plupart des erreurs médicales concernent des chirurgiens (34 %), des généralistes (19 %) et des chirurgiens orthopédistes (13 %). Moins d’un prestataire de soins sur dix a avoué spontanément l’erreur médicale à son patient. Un sur cinq l’a fait lorsque le patient lui a posé la question. La majorité des soignants ont refusé de s’exprimer. Ce qui alimente indubitablement le doute chez le patient.
La justice rarement saisie
Ainsi 70% des personnes interrogées qui croyaient avoir été victimes d’une erreur médicale ont entrepris des démarches pour obtenir une réaction à leur plainte ou ont au moins demandé un complément d’explications. A peine 7 % d’entre elles sont allées en justice. Le motif d’inaction le plus couramment cité est que cela ne servirait à rien, car c’est toujours le médecin qui a le dessus (41 %). Nombre de victimes ne savent pas qui elles peuvent contacter (12 %) et parfois, le patient continue à dépendre du même prestataire pour des soins futurs (12 %). Un quart (26%) des personnes qui dans le passé avait été victime d'une erreur médicale prétend que, la prochaine fois, en cas de nouvelle erreur médicale, elles n’entreprendront plus rien.
Des années de lutte
Trois quarts des personnes interrogées ayant intenté un procès ces dix dernières années sont toujours en attente du verdict. Près d’un cinquième attendent un jugement depuis au moins cinq ans déjà. C’est tellement lourd financièrement et émotionnellement que certains renoncent en cours de route. L’abandon des poursuites s’explique notamment par un mécontentement vis-à-vis de l’assistance disponible dans notre pays, tant en matière d’information que de suivi. Pour ce qui est de l’information, les patients sont surtout satisfaits des médecins spécialistes non concernés ou d’autres prestataires de soins comme le généraliste, de leur avocat (intervenu via l’assurance protection juridique ou non) et de l’asbl Erreurs médicales. Quant au suivi concret de leur dossier, des répondants se disent surtout contents de leur avocat et d’autres prestataires de soins non concernés. On notera les scores lamentables du prestataire tenu pour responsable de l’erreur : quatre patients sur cinq sont très mécontents de sa collaboration ou de son manque de collaboration.
Les personnes dupées veulent surtout des explications et une réparation sans frais
La plupart des répondants (quatre sur cinq) aimeraient surtout avoir une explication sur l’erreur médicale et attendent du médecin concerné qu’il la répare gratuitement. La compensation financière, les excuses et la sanction judiciaire du ou des responsables ne viennent qu’après.
Entre indemnisé sans procès
Jusqu'à présent, c'est à la victime qu’il revient la charge de prouver le dommage et le lien causal avec l’erreur, ce qui n’est pas évident lorsque la preuve éventuelle est entre les mains de celui qui l’a commise. D'ailleurs 80 % des répondants ont payé de leur poche la totalité des frais médicaux. Seuls 6 % ont été dispensés de régler la facture, tandis que 8 % ont reçu à l’amiable un dédommagement compris entre 50 € et 10 000 €. Heureusement le Fonds des accidents médicaux peut apporter des changements. Depuis avril 2010, les victimes peuvent s'enregistrer auprès du Fonds des accidents médicaux. Hélas, il faut attendre un gouvernement afin qu'il devienne opérationnel.
Activation effective du Fonds et évaluation
Test-Achats demande que la priorité soit donnée à l'activation du Fonds des accidents médicaux étant donné que la liste d'attente des victimes s'allonge rapidement. Seules les personnes ayant subi un grave dommage peuvent prétendre à une indemnisation. Il y aura donc beaucoup d’appelés et peu d’élus. Test-Achats demande par conséquent de réévaluer le système après quelques années de fonctionnement. Enfin, Test-Achats plaide pour une politique de prévention, telle qu'un système de vigilance organisé à l'échelon national, afin de tirer les leçons des dérives du passé.

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