Le pain quotidien : cher, salé et objet d'ententes ?
Cela faisait quelques années que Test Achats ne s'était plus intéressé au pain, à son prix et à sa qualité. Force est de constater que depuis la libéralisation du prix du pain, la concurrence n'a pas fait son oeuvre. Une explication ? Des ententes sur les prix ? En tout cas, tout concorde à dire que la plupart des boulangers indépendants pratiquent les mêmes prix dans la plupart des zones visitées par les enquêteurs de Test Achats (196 pains achetés et analysés dans 46 points de vente et prix relevés dans 250 boulangeries), aux alentours de 1,90 euro. Cette situation pousse Test Achats à transmettre pour information le dossier au Conseil de la Concurrence. Inutile de libéraliser le prix si c'est pour remplacer le prix maximum par des ententes locales illégales. Par ailleurs, il s'avère que pour l'affichage et le poids, la législation est complètement lacunaire et/ou difficile à contrôler. Poids fantaisistes, ingrédients très variables, dénominations diverses, le consommateur n'est pas bien servi. Un sérieux lifting est nécessaire. Par ailleurs, si la qualité du pain "belge" est correcte, on peut toute fois dire que sur base de l'enquête en question, la teneur en sel est excessive pour 39% des échantillons analysés. Enfin, même si les boulangers ont tendance à ne pas trop se faire concurrence sur les prix, il est à noter que bon nombre de supermarchés vendent un pain de qualité à un prix attractif et que l'affichage y est parmi les meilleurs.
6 pains sur 10 techniquement bons !
La plupart des supermarchés vendent du pain de qualité à prix attractif. Pour apprécier la qualité, les enquêteurs de Test Achats se sont rendus dans 49 points de vente pour y acheter 4 pains gris ou lorsque cela était possible, un pain de ménage gris. Sur place, l'affichage était également inspecté. Le poids, la teneur en sel et en graisse ainsi que le taux d'humidité ont été mesurés en laboratoire. Pour l'évaluation technique, il a également été fait appel à un panel d'experts qui ont côté individuellement l'aspect, la croûte, la mie, le goût et la fraîcheur des 49 échantillons. Ils en ont particulièrement apprécié 7;22 ont été qualifiés de bons et 9 de moyens. Les pains les plus appréciés contiennent souvent trop de sel.
La main lourde sur la salière et poids fantaisistes ...
En matière de teneur en sel, on peut mieux faire. La proportion de sel varie entre 1,3 et 2,5% de la matière sèche alors qu'elle ne devrait pas excéder 2% selon la loi. Pas moins de 39% des points de vente enfreignent cette règle. Le poids moyen des pains a également été comparé avec le poids imposé en fonction de la forme et de l'appellation. 8 boulangeries prennent de grandes libertés avec le poids réglementaire. L’affichage dans les points de vente laisse souvent à désirer en plus d’être non conforme à la loi. Le prix au kilo n'est pas obligatoire alors qu'il est essentiel de pouvoir comparer, même si la situation est sensiblement meilleure dans les supermarchés. Il faut ici noter que la législation est peu claire et invérifiable car le pain de ménage a disparu pour laisser la place aux "fantaisies" du marché sous la forme de pains qualifiés par leurs fabricants de "spéciaux", rendant bien difficile l’information pratique et utile du consommateur.
Le prix du pain ? Concurrence et ententes locales !
Il faut le reconnaître. Depuis la libéralisation du prix du pain en 2004, pour savoir celui-ci a augmenté trop vite. Test Achats a calculé l'évolution du prix du pain s'il suivait l'indice des prix à la consommation: depuis 2004, le prix réel du pain augmente plus vite que cet indice. On pouvait s'attendre à ce que la concurrence entre les boulangers mais aussi les supermarchés très présents sur ce marché, s'accroisse, et, qu'à tout le moins, les prix n'augmentent pas. C'est tout le contraire qui est arrivé. En septembre 2008, un pain gris de 800 g coûtait en moyenne 1,89 euro, soit 30 centimes de plus que le dernier prix maximum. Alors, est-ce dû à l'augmentation du prix du blé ? En toute petite partie puisque celui-ci ne compte que pour 10% du prix du pain et que fin 2008, le prix du blé a de nouveau baissé. Certains supermarchés ont d'ailleurs entamé une guerre des prix sur le pain (1,75 euro chez Delhaize par exemple).
Mais il y a un autre élément constaté à l'occasion de cette enquête : la grande proximité des prix pratiqués par les boulangers et l'absence de concurrence. Le prix du pain blanc a été relevé dans 250 boulangeries dans 10 villes du pays et l'immense majorité de ces points de vente pratiquait le prix de 1,90 euro. Rares sont les boulangeries qui demandent moins. Plus de 8 boulangeries sur 10 vendent leur grand pain blanc entre 1,90 et 2,00 euros. Dans certaines villes, la majorité exige le même prix partout, laissant apparaître des phénomènes d'ententes tacites illicites. A Waregem, par exemple, pas moins de 16 boulangeries sur 19 visitées ont demandé à nos enquêteurs 1,95 euro !
Besoin quotidien ? Exigences fondamentales ...
En ce qui concerne les indices d'ententes sur les prix et d'infractions à la législation sur la réglementation économique de la concurrence, Test Achats a décidé de transmettre le dossier au Conseil de la Concurrence pour information et éventuelles suites à donner. Par ailleurs, la législation applicable au pain est actuellement confuse et difficilement contrôlable. Les catégories en vigueur ne sont plus conformes à la réalité. De manière très pratique, afin de pouvoir comparer les prix, Test Achats exige l'affichage du prix au kilo. Enfin, l'organisation de consommateurs demande que l'on se penche sur la problématique de la teneur en sel avec un renforcement des contrôles.

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