Des residus de pesticides toujours trop souvent presents dans les fruits !
A l’aube de la semaine des pesticides et des fruits et légumes, Test Santé publie dans son édition n° 96 d’Avril - Mai 2010, les résultats d’une enquête portant sur la recherche de résidus de pesticides dans 52 échantillons d’oranges, de raisins, de mangues et de fruits de la passion dont 8 issus de la culture biologique. Même s’il n y a pas de quoi paniquer ni restreindre sa consommation de fruits, les résultats posent question : huit fruits testes sur dix contiennent des résidus de pesticides.
Les pesticides ? C’est quoi ?
Ce sont ces substances chimiques qui protègent les principales productions agricoles - dont les fruits et légumes - des insectes, mauvaises herbes, moisissures, etc. Leur utilisation assure certes un meilleur rendement mais a un prix : ils peuvent être nuisibles tant pour l’homme que pour l’environnement. Il s’agit donc de les utiliser avec prudence et de manière raisonnée.
Des limites harmonisées à respecter : bien mais….
La quantité d’un pesticide que l’on peut ingérer quotidiennement est fixée par la DJA (Dose Journalière Admissible) qui reflète la toxicité d’une substance à long terme.
Pour établir la quantité de résidus de chaque pesticide pouvant être présente dans l’alimentation, on fixe des limites maximales de résidus (LMR) basées sur les bonnes pratiques agricoles.
Depuis septembre 2008, ces LMR sont fixées par un règlement européen et sont donc pareilles dans tous les Etats membres. Nous avons toujours plaidé pour cette harmonisation mais cette réglementation ne nous satisfait pas complètement :
• De nombreuses LMR ont été revues à la hausse et, du coup, des concentrations plus élevées en résidus de pesticides sont désormais admises dans bon nombre de pays européens.
• Comme le prouve notre enquête, plusieurs sortes de résidus de pesticides se retrouvent sur la plupart des fruits. Or, l’on sait actuellement bien peu de choses sur la quantité de résidus différents que l’on peut absorber sans danger.
• Ces LMR ne prennent en compte que les effets chez les adultes. Ce qu’il en est pour les enfants est beaucoup moins étudié. Le Comité scientifique de l’AFSCA estime d’ailleurs qu’il existe trop peu de chiffres concernant la quantité de fruits et légumes consommés par les enfants.
Ce que nous avons fait
Dans 22 points de vente différents, nous avons prélevé 14 échantillons d’oranges, 14 de raisins, 8 de mangues et 8 de fruits de la passion. Pour chacun de ces fruits, nous avons également prélevé, chaque fois, 2 échantillons issus de l’agriculture biologique. En laboratoire, nous avons recherché la présence éventuelle de résidus de pesticides.
Le choix n’était pas fortuit puisque nous souhaitions vérifier si les fruits provenant de pays du Sud ou hors Union européenne respectaient les normes en vigueur.
La plupart des fruits analysés renferment des résidus de pesticides
Les résultats de ce test sont tout sauf brillants : 40 fois sur 52, nous avons trouvé des résidus de pesticides…Même si les LMR n’étaient dépassées que dans deux cas. Ces résultats sont interpellants.
Les substances les plus souvent détectées appartiennent à la famille des fongicides (dont certains ne sont pas sans risques). Ces substances protègent les fruits contre les moisissures.
• Raisins : nous avons détecté des résidus de pesticides dans tous les échantillons et, dans 9 cas sur 14, en quantité considérable. Le nombre de pesticides trouvé variait de 4 à 10.
• Oranges : la moitié des échantillons analysés contenaient plus de résidus ou plus de la moitié de la LMR pour un seul pesticide.
• Mangues : elles obtiennent les « moins mauvais » résultats puisque seul 1 échantillon sur les 8 renfermait des résidus en quantités appréciables.
• Fruits de la passion : 2 échantillons sur les 4 analysés (tous deux en provenance du Kenya) renfermaient des quantités considérables de résidus (pour un échantillon, nous avons trouvé un pesticide interdit dans la culture de ce fruit) : dans l’un, il y avait présence de 2 pesticides en quantités supérieures à la LMR et dans l’autre, nous avons détecté 4 dépassements.
Bonne nouvelle : les fruits bios analysés portent bien leur nom
La présence de résidus de pesticides dans des fruits biologiques serait évidemment inadmissible. Et c’est une bonne nouvelle : 7 échantillons sur les 8 analysés n’en renfermaient pas. Seul un échantillon de fruit de la passion en provenance du Rwanda en renfermait une faible concentration due éventuellement à une contamination involontaire.
Test-Achats plaide pour un usage judicieux et une meilleure perception des effets
Test Achats ne plaide nullement pour une interdiction totale de l’usage des pesticides mais les résultats de l’enquête sont clairs : la plupart des fruits analysés renferment des pesticides … en quantités parfois très importantes !
Consommer des fruits reste un conseil fondamental mais il est souhaitable que des améliorations interviennent.
• Un usage judicieux et raisonné des pesticides s’impose.
• L’étude des effets combinés sur la santé de l’absorption de pesticides différents n’en est encore qu’à ses prémices : une meilleure connaissance s’impose.
• La fixation des niveaux autorisés de résidus de pesticides ne doit pas se contenter de prendre en compte les seuls effets éventuels sur les adultes mais doit aussi se pencher sur les effets sur les enfants.
• Un contrôle régulier et des sanctions en cas de dépassement des Limites Maximales de Résidus sont indispensables.

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