Problèmes de sécurité alimentaire: une histoire sans fin ?
27/1/2011
Test-Achats met le focus sur l’alimentation dans les derniers numéros des magazines Test-Achats et Test-Santé. Hélas, les résultats de deux enquêtes de suivi sur le sel caché et les températures de conservation sont très décevants. Le Belge ingère en moyenne près de deux fois plus de sel que les 5 grammes par jour recommandés par l’OMS. Seuls le pain et les céréales pour petit-déjeuner affichent des teneurs en sel moyennes inférieures à celles d’il y a six ans. Pour toutes les autres catégories de produits, les taux moyens étaient égaux ou supérieurs à ceux relevés lors de la précédente étude. Test-Achats relève par ailleurs que les teneurs en sel inscrites sur l’emballage ne correspondent souvent pas à la réalité. Les enquêteurs de Test-Achats se sont rendus dans 94 points de vente et ont contrôlé la température de conservation de 195 denrées périssables. 49 % des échantillons analysés étaient conservés à une température supérieure aux limites définies par la loi.
Cette absence d’évolution positive dans ces deux dossiers clés fait écho au bilan que tire Test-Achats pour 2010 en matière d’alimentation. Exception faite de quelques avancées favorables, l’industrie et la distribution alimentaires restent affligées des mêmes maux: un étiquetage plus trompeur qu’informatif et des produits inacceptables sur le plan de la composition. Des centaines de denrées alimentaires et/ou commerces d’alimentation ont été contrôlés : au total 590. Parmi ceux-ci, un tiers (197) ont obtenu des résultats médiocres ou mauvais.
Cette situation réclame des mesures plus énergiques de la part des pouvoirs publics: une législation sans faille, des contrôles suffisants et des sanctions sévères en cas d’infractions. Une mission complexe pour l’Agence fédérale pour la sécurité de la chaîne alimentaire (AFSCA), fondée il y a juste un peu plus de 10 ans.
Test-Achats félicite l’AFSCA pour les nombreux contrôles effectués au fil des ans, qui permettent d’éviter nombre de problèmes de sécurité alimentaire et d’hygiène, et de protéger le consommateur. Il semble toutefois que cette seule fonction de chien de garde ne soit pas suffisante. S’appuyant sur les résultats de suivi de deux enquêtes précédentes (sel caché et températures de conservations) et sur un récapitulatif des enquêtes menées en 2010, Test-Achats conclut que la politique en la matière est encore trop laxiste. Les infractions ne sont pas suivies de contrôles et de sanctions suffisantes.
Sel caché: une diminution trop faible, malgré les campagnes de sensibilisation et les promesses
Comme elle l’avait déjà fait en 2005, Test-Achats consacre un article dans son magazine santé à l’analyse des teneurs en sel relevées dans près de 150 produits alimentaires: pain, céréales pour petit-déjeuner, fromage, fines salaisons, sauces, plats préparés, bouchées apéritives et conserves de poisson. L’étude vise uniquement des aliments transformés puisque ces derniers représentent 75 % des apports en sel. Plusieurs études confirment pourtant la nécessité de changer quelque peu nos habitudes: le Belge ingère en moyenne près de deux fois plus de sel que les 5 grammes par jour recommandés par l’Organisation mondiale de la santé. Or le lien entre une consommation excessive de sel et l’hypertension (un facteur important de maladies cardiovasculaires) a été mis en évidence à maintes reprises.
Les autorités publiques ont mené quelques campagnes et les fabricants s’étaient engagés à réduire la teneur en sel des produits alimentaires: Test-Achats s’attendait par conséquent à mesurer des valeurs nettement moins élevées qu’en 2005. Espoir déçu: seul le pain et les céréales pour petit-déjeuner affichent des teneurs en sel moyennes inférieures à celles d’il y a six ans. Pour toutes les autres catégories de produits, les taux moyens étaient égaux ou supérieurs.
Test-Achats a également comparé l’étiquette des produits aux résultats des analyses effectives: 38 % des emballages ne faisaient pas mention du sel, 37 % reprenaient des valeurs calculées par rapport aux repères nutritionnels journaliers (GDA), ce qui est compréhensible. En revanche, l’organisation de défense des consommateurs tique sur le fait que les teneurs en sel inscrites sur l’emballage ne correspondent souvent pas à la réalité et sont sous-estimées pour nombre de produits.
Une température de conservation inadéquate pour la moitié des produits examinés
Comme pour l’étude relative au sel caché, ce n’était pas la première fois que Test-Achats vérifiait la température de conservation des denrées périssables dans les supermarchés, boucheries, boulangeries et sur les marchés. Ces aliments doivent en effet être impérativement conservés à bonne température afin d’éviter la prolifération de bactéries pathogènes ou de toxines.
Les enquêteurs de Test-Achats se sont rendus dans 94 points de vente et ont contrôlé la température de conservation de 195 denrées périssables – viande hachée, charcuterie, poisson frais et fumé, poulet rôti et pâtisseries à la crème pâtissière. Ils ont en outre vérifié si les réfrigérateurs des magasins étaient munis d’un thermomètre visible pour le consommateur et si la température affichée correspondait à celle relevée.
Les résultats sont très décevants – ce qui était déjà le cas lors des enquêtes précédentes. Pas moins de 49 % des échantillons analysés étaient conservés à une température supérieure aux limites définies par la loi.
Les réfrigérateurs des supermarchés sont presque toujours équipés d’un thermomètre visible, mais c’est loin d’être le cas chez les boulangers (43 %), les bouchers (24 %) et les poissonniers (10 %).
Plus grave encore, la température affichée est rarement conforme à la température réelle, tant dans les supermarchés que dans d’autres points de vente. Les écarts atteignaient parfois 8 °C, ce qui est tout à fait inadmissible.
Test-Achats exige une législation adéquate, des contrôles suffisants, des sanctions sévères et un plus grand sens des responsabilités
Ce récapitulatif annuel sommaire met d’emblée en exergue les points où des changements s’imposent.
- Test-Achats estime indispensable de renforcer la loi à certains égards. Elle réclame entre autres davantage de restrictions concernant l’emploi de colorants et l’interdiction de colorants dans les aliments de base.
La législation en matière d’étiquetage doit aussi être plus sévère. Test-Achats réclame notamment une mention de la teneur en sel, de préférence sur la face avant de l’emballage. L’étiquette doit fournir des informations claires et compréhensibles, et non des promesses ou allégations vides de sens. L’organisation juge en outre tout à fait injustifiable que les produits en vrac échappent à toute règle d’étiquetage en Belgique.
- La loi est une chose, son respect en est une autre. Toute loi est vouée à rester lettre morte si elle n’est pas accompagnée d’un mécanisme de contrôle et de sanction adéquat. Les nombreux manquements relevés par Test-Achats en 2010 et début 2011, notamment sur le plan des températures de conservation dans les magasins et sur les marchés, soulignent que les commerçants ne se sentent guère, voire pas du tout, talonnés par les instances de contrôle. L’AFSCA doit pouvoir jouer son rôle de façon plus efficace.
- Enfin, Test-Achats lance un appel aux producteurs du secteur alimentaire. Il ne suffit plus de bercer le consommateur de promesses vantant une meilleure qualité, moins de sucres et de sel cachés, moins de graisses saturées ou moins d’arômes. La Belgique doit prendre exemple sur d’autres pays afin que cet engagement débouche aussi sur des résultats tangibles. Les consommateurs ont droit à une alimentation saine et savoureuse, à un prix raisonnable.
Test-Achats espère que le nouveau Plan Nutrition Santé défini pour la période 2011-2015 assurera ce changement de cap attendu depuis si longtemps.

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