Interview : Siim Kallas, Commissaire européen en charge des Transports
L'Estonien Siim Kallas est Vice-Président de la Commission européenne et Commissaire chargé des transports. Il a bien voulu répondre à nos questions sur la législation garantissant les droits des passagers et leur protection.
TA : En raison du nombre grandissant de réservations sur Internet et des récentes affaires qui ont condamné les conditions de contrat abusives, l’Europe ne devrait-elle pas se pencher sur une législation non équivoque en matière de protection des passagers ?
Je veille avec un soin tout particulier à la cohérence dans notre politique de transport, en ce compris la protection des droits des passagers, dans la protection générale des consommateurs et la politique européenne pour le marché interne. Une telle législation présente toutefois une double dimension inhérente. En premier lieu, les passagers doivent pouvoir voyager à l’heure indiquée et entre deux endroits comme stipulé dans leur contrat, ou dû moins le plus près possible, quelle que soit la raison pour laquelle ils voyagent. Ensuite, les passagers doivent pouvoir voyager dans les conditions sûres et sécurisées dont nous avons besoin en Europe, quelle que soit la compagnie aérienne sélectionnée.
TA: La législation en matière de droits des passagers aériens est actuellement assez éparse et incohérente. Ne faudrait-il pas englober tous ces droits dans un seul et même texte ?
L’idée d’un texte exhaustif semble très attrayante, même si cela n’est pas nécessairement selon moi synonyme de valeur ajoutée. Ma priorité consiste à présent à prévoir une protection légale suffisante pour toutes les méthodes de transport. Je souhaite appliquer une vaste approche intermodale pour tous les droits des passagers et axer l’action sur deux priorités principales. D’une part, l’information occupe une place centrale. Nous voulons conscientiser davantage les passagers au sujet de leurs droits, de façon à ce qu’ils puissent rapidement adresser leurs questions à un point de contact au niveau européen et être renvoyés vers l’instance appropriée. Nous souhaitons lancer une campagne d’information de grande envergure avant les vacances d’été. D’autre part, nous nous focalisons sur la protection. Nous souhaitons que la réglementation soit correctement mise en œuvre et rendue obligatoire dans tous les États membres, de façon à obtenir une protection équivalente, quels que soient la méthode de transport ou l’endroit en Europe. Ce n’est que lorsque la protection légale et son application seront suffisantes dans l’ensemble des secteurs du transport au sein de l’UE que nous pourrons réfléchir à la consolidation des législations existantes.
TA: Que pensez-vous de la généralisation en Europe d’un système alternatif de résolution des plaintes des passagers ?
La mise sur pied d’une telle instance pour le règlement des litiges à l’amiable demeure une compétence nationale, devant être entreprise par les États membres mêmes. Il est certes clair que l’influence de tels mécanismes se fera sentir sur l’application et le maintien des réglementations européennes en matière de transport relatives aux droits des passagers. La loi européenne doit être appliquée à un niveau national, partout en Europe, de la même manière et avec la même force, ceci pour éviter les distorsions de concurrence sur le marché. Les compagnies aériennes souhaitent en effet bénéficier de chances et de conditions égales. Une concurrence loyale donc, ce qui profite tant aux passagers qu’au secteur.
TA: Test-Achats et d’autres organisations de consommateurs ont récemment publié une enquête sur la satisfaction relative aux compagnies aériennes. Que pensez-vous d’une base de données en ligne, indépendante et comparative, permettant aux passagers de faire un choix mieux informé ?
Je suis convaincu que plus les passagers disposent d’informations pour prendre une décision étayée, mieux c’est pour les compagnies aériennes. Je pense dès lors constamment à des manières d’apporter des réponses à un certain nombre de questions qui les intéressent, comme la ponctualité, le pourcentage de vols accusant plus de 3 heures de retard, les bagages perdus, et cela, en fonction des aéroports et des compagnies aériennes. L’exemple américain nous enseigne qu’une telle base de données européenne peut s’avérer particulièrement utile pour les passagers, le secteur aérien et les pouvoirs publics. C’est l’une des idées que je souhaite réaliser durant mon mandat.

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