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Novembre 2008 : que faire de vos obligations Fortis ? il y a 9 ans - jeudi 20 novembre 2008

Par le passé, Fortis a émis de nombreuses obligations, via différentes entités du groupe. Mais suite aux différentes opérations de reprise, Fortis d’aujourd’hui, entendez Fortis Holding, affiche une physionomie totalement différente du groupe de bancassurance qu’il était hier. Les actionnaires en savent quelque chose. Le public obligataire est aussi concerné. Certaines obligations vont ainsi tomber dans l’escarcelle de BNP Paribas, d’autres ont été reprises par l’Etat néerlandais, d’autres encore sont restées dans le giron du holding. Avec pour conséquence que toutes ces obligations ne présentent plus le même profil de risque, selon la solidité financière du repreneur. Voici le bilan qu’on peut tirer, pour le moment, de la situation.

Fortis Banque et ses filiales 
· Fortis Banque et ses filiales devraient normalement bientôt faire partie du groupe BNP Paribas. Les émissions obligataires de Fortis Banque et de ses filiales (cf. infra) dépendront à ce moment-là de la solidité financière du groupe français qui deviendra in fine dernier garant de cette dette. C’est plutôt une bonne nouvelle pour le paiement des intérêts et le remboursement du capital à l’échéance car BNP Paribas bénéficie d’une position financière des plus solides dans le monde bancaire. Par ailleurs, l’Etat belge restera un actionnaire de référence de Fortis Banque Belgique, à hauteur de 25 %, l’Etat luxembourgeois étant appelé à conserver 33 % de Fortis Banque Luxembourg. 
· Outre Fortis Banque, on trouve parmi les filiales qui ont émis régulièrement des obligations les noms de Fortis Luxembourg Finance, Genfinance Luxembourg, Fortis Banque Luxembourg et Fortis Lux Finance. Compte tenu du nouveau profil de risque, favorable, qui est devenu le leur suite aux opérations de cession, ces obligations cotent actuellement autour de leur prix d’émission et nous ne voyons pas de raison de vous en séparer dans une précipitation irraisonnée. Vous pouvez les conserver.

Fortis Bank Nederland 
Fortis Bank Nederland a été rachetée, jusqu’à nouvel ordre, par le gouvernement néerlandais. Les emprunts émis par cette entité du groupe jouissent donc de fait d’une garantie d’Etat, la crème des crèmes en matière de sécurité pour un investisseur obligataire, du moins s’il s’agit d’un Etat comme les Pays-Bas. Le paiement des coupons et le remboursement du capital ne sont dès lors pas non plus menacés. Vous pouvez conserver ces obligations.

Fortis Holding 
Les obligations émises par Fortis Finance et Fortis Hybrid Financing (obligations perpétuelles) sont restées dans le giron de Fortis Holding. Fortis Holding est ce qui reste de Fortis après la cession de l’essentiel des activités à BNP Paribas et à l’Etat néerlandais. La composition du holding, lors de la cession des actifs, était ventilée comme suit :
– les activités d’assurances internationales dont on peut estimer la valeur à 1,5 milliard d'euros ; 
– une trésorerie de 10,5 milliards d’euros ;
– des dettes obligataires de 9,4 milliards d’euros ;
– un portefeuille de crédits structurés (essentiellement des actifs dits toxiques) qui avait au 30/09/2008 une valeur estimée à 6,86 milliards d’euros. 
Ces chiffres portent à penser que le cash disponible au sein de Fortis Holding est actuellement suffisant pour couvrir les dettes obligataires. Il n’empêche que l’évolution future du Holding continue encore de poser beaucoup de questions auprès des investisseurs et que le risque lié aux obligations émises par Fortis Finance et Fortis Hybrid Financing s’est accru par rapport à ce qu’il était (perçu) avant l’automne. Les agences de notation estiment ainsi que ces émetteurs ne peuvent désormais plus se prévaloir de la même solidité financière qu’auparavant, sans pour autant considérer qu’il y ait une trop forte probabilité d’un défaut de paiement.

Fortis Finance
Le risque lié à l’émetteur s’étant accru, les obligations émises par Fortis Finance ne présentent aujourd’hui plus le même profil de risque qu’auparavant. Aussi l’investisseur à la recherche de placements très sûrs devra-t-il reconsidérer ses placements dans ses obligations. Nous nous sommes renseignés auprès de Fortis afin d’avoir une idée du prix auquel ces obligations pourraient être revendues aujourd’hui. Fortis a toutefois refusé de répondre à notre question, arguant que les cours fluctuaient beaucoup d’un jour à l’autre. Nous ne nions pas ce fait, néanmoins nous estimons que Fortis aurait dû au moins nous fournir une fourchette de prix dans laquelle fluctuaient les obligations, leur prix reflétant après tout le sentiment des investisseurs quant à la probabilité que l’émetteur ne puisse pas honorer ses engagements. C’est donc vers le marché que nous avons dû nous tourner pour obtenir des indications sur les prix pratiqués. Il apparaît que la plupart des obligations affichent un prix tournant autour de 95 %, quelques-unes entre 85 et 90 %. Malgré un risque accru, il ne semble donc pas qu’il existe pour le moment un risque élevé de défaut de l’émetteur. Néanmoins, nous conseillerions par mesure de prudence aux personnes allergiques à toute forme de risque de revendre ces obligations, quitte à acter une légère perte. Rendez-vous pour cela dans votre agence et demandez au préalable à quel cours vous pouvez revendre votre emprunt. N’acceptez de vendre au cours qu’on vous propose qu’à condition qu’il tourne autour des montants précités.

Fortis Hybrid Financing
Si nous parlons de cet émetteur, peu connu du grand public, c’est parce qu’il a émis en mai dernier une obligation perpétuelle à destination des particuliers, dont nous avons d’ailleurs touché un mot. Cette obligation (code ISIN : XS0362491291) assortie d’un coupon de 8 %, est subordonnée (en cas de problème, les détenteurs seront remboursés après les autres créanciers) et la date de remboursement n’est pas connue. En théorie, le capital pourrait n’être jamais remboursé. L’émetteur se réserve toutefois la possibilité de rembourser cet emprunt, à son gré, à partir de la sixième année. Ce qu’il fera si c’est avantageux pour lui. La charge d’intérêts liée à cette émission (8 %) pourrait en effet l’inciter à rembourser dès que des conditions plus favorables de financement se présenteront. Cette obligation, de par le fait qu’elle est perpétuelle et subordonnée, présente un degré de risque supplémentaire. Sur Euronext, les dernières transactions effectuées sur ces obligations l’ont été à un cours voisin de 60 %. Un prix particulièrement faible qui reflète les incertitudes qui subsistent. Néanmoins, à ce prix, nous ne cèderions pas. Il faut en effet savoir que les coupons et le remboursement du capital sont pris en charge par Fortis Banque Belgique et Fortis Insurance Belgique (groupe BNP Paribas). L’émetteur a en effet reprêté les fonds à cette entité, qui dispose d’une meilleure solidité financière. Il est néanmoins prévu que le paiement des coupons puisse être raboté ou postposé au cas où l’émetteur (Fortis Holding dans ce cas-ci) serait contraint par les autorités financières d’améliorer sa solvabilité financière. Une mesure de régulation qui s’applique spécifiquement aux banques et qui est destinée à protéger les avoirs de la clientèle bancaire. Mais Fortis Holding n’étant plus une banque à proprement parler, cette mesure de régulation ne lui sera sans doute jamais appliquée. Le paiement des coupons n’est donc pas menacé dans l’immédiat. Finalement, si le cours de l’obligation est bas, c’est d’abord à cause de la méfiance généralisée autour des placements complexes proposés par les banques, c’est ensuite parce que le devenir de Fortis Holding présente encore de nombreuses incertitudes. En conservant, vous devez en être conscient.

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