Analyse
Télécoms et haute technologie via des sicav ? il y a 20 ans - jeudi 15 janvier 1998

Télécoms et haute technologie via des sicav?

Ces deux secteurs présentent, chacun le sait, de prometteuses perspectives d'avenir. Mais à notre avis les sicav ne sont pas le moyen le mieux adapté pour être de la partie.

 

Début décembre, mon gérant d'agence de la CGER m'a conseillé d'acheter des parts d'ES-Invest Telecom Europe, une nouvelle sicav spécialisée dans les actions de sociétés européennes actives dans des secteurs d'avenir, à savoir les télécommunications, les médias et les hautes technologies qui y sont liées. Cette sicav est-elle vraiment intéressante?

 

On nous pose souvent ce genre de question. A côté de la CGER, la BBL, le Crédit Communal, la Générale de Banque, la Kredietbank et Paribas ont lancé récemment des sicav spécialisées dans les actions de sociétés actives dans les télécoms et/ou le secteur des hautes technologies (voir tableau p. 10). Voici ce que nous en pensons.

Télécoms, technologie, oui...

Il est exact que les sociétés actives dans ces secteurs offrent en général d'énormes perspectives d'avenir. Même si le marché des télécoms a progressé à la vitesse vv' ces dix ou quinze dernières années, les deux-tiers de la population mondiale doivent toujours se déplacer pour gagner le poste téléphonique le plus proche. On s'attend donc à voir ce marché (qui représente déjà un chiffre d'affaires annuel de ± 600 milliards USD) doubler de volume dans les dix ans à venir. L'informatique aussi recèle encore un potentiel énorme. En ce moment, 3 % seulement de la population mondiale ont accès à l'ordinateur. Chaque année, 20 % à 35 % des équipements en place doivent être remplacés tant la technologie progresse vite. Et nous n'avons encore rien dit du potentiel considérable que présente le développement déjà spectaculaire du réseau mondial Internet...

 

...mais pas via une sicav...

A notre avis, les sicav ne constituent pas le moyen le plus adéquat pour tabler sur le potentiel de ces secteurs.

• Certes, la diversification sur un grand nombre d'actions réduit le risque (plus élevé dans ces secteurs), mais en même temps elle prive l'investisseur d'une partie de son bénéfice. Même si les gestionnaires de ces sicav pratiquent une bonne sélection, leur portefeuille comprendra immanquablement l'une ou l'autre action moins performante. C'est vrai sans doute pour toutes les sicav et tous les secteurs, mais dans ce cas-ci c'est encore davantage le cas.

• En effet, ces secteurs sont encore en plein mouvement. En Europe par exemple, où le secteur des télécoms est libéralisé depuis le 1er janvier dernier, la concurrence est de plus en plus vive et elle va encore s'accentuer. Dans la région flamande, Belgacom est d'ores et déjà confrontée à un nouveau concurrent, Telenet. Par ailleurs, la technologie continue à évoluer très, très vite. On peut aujourd'hui téléphoner ou faxer via Internet à des prix cassés, ce qui ne manquera pas de peser sur les marges bénéficiaires jusqu'ici très confortables des appels à longue distance. Internet oblige aussi les sociétés d'informatique à revoir leurs habitudes, notamment leur gamme de produits et de services. Toutes ne pourront relever avec succès les défis que cela implique. Il y aura des perdants, c'est sûr...

• Procéder à une sélection des actions est donc de toute première importance dans ces secteurs. A notre avis, il est préférable de spéculer sur le potentiel qu'ils recèlent en procédant à une sélection individuelle et limitée. Nos collègues de Budget Hebdo, la lettre hebdomadaire de placement qu'édite Test-Achats, conseillent en ce moment la société espagnole Telefonica dans le secteur des télécoms et dans le secteur de l'informatique le fabricant allemand de logiciels SAP, IBM et Intel.

 

...et moins encore avec une sicav à cliquet

La Kredietbank propose quatre sicav permettant d'investir sans risque dans les secteurs des télécoms et de l'informatique: KB Equisafe Telecom 1 et 2, KB Equisafe Computer Technology Invest 1 et 2. Toutes ces sicav sont à durée fixe (entre 6 et 7 ans) et l'investisseur a la garantie de récupérer sa mise à l'échéance. Le rendement est lié à celui d'un panier d'actions de sociétés actives dans ces secteurs. A notre avis, ce n'est pas intéressant non plus. Investir dans de telles sicav vous lie, pour toute la durée prévue, au même groupe d'actions alors que ces secteurs, on l'a dit, sont encore en plein mouvement et que rien n'indique que les cartes ne seront pas distribuées demain de manière tout à fait différente d'aujourd'hui.

 

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