Analyse
Le secteur automobile dans une mauvaise passe il y a 15 ans - lundi 17 décembre 2001

LE SECTEUR AUTOMOBILE DANS UNE MAUVAISE PASSE

La restructuration que vient d’annoncer Fiat (voyez p. 6-8) fait suite aux restructurations lancées ces derniers mois par Ford et Opel. Le secteur automobile serait-il malade ?

Effet ciseaux en 2002 ?

Pour l'ensemble du secteur automobile, l'année 2001 aura été une année stable. En dix mois, le nombre d'immatriculations a en effet augmenté de 0,2 % par rapport à 2000. Un chiffre qu'il faut toutefois nuancer, car sans l’aide du secteur de la location, c'est probablement d'une baisse qu'il se serait agi. L'an 2002 devrait être beaucoup plus difficile pour le marché européen de l’automobile. La morosité économique aidant, nous tablons sur un recul du marché d’environ 4 %. Les pressions baissières sur le chiffre d’affaires vont s’accroître, obligeant les constructeurs à multiplier les ristournes et les offres de crédit gratuit, sous peine de voir leur parts de marché reculer. Cet effet "ciseaux" (correspondant à une baisse de l’activité et une hausse des coûts) a pour conséquence de réduire la rentabilité de la plupart des constructeurs. Les groupes les plus touchés sont les généralistes qui ne sont pas parvenus à se démarquer de la concurrence, par une gamme séduisante à l’image de BMW (immatriculations en hausse de 7,1 % en Europe sur dix mois) ou un leadership particulier à l'image de Peugeot (+ 11 %) dans la motorisation diesel.

Une situation financière difficile

Aux prises avec la dégradation de la rentabilité opérationnelle et tenus de poursuivre les investissements à long terme dans de nouveaux modèles, les constructeurs automobiles voient leurs dettes augmenter, d’autant plus que la situation économique rend difficile le désinvestissement à bon prix de certaines activités. Pour certains, l’endettement devient même problématique. Ainsi, le bénéfice opérationnel de Fiat en 2001, que nous estimons à 520 millions d'euros, ne couvrira pas les frais financiers, de l'ordre de 1 milliard d'euros. L'année 2002 s’annonce d'ores et déjà à haut risque si la conjoncture ne se redresse pas. L’endettement pourrait devenir préoccupant chez Renault qui, malgré une baisse de sa rentabilité, va bientôt augmenter sa participation dans sa filiale Nissan à hauteur de 2 milliards d'euros. Nous sommes plus sereins concernant Volkswagen qui dispose encore d’un important potentiel de baisse des coûts. Mais ici aussi, les coûteux plans d’investissements doivent être surveillés.

Conclusion

L’environnement est à l’évidence difficile pour le secteur automobile. Les marges bénéficiaires sont sous pression avant une possible amélioration en 2003. D’ici là, des résultats décevants ne sont pas à exclure. A cet égard, Renault retiendra toute notre attention. De nouvelles restructurations à l'image de Fiat pourraient aussi être annoncées, mais la plupart des groupes étant dans une meilleure position que le constructeur italien, nous ne nous attendons pas à des restructurations d'une telle gravité. Parmi les constructeurs automobiles, notre seul conseil d’achat porte sur Volkswagen, mais vous pouvez conserver Fiat, Renault, General Motors et DaimlerChrysler .

EVOLUTION DU MARCHE AUTOMOBILE EN EUROPE (en %)

Les difficultés auxquelles est confronté le secteur automobile touchent également les constructeurs européens qui connaîtront une année 2002 probablement très difficile. Un redressement pourrait voir le jour en 2003, comme le montrent nos estimations.

 

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