Analyse
Profil : Le secteur brassicole il y a 16 ans - lundi 8 juillet 2002

Profil

LE SECTEUR BRASSICOLE

Depuis l’entrée en bourse d’Interbrew en novembre 2000, le marché de la bière continue sa consolidation et le classement des leaders évolue.

Acquérir des parts de marché

Malgré les efforts d’innovation (lancement de bières spéciales aromatisées, bouteilles design), on peut estimer que le marché mondial de la bière est mature. Sur les cinq dernières années, sa croissance moyenne a été limitée à 2,9 % en volume et à 0,3 % en valeur. Le marché lui-même n'assurant pas la croissance, les entreprises on dû trouver d'autres outils, notamment pour réduire les coûts de production et de distribution. C'est ainsi que se poursuivent les rachats de brasseries familiales, lancés dans les années 80 par Heineken et dans les années 90 par Interbrew. Les brasseurs qui ont une part de marché trop faible sont en effet peu rentables. L'exemple de Carlsberg au Royaume-Uni est parlant : Bass et Whitbread lui ayant finalement échappé, sa part de marché s'y limite à 12 %, de sorte qu'il doit se contenter pour ce pays d'une marge bénéficiaire de 3 %. La dernière grosse opération concerne le sud-africain SAB, qui vient d’initier une fusion avec l'américain Miller (filiale de Philip Morris) pour pénétrer le marché américain et réduire son exposition au rand, la devise sud-africaine. SAB-Miller deviendra ainsi le deuxième brasseur mondial derrière Anheuser-Busch (USA), dont l’avance se réduit et devant Heineken, Interbrew et Ambev (Brésil). Actuellement le top 5 des brasseurs globalise un peu plus de 34 % du marché mondial. Dans les spiritueux, les cinq plus grands ne rassemblent que 20 %, mais dans les soft-drinks, le chiffre atteint 80 %. Les brasseurs ont donc encore de la marge pour accroître leur taille.

Optimaliser la distribution

Au-delà d’une volonté de croissance et d’économie, toute acquisition se fonde sur la recherche d'un réseau de distribution de bières bien implantées localement. Par la suite, on peut toujours élargir la gamme par des premiums (bières spéciales) aux marges bénéficiaires supérieures. Ainsi, par exemple, le rachat partiel de l’activité de Bass aura permis à Interbrew d’entrer sur le marché écossais et d’y introduire enfin la Stella comme premium, déjà vendue avec succès en Angleterre. Un réseau vaste offre de beaux avantages : barrière à tout nouveau concurrent et plus de poids dans la fixation des prix. Enfin, la bière représentant sur le marché des boissons alcoolisées 75 % des volumes mais seulement 47 % en valeur, l'efficacité et le coût du réseau de distribution sont des facteurs déterminants.

Conquérir les régions de l'Est

Les investissements consentis pour accroître les parts de marché ou le réseau de distribution n’ont pas partout le même potentiel. En Europe de l’Ouest, la consommation moyenne de bière par habitant décline : de 82,5 litres en 1980 à 77,6 litres l’an passé, suite notamment aux nombreuses campagnes contre l’abus d’alcool. Le marché de l’Amérique du Sud n'offre également que des perspectives médiocres. Il est largement dominé par le brésilien Ambev et la consommation y est en déclin. Aux Etats-Unis, en revanche, la faible progression en volume est compensée par le succès, auprès des «Babyboomers» âgés de 38 à 52 ans, des light et des premiums d’importation, aux marges avantageuses. L’Europe de l’Est offre aussi des perspectives, d’autant que la bière remplace progressivement la vodka chez les jeunes. Enfin, l'Asie a aussi ses chances : la région est peuplée et le marché limité à un grand nombre de petits brasseurs produisant une bière à bas prix, de mauvaise qualité. Même si les risques politiques et économiques sont plus importants dans ces deux régions émergentes, les brasseurs font la course pour y réinvestir une partie des bénéfices engrangés ailleurs. Déjà présent en Corée du Sud avec une participation majoritaire dans le deuxième brasseur du pays, Interbrew souhaite être partie prenante dans la dénationalisation d’une brasserie chinoise. Carslberg, pour sa part, vient d'annoncer avoir acquis 59 % d’une brasserie bulgare, après avoir renforcé fin mai sa position en Croatie. Dans ces pays, on constate que la croissance du PIB (produit intérieur brut; ensemble des biens et services produits sur une année) s'accompagne notamment d'une croissance de la consommation de bière.

EVOLUTION DE HEINEKEN ET INTERBREW (gras; base 100)

Après une évolution parallèle des deux groupes ces derniers mois et malgré la risque d'Interbrew lié à ses acquisitions, le belge garde le meilleur potentiel.

Quel brasseur choisir ?

Interbrew a un profil de risque relativement élevé, de par ses acquisitions britanniques et allemandes. Il les a payé cher de sorte que son bilan révèle un goodwill (voir "Entre Nous ", p.16). Si les synergies visées par ces acquisitions ne devaient pas être atteintes, leur rentabilité pourrait poser problème. Mais le groupe offre malgré tout, selon nous, les meilleures perspectives à long terme. Il est implanté de façon équilibrée : résultat opérationnel avant amortissement en 2001 réparti pour 36 % en Europe de l’Ouest, 35 % en Amérique du Nord et 28 % dans les pays émergents. De plus, grâce à sa gamme très diversifiée de bières spéciales, il saura mieux que quiconque exploiter le segment premium en Europe et aux USA. Heineken, en revanche, semble en panne de relais de croissance. Les 2/3 de ses profits proviennent de l'Europe de l’Ouest. Et ses efforts en Amérique du Sud semblent, depuis le mois passé, réduits à néant : les 2 leaders de la région ont signé un accord, de sorte que les participations minoritaires de Heineken au Brésil et en Argentine pourraient se révéler marginales et sans intérêt.

Nous conseillons donc Interbrew (30,23 EUR, correct) pour un achat à long terme. Nous n’achetons toujours pas Heineken (43,21EUR, chère).

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