Analyse
Sous la loupe il y a 13 ans - lundi 12 janvier 2004

SOUS LA LOUPE

L’AUTOMOBILE EN EUROPE

Le Salon de Bruxelles ouvre ses portes dans un climat économique qui reste morose pour l’Europe. Si le plus difficile semble passé, si des hausses de cours anticipent un retour à meilleure fortune en 2005 et si le potentiel n’est certes pas épuisé, on n’est jamais à l’abri d’une rechute. Dès lors, seuls les constructeurs qui renouvellent ou étendent leur gamme méritent nos faveurs.

2004 : reprise graduelle

En 2003, sur les 11 premiers mois, le marché automobile européen a baissé de 1,3 % (de 3,8 % en Belgique). L’année qui débute devrait être mieux orientée, grâce à une reprise de la consommation et au lancement de nouveaux modèles. Toutefois, l’évolution des récents indicateurs économiques (faible croissance, chômage qui reste élevé, euro fort face au dollar) nous incite à tabler pour 2004 sur un scénario de reprise graduelle du marché : nous prévoyons une croissance d’environ 1 %. Pour 2005 et 2006, nous comptons sur une croissance plus vigoureuse (d’environ 2 %).

En outre, la tendance actuelle dans la construction de voitures est d’utiliser de plus en plus de composants identiques dans une même gamme. Un autre aspect est la concentration du secteur aux mains de quelques grands constructeurs. Deux phénomènes qui ont favorisé la naissance d’une guerre des prix en Europe. Considérant nos prévisions pour 2004, force est de constater que la croissance sera insuffisante pour mettre fin à cette guerre des prix.

Les stratégies gagnantes

· Si la reprise du secteur se concrétise ces prochains mois, ce sont les constructeurs qui lanceront de nouveaux modèles qui gagneront des parts de marché et amélioreront leur rentabilité.

· En outre, la tendance à un accroissement des parts de marché du diesel en Europe perdurera les prochaines années. En 1990, 14 % (33 % en Belgique) des voitures neuves étaient des diesels ; en 2003, ce taux était d’environ 43 % (65 % en Belgique). Les constructeurs mieux positionnés sur le diesel ont donc plus de chances de se démarquer. Toutefois, la progression pourrait être ralentie par des mesures plus strictes en matière d’environnement : hausse des prix des véhicules diesel (touchant surtout les petits modèles) et taxes dans certains pays.

· Pour le plus long terme, sans doute seules de réelles innovations assureront-elles la rentabilité. Des innovations dans le concept (voitures multiusages), dans le design, dans les modes (néo-rétro, 4X4…) et dans les technologies (véhicules « verts »).

Les nominés

· En ce qui concerne le renouvellement de la gamme, en 2004 et 2005, Renault, avec sa famille Mégane (presque la moitié du bénéfice opérationnel +) et Volkswagen avec sa nouvelle Golf (15 % des revenus) mèneront normalement la course.

Mais c’est BMW qui se montre le plus audacieux avec le renouvellement en profondeur de son offre : en misant sur ses atouts (image, fiabilité, sportivité), il propose de nouvelles niches, pour séduire de nouveaux clients.

· Dans la course sur le marché du diesel, Peugeot, n°1 en Europe, garde une longueur d’avance sur ses concurrents et vise le leadership mondial d’ici 2006, comptant pour cela sur son partenariat avec l’américain Ford.

Quant à VW, il n’est pas en reste puisqu’il réalise plus de 50 % de ses ventes en diesel et propose une palette élargie de moteurs diesel sur la Golf V. Les constructeurs Fiat et Opel (groupe General Motors) sont moins bien positionnés.

La force de l’euro sape les bilans !

Au rythme de sa progression, l’euro pèse sur les comptes des constructeurs européens les plus exportateurs. Un manque à gagner de 1,5 milliards d’euros en 2003 est évoqué pour VW, le plus exposé de tous. Certes, des politiques de couverture ont été mises en place, mais sans doute en misant sur un niveau de l’euro dépassé à l’heure actuelle, de sorte que leur effet est réduit. BMW et DaimlerChrysler possédant des usines aux USA, ils sont moins exposés. Quant à Peugeot, c’est la hausse de l’euro contre la livre qui le fragilise. Au total, la hausse de l’euro est à l’origine d’une réduction du profit opérationnel de Peugeot de plus de 20 % en 2003.

Nos conseils

Nos avis sont basés sur le rapport prix/risque/croissance des profits.

· BMW (35,05 EUR, **) devrait bien tirer son épingle du jeu en 2004/2005 grâce à l’expansion de sa gamme dont l’effet jouera à plein en 2005, grâce à la nouvelle X3 (tout-terrain) et à la S1 (« petite » BMW). En outre, BMW peut s’enorgueillir d’une forte solidité financière. Action peu risquée. Achetez.

· Volkswagen VZ (26,90 EUR, bon marché, ***) pourra compter sur une meilleure gamme (Golf V en 2004 malgré un début laborieux et Passat en 2005) et le rebond attendu du marché allemand. La baisse annoncée de ses investissements favorisera les comptes de 2005, mais de plus gros efforts de réductions de coûts restent indispensables. Le titre étant bon marché, achetez.

·  DaimlerChrysler (36,10 EUR, correcte, ***) devrait connaître pour sa filiale américaine Chrysler un retour aux bénéfices en 2004, grâce aux baisses de coûts. Mais la croissance du groupe à moyen terme est toujours mise en doute. Conservez.

· Fiat (5,75 EUR, correcte, ****) paie depuis longtemps ses errements stratégiques et espère recueillir cette année le fruit de son plan de redressement. Mais les incertitudes qui l’entourent (doutes quant au succès de la gamme, restructuration de l’outil) incitent à une grande prudence. Conservez.

· Peugeot (40,75 EUR, correcte, **) cumule deux handicaps : les modèles lancés en 2004 semblent moins porteurs que ceux des années précédentes et le groupe est fortement exposé (pour 11% des ventes) au marché anglais sur lequel une baisse est prévue. N’achetez pas.

· Renault (54,20 EUR, correcte, ****) bénéficie de la contribution de Nissan (supérieure aux attentes) et de la nouvelle gamme Mégane (marges supérieures à celles des précédentes versions). Le groupe doit maintenant extraire des synergies avec Nissan. Après la forte hausse du cours ces derniers 9 mois, restez à l’écart.

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