Analyse
Google il y a 13 ans - lundi 23 août 2004
Une image blanche et bleue, ancrée sur nos écrans, un moteur de recherche gratuit, incontournable pour bien des internautes.

Introduction en bourse de Google

Ce 19/08, l’action Google s’offrait au monde par l’ouverture de sa cotation sur le Nasdaq. Et depuis l’éclatement de la bulle technologique du tournant du siècle, plus aucune entrée en Bourse d’une valeur Internet n'avait suscité un tel intérêt. Introduite à 85 USD, elle clôturait à 108,31 USD le vendredi 20/08/04, soit au plus bas de la fourchette de 108 à 135 USD initialement avancée. Pourtant, même à ce prix, la valorisation nous semble encore toujours trop ambitieuse.
Nous ne sommes dès lors pas acheteurs de cette action.

Le turbo économique
En 1998, deux individus donnent naissance à un moteur de recherche et le baptisent Google, loin alors d’imaginer que quelques années plus tard, leur bébé s’imposerait comme LA référence de la recherche sur Internet : plus de 200 millions de requêtes chaque jour à travers le monde !
Fin mars 2004, Google occupait 40,9 % de parts de marché aux USA, loin devant ses concurrents Yahoo! (27,4 %) et Microsoft (19,6 %). Un leadership qui fait la preuve de la pertinence des résultats de ses requêtes. Tout comme d’ailleurs la fidélité des internautes à Google : 66 % d’entre eux l’utilisent en exclusivité (contre 55 % pour Yahoo!).
Côté revenus, Google génère l’essentiel par la vente de liens privilégiés. Mais ces liens ne sont pas déversés dans le chaos : ils ne s’affichent qu’en fonction des mots-clés encodés. Quant à l’annonceur, il ne paie qu’après un «click» effectif. Une manière ciblée de toucher le consommateur qui a propulsé Google vers un succès fulgurant : son chiffre d’affaires est passé de 220 000 dollars en 1999 à 1,5 milliards de dollars l’an dernier ! Et contrairement à la plupart des start-up Internet, Google fut bénéficiaire 3 ans à peine après sa naissance.

De sérieux défis
Néanmoins, au 2ème trimestre 2004, un ralentissement de la croissance du chiffre d’affaires a été constaté.
En cause, une offensive du 1er site portail au monde : Yahoo!. Alors qu’il avait pris une licence sur la technologie de Google, il propose à présent son moteur propre, comparable en qualité à celui de Google. Par ailleurs, Yahoo détient des fiches d’information sur 141 millions d’usagers, un atout majeur pour cibler sa publicité en ligne, selon la localité, les goûts individuels, etc.
Autre dangereux adversaire : le titan Microsoft. Le 1er juillet, il lançait sur son site portail MSN une nouvelle version de son moteur de recherche. Depuis, il ne se passe pas une semaine sans que ne fuse une annonce quant à ses futures possibilités techniques ! Le but ultime : un logiciel de recherche en interaction avec le prochain système d’exploitation Microsoft (lancement prévu début 2006). Google se trouve donc menacé par le terrible déboire que connut Netscape il y a quelques années, lorsque Microsoft raya de la carte ce navigateur Internet en intégrant Internet Explorer à son système d’exploitation.
Face à ces écueils, Google n’a d'autre choix que de multiplier ses sources de revenus. Tout en restant fidèle aux liens sponsorisés, il diversifie son offre dans les services : courriers électroniques, discussion en ligne, etc. Leur succès est toutefois loin d’être assuré car Yahoo! et Microsoft proposent déjà des services similaires.

Des faux pas
La concurrence n’est pas la seule menace pour Google. Son avenir boursier se trouve aussi assombri par des erreurs intestines.
D’abord, l’introduction en Bourse a donné naissance à deux types d’actions. Les premières (classe A), vendues au public, confèrent un droit de vote unique par titre. Celles de classe B en revanche, réservées aux actionnaires historiques, renferment 10 droits de vote ! Une politique déplorable qui laisse le contrôle du capital aux mains des fondateurs. Les droits des actionnaires minoritaires sur le capital qu’ils investissent sont ainsi bafoués et, en cas d’offre hostile sur la société, il y a fort à parier que les fondateurs imposeraient leur veto, de sorte que les actionnaires seraient privés de la prime sur le cours, qu’on peut normalement attendre d’une telle opération.
De plus, Google, qui récolte par son entrée en Bourse la bagatelle de 1,17 milliard de dollars, n’a présenté aucun plan précis quant à l’usage de ces fonds. Provisoirement, ils seront parqués dans des placements de trésorerie…. Est-ce là ce qu’attend un investisseur d’un placement en Bourse, non dénué de risque ? En outre, la direction pourrait être tentée d’utiliser ce trésor pour acheter n’importe quelle société, à n’importe quel prix.
Quelle est dès lors la vraie raison de cette levée de fonds ? Car fondamentalement, la situation financière du groupe n’en a pas besoin, même compte tenu des investissements à réaliser. Peut-être les fondateurs et d’autres gros investisseurs, déjà présents dans le capital de Google, ont-ils souhaité céder une partie de leur participation, pour prendre déjà leur profit sur le succès phénoménal de Google …
Enfin, la société a aussi fait part d’un risque d’importants ennuis judiciaires, pour avoir négligé d’enregistrer des millions d’actions et options émises à l’attention des (ex)-employés.

A l’écran, mais pas en portefeuille !
L’action Google ne sera pas intégrée à notre sélection, même si ses perspectives de croissance sont indéniables et même très fortes, au moins à court terme : après un bénéfice courant de 0,41 USD par action en 2003, nous tablons sur 1,20 USD en 2004 et 2,41 USD en 2005. Mais le cours actuel, quoiqu’au plus bas de la fourchette initiale, est trop élevé pour mériter un achat. Si les choses devaient changer, nous ne manquerions pas, bien sûr, de vous livrer une nouvelle analyse.

Dans l’attente, n’hésitez pas à profiter encore de vos fructueuses recherches sur Google, mais restez à l’écart de cette action.

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