Analyse
Deutsche Bank il y a 12 ans - lundi 25 avril 2005
Sous la loupe, la première banque allemande du secteur privé.

Cours au moment de l'analyse : 63,65 EUR

Après 3 années de restructuration, la première banque du secteur privé allemand fait preuve d'un nouveau dynamisme. Redressée, elle affiche de fortes ambitions et poursuit des stratégies agressives pour les réaliser. En outre, des rumeurs récurrentes évoquent un rachat par un groupe étranger. Achetez.

Un lourd et long redressement
Très exposée à l'activité de banque d'investissement, la Deutsche Bank (DB) a été touchée de plein fouet, de fin 2000 à 2003, par la chute des Bourses. Elle a vu son portefeuille d’investissements s'effondrer, tout comme le revenu de certaines activités (conseil pour  fusions & acquisitions, introductions en Bourse). Mais dès 2001, la banque a su prendre des mesures drastiques de réductions de coûts. Elle a notamment supprimé 33 000 emplois (plus de 33 % de l’effectif de fin 2000). Fin 2004, les coûts avaient reculé de 37 % par rapport à fin 2001 et les résultats dégagés s’avéraient excellents.

Activités de la Deutsche Bank en 2004 (Produit Net Bancaire)

Ne pas s’arrêter en si bon chemin
Les objectifs de DB sont clairs. Sur ses fonds propres (moyens mis à sa disposition par les actionnaires, excluant donc les dettes), elle vise une rentabilité d’au moins 25 % en 2005 (contre 17 % en 2004). Elle souhaite aussi retrouver sa place de numéro 1 de la zone euro pour son secteur en terme de capitalisation boursière. Quels moyens emploie-t-elle pour y parvenir ?

Réduire encore les coûts
DB a déjà pris, fin 2004, de nouvelles mesures pour dégager encore des économies (2,36 EUR par action en 2005, 2,17 EUR l’an dès 2006). La banque compte supprimer encore 1 920 emplois en Allemagne et 3 300 à l'étranger. Les charges liées à ces mesures ont déjà fait l’objet de provisions au 4ème trimestre 2004. DB pourrait néanmoins connaître à ce niveau quelques problèmes en Allemagne car une polémique y a surgi quant au fait que la banque continue de licencier alors qu’elle génère de colossaux profits. D'autre part, elle cherche toujours à réduire le nombre d’activités différentes au sein de ses divisions «banque d'investissement» et «gestion d'actifs», en en rapprochant certaines, ce qui devrait aussi générer des économies. En outre, en gestion d’actifs, elle délocalise et sous-traite à sa filiale DWS certaines tâches administratives etc. Enfin, DB poursuit la cession d'activités non rentables ou non stratégiques : elle s’est défaite de son gestionnaire de fortune américain Scudder Private Investment Counsel et étudie la cession de sa filiale anglaise de gestion d'actifs. Le plan est ambitieux et non sans embûches. Mais DB ayant jusqu’ici tenu ses promesses et fait preuve d'une volonté ferme, nous sommes confiants.

Accélérer les revenus
DB vise pour 2005 une hausse de 4 % du Produit Net Bancaire (revenu global, déduction faite d’une partie des frais de fonctionnement), contre 3,5 % en 2004. Pour y parvenir, elle compte sur les progrès des bourses, qui dynamiseront sa banque d'investissement et sa gestion d'actifs. Elle n'exclut pas des acquisitions ou des rapprochements ciblés aux USA ou en Asie (elle a déjà acquis 20 % de Harvest, 3ème gestionnaire d'actifs chinois). Mais elle compte surtout sur la banque de détail. DB souhaite que la contribution de cette division à son Produit Net Bancaire passe de 20 à 40 % (au détriment de la banque d'investissement) et rende ainsi ses profits moins sensibles à la conjoncture. Pour ce faire, elle cherche de nouveaux clients, par de nouvelles campagnes et en lançant de nouveaux produits. Elle vise aussi une acquisition en Allemagne (sans doute après juillet, date de la fin de la garantie d’Etat dont jouissent les banques publiques). Après ses tentatives échouées (Dresdner Bank en 2000, Postbank en 2004), nous gageons qu'elle réussira cette fois, mais resterons attentifs aux conditions.

Mieux gérer les capitaux
Pour atteindre ses objectifs, DB dispose de fonds importants et d’un copieux portefeuille de participations, e.a. dans l'industrie allemande, dans lequel elle peut puiser si nécessaire. En consacrant une plus grande partie de fonds propres à la banque de détail, DB se montre plus prudente qu’avant. Prudence confirmée en outre par sa décision de restituer des liquidités aux actionnaires (dividendes, rachats d'actions).

Fusion ou indépendance ?DB est l'une des rares banques allemandes à être rentable mais avec par ailleurs un cours inférieur à la moyenne des banques européennes (graphique ci-dessous). Ceci fait d’elle une proie intéressante. Même si la chancellerie allemande se montre partisane d’une consolidation nationale, la rumeur de rachat par Citigroup persiste et celle d'un rapprochement avec le suisse UBS se fait récurrente. Nous n’attendons cependant rien à court terme.

DEUTSCHE BANK (gras; base 100) et SECTEUR BANCAIRE EUROPEEN

 

Encore du potentiel !
En 2004, grâce au redressement et au recul des provisions (risque de crédit), le bénéfice par action a doublé (5,02 EUR). Pour 2005, comptant sur la nouvelle dynamique dont jouit DB, nous tablons sur 5,71 EUR (+11 %).

Bénéfice en hausse, gratification des actionnaires, gestion dynamique mais tout en prudence, croissance externe en perspective : tant d’éléments qui stimuleront le cours. Action correctement évaluée mais qui vaut certes la peine d’être achetée.

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