Analyse
Le secteur bancaire sous la loupe. il y a 8 ans - lundi 29 juin 2009

Le secteur bancaire, donné pour mort il y a six mois à peine, a retrouvé des couleurs : en Europe, depuis le 9 mars, il a progressé en Bourse de 69 %. Gardez néanmoins la tête froide !

Le secteur bancaire, donné pour mort il y a six mois à peine, a retrouvé des couleurs : en Europe, depuis le 9 mars, il a progressé en Bourse de 69 %.
Gardez néanmoins la tête froide !
Certes, quelques nouvelles sont moins mauvaises que prévu. Mais des inquiétudes persistent et la plupart des titre du secteur ne sont pas bon marché. 
Nous ne conseillons l’achat d’aucun d’entre eux et profitons même des rebonds actuels pour vendre certains.

Les chiffres : méfiance !
Pour conseiller une action bancaire, il faudrait être confiant dans l’avenir de l’institution. On n’en est guère là !

USA : tests peu fiables
· Les tests de résistance organisés aux USA ne rassurent pas. Car si les résultats se disent satisfaisants et que les banques semblent avoir le capital nécessaire pour affronter une aggravation de la crise aggravée, la fiabilité est mise en doute (hypothèses de calcul retenues, négociations politiques).
· De plus, ces tests n’ont rien révélé de l’ampleur réelle des actifs encore à déprécier. Les hypothèses utilisées sont telles que seules des estimations sont disponibles, avec une fourchette de 500 à 2 000 milliards de dollars !

Europe : chiffres effrayants
En Europe, des tests sont aussi menés mais résultats et hypothèses ne sont pas publiés. Et les motifs d’inquiétude persistent.
· En Allemagne, l’autorité de contrôle estime que la Commerzbank est exposée pour 100 milliards d’euros à des actifs pouvant perdre toute valeur.
·
En Suisse, la Banque nationale estime qu’en cas de récession profonde mais brève, UBS et Crédit Suisse devraient inscrire des provisions pour ±15 milliards de francs suisses supplémentaires.
· Avec de tels montants, les fonds propres des banques seraient insuffisants et les institutions tomberaient sous le contrôle des Etats, ce qui n’est pas à l’avantage des actionnaires.

Normes comptables : opaques
· Suite à la crise, les normes comptables ont subi de part et d’autre de l’Atlantique des modifications permettant aux banques d’atténuer fortement l’effet de la crise sur les comptes. Les banques ont la possibilité de requalifier un certain nombre d’actifs pour éviter de procéder aux dépréciations prévues par les normes IFRS.
Au 4e trimestre 2008, Deutsche Bank a reclassé pour 35 milliards d’euros, favorisant ainsi son profit de ±3,3 milliards.
Dexia a aussi reclassé des actifs pour 100 milliards et évité de retirer 1,3 milliard d’euros supplémentaires de ses fonds propres.
· Et ce n’est pas tout : en Europe, de nouvelles modifications sont prévues pour les instruments financiers liés aux dettes ! Avec ces règles de moins en moins contraignantes, les banques sont de moins en moins enclines à nettoyer leur bilan, en dépréciant les actifs concernés pour mettre les compteurs à zéro. Elles les gardent au bilan, tablant ainsi sur une reprise économique rapide et forte, qui permettrait aux actifs de reprendre de la valeur.
Un scénario très optimiste selon nous !

Les profits : menace
· La situation des banques d’investissements se stabilise en partie. C’est grâce aux taux d’intérêt (peu élevés pour le financement à court terme; élevés pour les placements à long terme) ainsi qu’à la baisse des dépréciations liées aux actifs non négociables. Rien n’indique cependant que cela va durer.
· La crise atteint la banque de détail. Même après la récession, la situation restera difficile, tant en Europe qu’aux USA. En Europe, la Banque centrale estime qu’en 2009 et 2010, les pertes supplémentaires (dues surtout à des défauts de remboursement de crédits) atteindront 283 milliards de dollars !
· Certaines banques européennes sont aussi menacées par les difficultés croissantes en Europe de l’Est. Avant la crise, la région assurait 10 % des revenus de la Société Générale et 30 % du bénéfice de la KBC. A présent, les institutions concernées pourraient devoir procéder à des amortissements de goodwill et réduire ainsi leurs résultats.

Les conseils: pas touche !
· Ces derniers mois, les cours des banques ont été poussés par l’espoir d’une sortie de crise et l’idée que les ménages supporteraient le choc. Certes, l’économie repart plus vite que prévu. Mais à un rythme trop lent pour éviter la hausse du chômage. Les défauts de remboursement de crédits grimperont encore ces prochains trimestres, menaçant ainsi le résultat des banques. Une menace que les cours actuels n’englobent pas assez et qui nous incite à ne pas relever nos prévisions de bénéfices pour 2009 et 2010.
· A plus long terme, les banques seront soumises à une régulation plus sévère et auront procédé à la cession de pans entiers d’activité. Elles ne seront dès lors plus capables d’afficher les mêmes rendements que par le passé. Nous ne relevons donc pas non plus notre prévision de croissance à long terme.

Nous maintenons notre niveau de risque à 4 ou 5 et ne conseillons l’achat d’aucune action bancaire.
Vendez Dexia, KBC, Deutsche Bank, UBS, Fortis, Aegon, Bank of America, Nordea.
Conservez les autres.

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