Analyse
Sous la loupe : le secteur de l'énergie il y a 8 ans - lundi 8 juin 2009

Ce n’est pas un scoop : sur le marché de l’énergie, la période est chahutée. Pourtant, pour un investisseur patient, le secteur renferme des opportunités. Mais ne foncez pas tête baissée.

Ce n’est pas un scoop : sur le marché de l’énergie, la période est chahutée. Pourtant, pour un investisseur patient, le secteur renferme des opportunités. Mais ne foncez pas tête baissée, car tous les acteurs ne se valent pas ! De plus, le secteur est fort influencé par les facteurs politiques. La sélectivité est donc de mise. Ne vous laissez pas séduire par les effets de mode et concentrez-vous bien sur l’évaluation des actions.

Profonds changements
· Ces dernières années, le secteur de l’énergie, substantiellement modifié, doit faire face à plusieurs défis :
- la rareté du pétrole et la tendance haussière de son prix;
- les facteurs géopolitiques qui interfèrent dans l’approvisionnement (ex. : les tensions régulières entre la Russie et l’Europe, les troubles au Moyen-Orient);
- les attentes des citoyens en matière environnementale (même les USA semblent se montrer plus soucieux de la lutte contre le réchauffement de la planète !).
· Pour répondre à ces défis, et puisqu’il est acquis que les prix des énergies traditionnelles (charbon, pétrole, gaz) sont appelés à progresser de nouveau, le secteur s’occupe activement de développer d’autres sources d’énergie : les énergies dites alternatives, comme l’énergie solaire,éolienne ou la biomasse, mais aussi l’énergie nucléaire qui, bien que controversée, pourrait s’affirmer à l’avenir. Avec l’engouement qu’elles génèrent, ces activités améliorent lentement leur rentabilité par le jeu des  économies d’échelle, par l’accroissement de l’attention de la communauté scientifique, puis de celle des investisseurs, qui s’y positionnent de plus en plus massivement.

Bons espoirs
Certes, la crise mondiale actuelle pèse sur la consommation d’énergie. Mais pour le plus long terme, la demande devrait toujours bénéficier de facteurs de soutien, tels que la progression démographique (demande d’éclairage, de chauffage…) et la poursuite de l’industrialisation des pays émergents. La crise passée, nous devrions assister à une reprise de la demande en énergie, et constater une fois de plus que l’ère de l’énergie bon marché appartient bel et bien au passé. Un environnement qui sera tout bénéfice pour les entreprises actives sur ces marchés.

Energies fossiles
Le pétrole et le charbon assurent encore 50 % de la production d’électricité dans le monde. Mais l’un étant de plus en plus rare et l’autre très polluant, leur avenir est menacé à long terme.

Le pétrole
· Signe visible de la crise économique : le prix du baril de pétrole a chuté de 76 % en l’espace de 6 mois. Actuellement, il est revenu à environ 67 USD. Si nous n’envisageons pas son retour vers 100 USD à court terme, nous tablons néanmoins sur une remontée ces prochaines années et prévoyons jusqu’à 75 USD en 2010.
Pourquoi ?
- Parce qu’il n’existe pas (encore) de substitut utilisable à grande échelle.
- Parce que la découverte de nouveaux gisements est difficile et onéreuse, ce qui limite l’offre.
- Parce que la crise contraint les pétroliers à modérer leurs dépenses dans la recherche, ce qui ne fera qu’encore affaiblir l’offre à moyen terme.
· Vos actions
Les acteurs du secteur pétrolier (souvent aussi actifs dans le gaz dont le prix est lié à celui du pétrole), souffrent certes de la baisse du prix du baril, suite à laquelle ils génèrent moins de liquidités. Mais ils restent riches des liquidités accumulées ces dernières années et dépensent peu, de sorte qu’ils devraient encore distribuer de beaux dividendes. Ainsi, le groupe BP, malgré un résultat en baisse, vient d’annoncer une hausse de 4 % de son dividende pour le 1er trimestre 2009 (en USD). Il offre ainsi un rendement sur dividende de 7,5 % brut. Nous prévoyons aussi un dividende en hausse chez Royal Dutch Shell et conseillons en outre aussi l’achat de Eni. Ces deux actions offrent un rendement sur dividende de près de 7 % brut.

Le charbon
· Le prix élevé du pétrole a suscité un nouvel intérêt pour le charbon. Le charbon est encore très abondant et très prisé en Asie pour la production d’électricité. Mais il est très polluant. Le défi est dès lors de développer des technologies permettant de rendre sa combustion moins polluante.
· Vos actions
- Le regain d’intérêt pour le charbon a été tout bénéfice pour les groupes miniers comme BHP Billiton et Rio Tinto, pour qui le charbon assure 20 % du chiffre d’affaires et plus de 30 % du résultat.
- L’entreprise américaine Headwaters commercialise une technologie capable de rendre le charbon moins polluant, offrant un potentiel de développement important. Mais nous ne conseillons pas encore d’acheter l’action car le groupe est très présent dans les matériaux de construction, un secteur en crise.

Energies alternatives
Les dangers  qui pèsent sur les énergies fossiles (pénuries, prix) renforcent l’intérêt pour les énergies alternatives.

Le vent
· L’énergie éolienne semble promise à un bel avenir (en complément à d’autres sources d’énergie). Certes, le secteur souffre de la crise : nombre de projets de parcs ont été stoppés, suite à la frilosité des investisseurs et aux difficultés de financement qui en ont découlé. Mais cet élément conjoncturel ne remet pas en cause le potentiel à long terme. Un vaste marché va donc s’ouvrir aux fabricants d’éoliennes.
· Vos actions
Le groupe danois Vestas Wind Systems semble bien positionné pour se tailler une belle part du gâteau (même si la crise le contraint à réduire ses coûts). Il est nunméro un de son secteur et a vu sa rentabilité fortement progresser ces cinq dernières années. Mais ses bonnes perspectives de croissance à long terme sont intégrées dans son cours.

Le soleil
· Moins développée que l’énergie éolienne, l’énergie solaire n’en présente pas moins un bon potentiel de croissance. Elle a notamment l’atout de nécessiter moins de surface (les panneaux solaires peuvent s’intégrer dans l’architecture d’un édifice).
Mais le principal obstacle à son essor est son prix. Car le rendement des cellules reste faible et l’industrie souffre d’une pénurie de silicium (matière première nécessaire à la fabrication de cellules). Le marché de l’énergie solaire reste donc tributaire des subsides des Etats. Dans certains pays, ils s’amenuisent (c’est le cas des pays qui ont été les premiers à promouvoir l’énergie solaire, comme p.ex. l’Espagne). Dans d’autres, ils s’intensifient (USA) ou se mettent en place (Portugal, Pays-Bas, Inde, Canada, Australie et récemment la Chine). Les subsides devraient continuer à porter ce marché, dont la croissance attendue d’ici 2012 est d’environ 50 % par an.
· Vos actions
La récente annonce du gouvernement chinois de subsidier le secteur de l’énergie solaire a littéralement fait envoler les cours des valeurs du secteur. Elles sont trop chères à notre goût.

L’uranium
· Le doute sur la disponibilité à long terme du pétrole et l’insuffisance actuelle des énergies alternatives remettent régulièrement sur le tapis le sujet de l’énergie nucléaire. Produite à partir d’uranium, elle présente divers avantages.
- L’uranium est relativement abondant et, au contraire du pétrole, essentiellement dans des zones politiquement stables (Canada, Australie, Afrique du Sud, USA).
- Le prix de l’uranium n’a qu’une influence limitée sur le coût total de l’électricité produite (à 75 USD par livre, il ne compte que pour 25 % du coût de l’énergie produite, alors que ce rapport est de 60 % pour l'électricité produite à l'aide du gaz).
- L’énergie nucléaire est peu concernée par le réchauffement climatique.
- L’énergie nucléaire assure une meilleure sécurité énergétique des pays.
Pas étonnant dès lors que de nombreux réacteurs soient actuellement en construction ou planifiés un peu partout dans le monde : la Chine en attend 37, la Russie 19, l’Inde 16, les USA 12…. soit 151 nouveaux réacteurs au total (actuellement, on en dénombr e436 en service). De quoi stimuler les profits de l’ensemble de la filière nucléaire (mines, équipements industriels, enrichissement…).
· Néanmoins, il est clair que le chemin est semé d’embûches : le caractère politique de la décision des Etats d’investir ou non dans le nucléaire, les grandes questions sur le danger du nucléaire, le haut degré de technologie des installations... Et si, au pire, un nouvel accident devait survenir, il remettrait sans doute en cause bien des projets, du moins dans les pays industrialisés. Enfin en plus des questions sur la sécurité des installations, reste à voir quel sort sera réservé aux déchets (ce qui pourrait faire grimper les coûts et rendre l’activité moins intéressante).
· Vos actions
A titre de diversification, les investisseurs acceptant un niveau de risque élevé peuvent se tourner vers ce secteur. Nous vous conseillons plutôt de vous tourner vers un tracker axé sur le secteur. Par exemple Market Vector Nuclear Energy ETF (ISIN : US57060U7046) qui suit l’indice Daxglobal Nuclear Energy Index (groupes miniers spécialisés sur l’uranium, équipements d’enrichissement, transport…). Ce tracker paie un dividende, mais est coté à New York et frappé de la double imposition (USA + Belgique). Alternative valable pour éviter tout précompte : ETFS WNA Global Nuclear Fund (ISIN : IE00B3C94706, code NUKE). Ce tracker cote sur Euronext Amsterdam et ne paie pas de dividende (il le capitalise).

Sur quel pied danser ?
· Certains estimant que les énergies renouvelables peuvent aider à sortir de la crise, les autorités multiplient les aides pour les encourager, promettant ainsi de créer emplois et croissance (en Chine : subside pour la production d’énergie solaire; aux USA, investissement de l’Etat dans la recherche et garantie de prêts pour les énergies renouvelables). Le montant que les Etats pourraient investir ces dix prochaines années dans l’aide aux énergies vertes pourrait atteindre 340 milliards de dollars. Certes, ce soutien public stimule la rentabilité des groupes du secteur, mais il est, par essence, très volatile. En outre, ces multiples annonces ont entraîné la formation en Bourse d’une bulle verte. Les investissements très à la mode sont rarement les plus rentables…

Pour l’heure, globalement, nous estimons que les valeurs du secteur de l’énergie renouvelable sont chères. Mais au fur et à mesure des opportunités, nous ne manquerons bien sûr pas de vous aiguiller vers des actions qui en valent la peine.
Dans l’attente, nous limitons nos conseils d’achat dans le secteur de l’énergie aux valeurs actives dans le pétrole ainsi que, à titre de diversification, à celles qui se consacrent à l’énergie nucléaire.

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