Analyse
Banque nationale de Belgique il y a 8 ans - lundi 28 septembre 2009

L’action Banque Nationale de Belgique est à nouveau sous les feux de la rampe. L’espoir d’une solution dans le litige avec les actionnaires minoritaires a enflammé le cours.

L’action Banque Nationale de Belgique est à nouveau sous les feux de la rampe. L’espoir d’une solution dans le litige avec les actionnaires minoritaires a enflammé le cours. Mais rien ne dit que cette solution est pour tout de suite. Les jugements ne sont prévus qu’en 2010. Dans l’attente, le cours vogue au gré des procédure en justice.

Si vous êtes actionnaire, attendez patiemment la suite des événements. L’imbroglio judiciaire pourrait encore stimuler le cours.

Les spéculateurs peuvent acheter.

Cas à part
En Bourse, la Banque Nationale de Belgique (BNB) est un cas particulier. La moitié de ses actions est aux mains de l’Etat. Le reste est en circulation dans le public. La BNB n’est pas une banque commerciale où tout un chacun peut déposer son épargne et emprunter de l’argent. C’est la banque centrale de Belgique, chargée par les autorités de tâches d’intérêt général, et préposée à la gestion de nos réserves monétaires (or et devises). La banque ne connaît donc aucun problème de liquidités ou de crédit et le risque de faillite et nul. Jusqu’ici, ses actionnaires privés ont bénéficié d’un dividende modeste (rendement de 1,5 à 2,5 % net), évoluant au rythme de l’inflation.

Rififi chez les actionnaires
Depuis plusieurs années, le torchon brûle entre les actionnaires privés et l’Etat belge. Les actionnaires contestent le fait que les fonds propres de l’institution passent petit à petit aux mains des autorités, qui s’octroient la plus grande part des revenus et des réserves (d’or) ainsi que des plus-values réalisées sur ces réserves. Aux assemblées générales, les discussions sont interminables et survoltées et le gouverneur est assailli de questions. Depuis 2002, diverses procédures en justice ont vu le jour. Elles émanent d’actionnaires minoritaires, emmenés par les cabinets spécialisés Deminor et Modrikamen. Jusqu’ici, elles restent sans grand résultat.

Dividende : nouvelle politique
En avril, pour apaiser les esprits, une nouvelle loi a été adoptée. Elle a permis de mettre en place, en juillet, une nouvelle politique de dividende et de gestion des réserves, liée au rendement des placements de la banque. Elle implique certes une moins bonne visibilité sur l’avenir du dividende, mais elle offre en retour un meilleur potentiel de hausse du rendement. Si nous appliquons p. ex. les nouvelles dispositions aux chiffres de 2008, pour une même gestion des réserves, le dividende 2008 aurait atteint au moins 81,75 EUR, au lieu des 56,25 EUR réellement payés. Et compte tenu de la croissance du portefeuille d’actifs financiers, le chiffre de 2009 devrait être meilleur encore. A première vue, la réforme semble donc à l’avantage de l’actionnaire. Si ce n’est qu’une grosse partie du bénéfice non distribué (à présent, 25 % seulement sont intégrés aux réserves, contre encore 69 % en 2008) passe aux mains de l’Etat, au lieu d’être reversée dans les réserves, qui reviennent normalement aux actionnaires. Le loi implique donc une expropriation encore plus flagrante des actionnaires privés, de sorte que Deminor prévoit une procédure en justice, pour la contester.

Solution en vue, malgré tout ?
Visiblement, ces derniers mois, quelques intéressés ont travaillé discrètement à une alternative. Elle prévoirait la scission de la BNB en deux : d’une part un holding privé coté en Bourse et d’autre part une Banque centrale publique. Les actionnaires échangeraient les titres BNB contre de nouvelles actions du holding, des actions dont la valeur intrinsèque serait d’au moins 7 300 EUR (ce qui correspond à la part des actionnaires dans le capital et les réserves de la BNB), augmentée, e.a., de plus-values sur les avoirs immobiliers et sur la participation de la BNB dans la banque de règlements internationaux (BRI). Il est probable que le cours de ce holding se comportera comme celui des autres holdings. Or, alors que la décote habituelle d’un holding fluctue entre 20 et 25 %, le cours de l’action BNB est de 55 à 60 % inférieur à sa valeur intrinsèque, et ce, sans tenir compte des réserves d’or et de devises. Les actionnaires privés verront donc vraisemblablement grimper le cours de leur nouvelle action. De plus, il n’est pas exclu que cette action soit intégrée au Bel-20. En ce qui concerne les réserves d’or, vivement contestées, dans le cas (improbable) d’une liquidation de la BNB, 50 % seraient, d’une manière ou d’une autre, intégrés au holding. Si la proposition est intéressante, elle nécessite encore des précisions. Et rien ne dit qu’elle n’échouera pas dans une impasse. Pour l’heure, la messe n’est pas dite, loin s’en faut.

Spéculer ou pas ?
Les prévisions de bénéfice 2009 pour l’actuelle BNB semblent bonnes (grâce aux gains que la crise et les prêts aux banques ont rapporté à la BNB et à la Banque centrale européenne, dont la BNB perçoit une partie du profit). Avec la décote actuelle de 55 à 60 %, l’action BNB est bon marché. Mais, depuis longtemps, de manière incompréhensible, le cours tient peu compte de la valeur intrinsèque (forte décote persistante) et évolue au gré des procès en cours et des rumeurs récurrentes d’une possible nationalisation (ou offre de reprise) de la banque. L’action est en soi peu risquée. Dans l’optique de nouvelles hausses de cours ces prochaines années, vous pouvez acheter.

Cours au moment de l'analyse : 3211 EUR

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