Analyse
Offres de rachat : le retour il y a 7 ans - lundi 19 octobre 2009

Si l’économie tourne au ralenti, la vie financière se ranime plus vite que prévu. Le marché des fusions et acquisitions, auquel on prédisait un long et profond coma il y a 3 mois à peine, montre des signes de reprise.

Si l’économie tourne au ralenti, la vie financière se ranime plus vite que prévu. Le marché des fusions et acquisitions, auquel on prédisait un long et profond coma il y a trois mois à peine, montre des signes de reprise. Les OPA sont donc de retour et ce n’est pas un hasard…

Environnement plus favorable
· Normalisation des marchés. Le retour de la confiance permet aux entreprises de s’intéresser à nouveau aux opportunités de croissance et la remontée des cours les incite à utiliser leurs propres titres comme monnaie d’échange. Kraft (27,03 USD; conservez), qui a fait offre sur Cadbury (787 p.; conservez), et Walt Disney (29,40 USD; conservez), qui s’est offert Marvel, proposent ainsi de payer une partie de l’achat avec leurs propres actions. Toutefois, les actionnaires de la cible étant aussi friands de liquidités, les acheteurs offrent également une partie en cash. La capacité d’emprunt d’un prédateur est ici centrale, même si le dégel des marchés permet aux banques de prêter à nouveau davantage.
· Moins de barrières. La pression des activistes et des pouvoirs publics ces dernières années a réduit les défenses anti-OPA dans nombre d’entreprises.
· Recul de la volatilité. Il est plus aisé d’établir la valeur des actifs ciblés dans un contexte de diminution de la volatilité des cours.

But stratégique
· Les entreprises ayant retrouvé un meilleur accès aux sources de financement, elles pensent à leur croissance. Or, avec une croissance économique qui s’annonce faible ces prochaines années, leur croissance interne risque d’être contenue. Résultat, elles se tournent vers les acquisitions pour tenter de gagner des parts de marché, d’augmenter leur chiffre d’affaires ou de combler un retard d’innovation. Une stratégie menée depuis longtemps par Omega Pharma (36,15 EUR; conservez) et appliquée également par le britannique Logica (130,60 p.; conservez), qui cherche à mieux répondre aux appels d’offre mondiaux, ou encore par son compatriote Sage (234,50 p.; achetez) qui cherche lui à étoffer son portefeuille de clients.
· La croissance externe peut aussi améliorer la rentabilité grâce aux économies d’échelle, aux nouveaux revenus et aux restructurations. C’est pourquoi Telefonica (18,81 EUR; conservez), soucieux de maximiser les synergies et de se renforcer sur un marché dynamique, a surenchéri sur l’offre que Vivendi (20,05 EUR; achetez) a lancée sur l’opérateur brésilien GVT.
· La croissance externe ne passe toutefois pas forcément par une OPA. Il existe d’autres pistes, parfois moins risquées : France Télécom (17,42 EUR; conservez) joue la prudence et préfère fusionner sa filiale mobile avec la filiale britannique de Deutsche Telekom (9,42 EUR; vendez). Les constructeurs auto Peugeot (23,51 EUR; vendez) et BMW (33,45 EUR; vendez) optent eux pour des partenariats ponctuels.

Encore des obstacles
· La remontée des Bourses est le signal qu’attendaient les sociétés pour se relancer dans la croissance externe, mais les cours ont atteint des niveaux tels que le fait d’offrir une prime lors de l’OPA (prix supérieur au cours) peut réduire de beaucoup l’intérêt de l’acquisition. Surtout si les économies et synergies ne sont pas au rendez-vous. En offrant une prime de 30 % pour Marvel, Walt Disney a ainsi handicapé son retour sur investissement. Quant au prix offert cet été par Canon (70 EUR) pour les 17 % d’Iris (46,73 EUR; conservez), il laisse aussi sceptique.
· Certains spécialistes des rachats d’entreprises, comme les fonds de private equity, en restent encore relativement absents. Toujours handicapés par leur dette, la plupart travailleront encore un temps en mode mineur. Des exceptions cependant : le belge GIMV (37,78 EUR; achetez), qui a investi récemment dans Alfacam, Made in Design, CapMan…, l’autre belge RH International, qui a racheté le gestionnaire de fortune Kleinwort Benson à Commerzbank, ou encore CVC, qui a racheté les actifs est-européens d’AB InBev (33,52 EUR; vendez).

Critère d’achat ?
Se jeter sur une action pour spéculer sur une OPA est toujours hasardeux. Car si de nombreux dossiers sont étudiés voire négociés, beaucoup n’aboutissent pas. Mais si un secteur globalement bon marché est dans une position qui laisse espérer des acquisitions, cela peut représenter un critère supplémentaire pour vous le conseiller dans son ensemble. C’est le cas du secteur pharmaceutique. Les grands groupes, riches et forcés de trouver des solutions face à la concurrence générique, aux baisses de prix exigées par les pouvoirs publics et à leur trop faible capacité d’innovation, pourraient ainsi se tourner vers de petits acteurs pour se recentrer sur des métiers spécifiques. Roche (162,30 CHF; conservez) et Pfizer (17,77 USD; achetez) ont déjà conclu des opérations majeures et Abbott (51,43 USD; achetez) s’est offert la division pharma du belge Solvay (72,42 EUR; vendez). Investissez dans le secteur à travers la sicav Fidelity Global Healthcare A (Deutsche Bank).

Qu’attendre ?
· Les bons résultats trimestriels pourraient pousser les entreprises à prendre plus de risques, même si les priorités restent le contrôle de la dette et l’amélioration de la rentabilité.
· En raison de primes (élevées), les OPA sont rarement rémunératrices pour les actionnaires des prédateurs, deux opérations sur trois se soldant à terme par une réduction de valeur. Le bilan est par contre tout autre pour les actionnaires des proies potentielles, surtout lorsque certains poids lourds comme Cisco (24,02 USD; vendez) affichent clairement leur volonté de réaliser des acquisitions, avec un risque alors de surpayer.

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